Biathlon : Simon Fourcade revient sur les JO 2026 historiques du biathlon français
Ces deux dernières semaines, Simon Fourcade a vécu des Jeux olympiques de Milan/Cortina 2026 magnifiques sur le bord des pistes de l’Anterselva Biathlon Arena d’Antholz (Italie).
Pour ses premiers JO en tant qu’entraîneur, le coach de l’équipe de France masculine de biathlon a effectivement mené ses hommes au sacre olympique en relais, le premier de l’histoire. Parallèlement, il a vu Quentin Fillon-Maillet (or du sprint, bronze de la mass-start), Emilien Jacquelin (bronze de la poursuite) etEric Perrot (argent de l’individuel) être récompensés sur le plan individuel.
Pour Nordic Magazine, Simon Fourcade débriefe la quinzaine historique du biathlon français. Entretien.
- Quels mots vous viennent-ils à l’esprit quelques jours après la fin de Jeux olympiques de Milan/Cortina 2026 historiques pour la biathlon français ?
C’est une grosse satisfaction, d’abord. Ensuite, c’est l’aboutissement de trois ans de travail après une période un petit peu délicate. Le fait d’avoir mené à bien ce projet et d’avoir réalisé ces performances-là, c’est une réelle satisfaction et de l’émotion. Cela résume bien cette quinzaine olympique.

- La France a ramené une médaille à chacune des courses masculines du programme olympique. Comment avez-vous vécu cet enchaînement de résultats positifs ?
Personnellement, j’ai rarement tendance à m’enflammer. Je ne sais que trop bien comment le biathlon peut aller dans un sens, mais aussi dans l’autre. On l’a d’ailleurs vu le dernier jour en mass start, où on sauve la mise avec un Quentin Fillon-Maillet des grands jours, mais où le résultat d’ensemble est très moyen alors qu’on sortait d’une très belle période. Relativiser tous les résultats permet de garder les pieds sur terre et de ne pas s’enflammer. Je pense qu’il était nécessaire de bien commencer, ce qui a été fait avec l’or du relais mixte. Il nous a idéalement lancés sur cette quinzaine. Sans ce titre, les choses se seraient, derrière, un petit peu moins enchaînées. Une fois qu’on a marqué un certain territoire sur la course d’ouverture, ça permet de voir que tout est en place et de lancer la quinzaine.
« Il y a souvent toute une dynamique qui est engagée par rapport aux skis »Simon Fourcade à Nordic Magazine
- La glisse, notamment, a été au rendez-vous dès la première épreuve des JO 2026…
L’incertitude majeure, quand on arrive aux Jeux olympiques ou aux championnats du monde, c’est de savoir si les skis vont être performants ou non. Tant qu’on n’a pas réalisé la première course, c’est très compliqué de savoir où on en est. Il s’avère que ça fait trois ans qu’on a une équipe très efficace qui nous a permis de confirmer la très bonne forme physique démontrée depuis le début de la saison.

- La part des techniciens dans la réussite de l’équipe de France est-elle quantifiable ?
C’est compliqué de quantifier les choses. On va avoir des neiges très rapides où les différences au niveau du fartage se font beaucoup moins que sur des neiges plutôt lentes, où elles sont importantes. En ce sens, l’apport des techniciens va être d’autant plus important et leur part dans la réussite va augmenter. Quoi qu’on en dise, c’est sûr qu’il faut arriver avec des athlètes prêts. Après, c’est comme en Formule 1 : si on a le meilleur pilote, mais qu’il n’a pas les réglages optimaux sur sa voiture, ça va être très compliqué pour lui de performer. Ce n’est pas impossible, mais très difficile. Une fois les réglages optimisés, cela rend la chose plus simple. L’un ne va pas sans l’autre, mais c’est dur de rendre les choses quantifiables. Quand l’athlète a une bonne paire de skis sous les pieds, ça joue forcément sur son état d’esprit, lui donne un supplément d’âme et change son approche du tir. Il se sent beaucoup moins la corde au cou. Il y a souvent toute une dynamique qui est engagée par rapport aux skis.
« Ce qui émane de cette journée, c’est la sérénité qui s’est dégagée des athlètes et du staff »Simon Fourcade à Nordic Magazine
- Au cours de l’été, vous aviez confié dans nos colonnes que vous n’aviez jamais vu vos athlètes aussi affûté à cette période-là. Voir que le travail mis en place est récompensé au moment où il devait payer doit être une réelle satisfaction…
Depuis maintenant trois ans, on arrive à répondre présent sur les événements majeurs avec une stratégie qui cherche à ne rien réinventer là où d’autres nations se perdent un petit peu plus en cherchant à en rajouter. Nous, on va chercher la simplicité. Ce n’est pas parce que c’est un événement olympique qu’on va changer les choses de bout en bout pour tout révolutionner. C’est le meilleur moyen de faire quelque chose à côté de la plaque et de rajouter de la pression sur les athlètes habitués à une certaine routine. Le risque est d’enrayer la machine. Cette stratégie s’avère être payante. Oui, les athlètes étaient affûtés en juillet, mais c’était une volonté de leur part, on n’avait rien demandé ! C’était à nous, avec Jean-Pierre Amat, de ne pas en rajouter tout en leur donnant une ligne claire du 1er mai jusqu’aux Jeux en février.

- Lors des Jeux olympiques, l’équipe de France est devenue championne olympique du relais pour la première fois. Y a-t-il un moment en particulier de cette journée qui vous a marqué ?
C’est le fait de ne jamais avoir paniqué, même au début de la course où les choses auraient pu s’avérer très compliquées avec une équipe repoussée à 50 secondes. On avait vu quelques semaines avant à Ruhpolding que les choses pouvaient ensuite se retourner. Après, pour être tout à fait sincère, je ne pensais pas à ce moment-là qu’on allait revenir sur la plus haute marche du podium. Par contre, l’expérience de Ruhpolding a permis à tout le monde de garder la tête froide. Ce qui émane de cette journée, c’est la sérénité qui s’est dégagée des athlètes et du staff, qui ont su prendre le recul nécessaire pour ne pas transmettre une anxiété supplémentaire aux athlètes. On ne s’est jamais avoué vaincus et on est revenus sur le devant de la course rapidement grâce à Émilien Jacquelin.
« Il n’y a pas grand-chose à jeter des Jeux d’Éric Perrot »Simon Fourcade à Nordic Magazine
- Sur les performances individuelles, entre le titre de Quentin Fillon-Maillet et les médailles d’Eric Perrot et d’Emilien Jacquelin, que retenez-vous le plus ?
La médaille d’Éric Perrot sur l’individuel, ce n’est pas qu’elle était attendue, mais c’était une course sur laquelle il était aligné et l’or lui échappe de vraiment pas beaucoup. Il y avait, en face, un Johan-Olav Botn des grands jours.
La performance qui m’a le plus époustouflé et impressionné, c’est celle de Quentin Fillon-Maillet. Il n’avait plus remis les pieds sur la plus haute marche du podium depuis plus d’un an et, là, il a produit un ski incroyable et il a retrouvé son tir au meilleur des moments. Il était tout simplement injouable ce jour-là et c’était impressionnant de le voir évoluer à ce niveau-là. Sportivement, c’est la course qui m’a le plus marqué des JO.
Enfin, Émilien Jacquelin va chercher sa médaille à sa manière. Il a évolué en tête de course un très long moment après une quatrième place. Il en avait énormément envie et a su faire face. On peut dire qu’il aurait pu aller chercher mieux sur ce dernier tir, mais il y en avait suffisamment pour sécuriser la médaille de bronze, ce qui n’est pas rien pour lui et ne peut que le conforter pour ce qui va suivre. Il a réussi à assumer réellement sa manière de courir sur ces Jeux.

- Concernant Eric Perrot plus spécifiquement, il n’est pas parvenu à réitérer sa performance de l’individuel lors du sprint, de la poursuite et de la mass-start pour aller chercher d’autres médailles, dont l’or qu’il visait. En avez-vous discuté ensemble ?
On en a parlé et il a noté ça comme un manque d’exigence de sa part au tir sur le sprint. Cette course conditionne la performance sur la poursuite et il partait d’un peu trop loin pour espérer mieux que sa quatrième place. Il n’y a pas grand-chose à jeter des Jeux d’Éric Perrot. Il a eu du mal à aborder la mass-start en étant suffisamment reposé et à avoir une fraîcheur optimale. Mais tout cela est un apprentissage. Il repart de ces Jeux avec un sentiment d’apaisement parce qu’il ne repart pas bredouille sur le plan individuel, mais avec également de la frustration parce qu’il ne lui a pas manqué grand-chose pour aller chercher le graal olympique. Tout cela lui servira pour dans quatre ans.
« Je me revois lui dire, avant de quitter Nove Mesto, de ne pas trop en faire à la maison pendant la coupure, puis le lui redire par SMS »Simon Fourcade à Nordic Magazine
- Est-ce une fierté particulière d’être le coach de Quentin Fillon-Maillet, athlète français le plus médaillé de l’histoire des Jeux olympiques avec neuf récompenses ?
Je suis simplement content d’avoir réussi à lui permettre de comprendre certaines choses sur sa manière de s’entraîner. Cela l’a aidé à remonter la pente et à venir chercher ces médailles sur ces Jeux 2026. Je me revois lui dire, avant de quitter Nove Mesto, de ne pas trop en faire à la maison pendant la coupure, puis le lui redire par SMS. Ce travail de fond qu’on a pu avoir avec lui, pour calmer ses intensités et en faire un petit peu moins par moments, lui a servi. Le meilleur exemple que je puisse avoir, c’est Quentin Fillon-Maillet qui, entre la poursuite et le relais, décide de rester à l’hôtel se reposer et de ne pas aller s’entraîner. Il sentait qu’il avait besoin de repos et de faire du jus. Je ne l’avais jamais vu faire ça la veille d’une course. C’est la preuve qu’il a appris et qu’il a réussi à gagner en maturité pour pouvoir se raisonner tout seul.

- Les performances globales de Fabien Claude, pas parvenu à sortir une course pleine en Italie, nourrissent-elles de la frustration ?
Je pense qu’il n’a pas réussi, sur toute la période des Jeux olympiques, à produire une course vraiment convenable au niveau du tir. En ce sens, il a forcément beaucoup de frustration quand on voit ses temps de ski depuis le début de l’hiver. En fin de saison, s’il n’arrive pas à relever la barre sur le mois de mars, il va nourrir de très, très gros regrets. On va essayer de travailler là-dessus pour aller chercher de beaux résultats afin qu’il n’ait pas l’impression d’être passé à côté d’une saison 2025/2026, durant laquelle il aurait pu signer quelques performances notables et probantes.
« C’est très cool de pouvoir terminer cette aventure à ses côtés »Simon Fourcade à Nordic Magazine
- En cette fin d’hiver, justement, Jean-Pierre Amat, votre binôme au coaching de l’équipe de France, va tirer sa révérence. Est-ce un moment particulier pour vous ?
Ce qui est marrant, c’est que j’ai commencé mon aventure de biathlète en équipe de France seniors avec Jean-Pierre Amat comme entraîneur de tir ! Je l’ai connu jeune et terminer avec lui à la fin de sa carrière, c’est vraiment sympa. Je crois, par contre, qu’on ne se manquera pas parce qu’on fait chambre commune depuis un certain temps et que nos ronflements respectifs font qu’on commence à se détester [rires]. Blague à part, c’est très cool de pouvoir terminer cette aventure à ses côtés.
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