Biathlon : Yvon Mougel et son amie la carabine
Carabine mon amie.
Mes mains tiennent sa crosse. Chaque jour je la prends, je sens ses courbes dans mes paumes. Cet objet assorti de mes couleurs ne me quitte pas. Le canon bien posé sur son « bedding » est fiable, surmonté de la hausse et des molettes. La carabine me donne confiance devant les cibles.
Chez moi, si elle ne dort pas dans sa housse, elle est appuyée dans l’angle de la cloison ou posée sur le meuble, bien visible. J’ai besoin de la voir. De savoir qu’elle est en sécurité. De temps en temps, pour réviser ou me mettre en condition physique ou mentale, je la porte à mon épaule, vise une ligne de cercle noir fixée sur le mur. Les séries de répétitions de cinq lâchers sans cartouches ancrent ma base du bien-faire. Voir, toucher, essayer, répéter sans cesse, ressentir au calme, sans effort ni cartouche est le socle sur lequel je me pose.

Ma carabine est comme un prolongement de moi-même. Après l’effort sur mes skis, je me dois de la respecter et d’utiliser au mieux ce qu’elle permet. En me préparant au tir, je pense fortement à respirer. À l’approche du tapis, je quitte vite ses bretelles de portage, elle se retrouve manipulée par mes mains dans un ordre réfléchi pour s’installer dans la bonne position. Un petit coup d’œil sur les fanions pour évaluer le sens du vent. Ajuster le réglage de quelques clics si besoin.
« La carabine écoute, transmet et réagit au moindre geste qu’on lui impose »Yvon Mougel à Nordic Magazine
Les appuis de stabilité placés, ma joue vient s’appuyer exactement contre la crosse. La main enveloppe parfaitement la poignée, l’index sorti prêt à toucher la gâchette. L’œil idéalement ajusté voit par la minuscule ouverture du dioptre. Dans le guidon installé en bout de canon, je vise une cible, aligne le plus parfaitement possible la mire circulaire. En même temps, mon doigt donne un début de pression sur la queue de détente. Je fixe au mieux la carabine entre mes mains, la plaque contre moi, tout envahi des effluves de l’effort. Au centrage le plus parfait, j’augmente instantanément mon appui avec le doigt. Le coup part… Je vois la cible basculer dans le viseur. C’est réussi. Les tirs suivants se répètent. Une respiration courte entre chaque coup, c’est l’enchaînement. Respirer, centrer, appuyer, je dois rester concentré là-dessus. Décider à l’instant, immédiatement, l’automatisme s’ajuste au bon dixième. Éviter le trop tôt, le trop tard, le coup de doigt. La répétition est linéaire, identique parfois ou adaptée, souvent, selon les conditions.

La pensée joue le trouble-fête. Attention à l’adversaire tout proche, à l’environnement, au score analysé. La carabine écoute, transmet et réagit au moindre geste qu’on lui impose. C’est un produit de précision, notre amie toujours obéissante mais parfois difficile à comprendre. En cela, le travail qu’elle impose pour l’union parfaite demande des heures et des heures de partage, d’écoute et de répétition.
Si erreur, sur l’anneau de pénalité, j’ai le temps de chercher à comprendre ce que je lui ai imposé sans lui demander. Je l’ai contrainte à aller là où il ne fallait pas. Les cent cinquante mètres à faire me rappellent qu’il y a des règles à respecter.
Cette bonne amie sait s’imposer, à sa façon ! Il faut bien la connaître, ses qualités et ses réactions pour exploiter au mieux son savoir et réussir ensemble, comme un vieux couple.
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