John Chapatte, contraint à trois semaines d’arrêt, reste optimiste

Le kayakiste de Pontarlier John Chapatte s’est légèrement blessé et manquera la finale élite en novembre. Il revient sur son actualité, son statut et son club de Pontarlier dans un long entretien so nordic !

 

John Chapatte, vous avez contraint cette semaine à mettre un terme à votre saison de kayak prématurément. Que vous est-il arrivé précisément ?

Pendant les vacances d’été, j’ai pris 10 jours sans pagaie et sans kayak pour « me reposer » un peu. Mais l’appel de l’effort est survenu et c’est lors d’une séance de course à pied dans le sable que j’ai senti au début ce qui pouvait être un banal faut mouvement. Rien de bien grave mais c’est à nouveau lors d’un entraînement de reprise avec la combinaison course à pied-kayak que j’ai amplifié et senti une déchirure se prononcer au niveau de l’insertion distale.

Ce coup d’arrêt va vous empêcher de participer à la finale élite en novembre. Que va-t-il se passer pour vous ?

Mon repos doit être de 3 semaines minimum encore et la finale élite se déroule du 1er au 3 novembre. Je ne serai donc pas présent pour cet événement où je devais assurer mon maintien dans la catégorie kayak dans une division très convoitée. La commission nationale Slalom en a été informée et doit me transmettre une réponse concernant un maintien pour raison médicale ou non dans le cas où je serais dans le quota de redescente.

Le kayak français est plutôt connu pour ses deux ambassadeurs Tony Estanguet, triple champion olympique, et Etienne Daille, vainqueur de la coupe du monde l’an passé. Comment vous situez-vous sur l’échiquier national de la discipline et quelles sont vos spécialités ?

Je me situe un peu comme en maternelle. Il y a la petite section et la grande section. Dans mon cas je suis dans la petite. Plus sérieusement, en kayak nous avons trois divisions et un niveau régional. Nous sommes 70 à évoluer en nationale 1 dans la catégorie kayak homme et il y a deux groupes : ceux qui sont sur les structures d’entraînement type Pôle France et qui sont entourés de coachs avec un suivi médical et ceux qui sont « dans leur coin » et qui sont surtout dans la vie active. On retrouve cette hiérarchie au niveau du classement même si de temps en temps certains arrivent à se détacher. Je suis actuellement 46e du classement coupe de France élite. Dans cette même division, j’évolue également en canoë biplace avec Sébastien Dekerleau. Nous avons terminés 11e du championnat de France et nous sommes bien placés pour conforter notre place parmi les grands. Nous espérons encore mieux faire l’an prochain.

 

Très peu de kayakistes vivent vraiment de leur sport

 

Contrairement à certains de vos confrères qui vivent de leur sport, vous êtes à la fois professeur de maths et sportif de haut-niveau. Comment conciliez-vous ces deux activités prenantes ?

Très peu de kayakistes vivent vraiment de leur sport. Si on regarde bien, c’est après 3 titres olympiques que Tony est maintenant connu et que certaines portes lui sont ouvertes. Dans notre sport nous sommes soit étudiant, soit dans la vie active. En ce qui me concerne je jongle entre mon métier et mon sport. Les deux établissements sur lesquels je travaille m’ont permis cette année d’avoir un emploi du temps qui me permet de bien concilier les deux. Après, le travail reste et doit rester la priorité. Les réunions d’établissement, avec les parents ainsi que les projets mis en place pour les élèves sont prioritaires c’est évident. Je m’entraîne donc chaque jour soit sur le temps de midi, soit le soir et voire les deux quand c’est possible.

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En canoë biplace, Johnattan Chapatte fait équipe avec Sébastien Dekerleau

 

Depuis l’an passé, Sandrine Bailly vous soutient dans le cadre de son team outdoor Odlo. Un apport essentiel ?

Un apport plus qu’essentiel. Malgré le fait que nous soyons la plupart du temps dans nos embarcations, le temps qui est passé à analyser nos parcours et les trajectoires au bord de la rivière est tout aussi important. C’est lors de ces phases de repérage que le partenariat avec Odlo Pontarlier prend tout son sens (Ne pas avoir froid, avoir des vêtements où l’on se sent à l’aise et surtout résistant à n’importe quelles conditions météo). Et puis Sandrine connait bien toutes les questions que peut se poser un athlète et je dois dire qu’échanger avec elle sur certains sujets m’aide beaucoup. Un soutien vraiment important pour moi et surtout un privilège de pouvoir « travailler » avec elle.
D’autres partenaires (Mutuelles de Poitiers et ACEF) m’aident mais sur le côté financier cette fois-ci en investissant dans une partie de mon matériel.
Une saison coûte entre 3000 et 4000 euros avec les déplacements, l’achat de matériels, les stages… Le moindre soutient est donc important. C’est pourquoi pour la saison 2014 je repars à nouveau en recherche de partenaire.

 

Depuis 40 ans, l’esprit de mon club de Pontarlier est resté le même : so nordic !

 

Même si vous êtes sur l’eau à la belle saison, vous baignez dans la culture nordique depuis tout gosse. Est-ce l’effet Pontarlier ville sportive ?

Pontarlier aime ses sportifs et la ville s’investit pleinement dans ce domaine. Le nordique est une tradition chez nous et sans qu’on les connaisse, beaucoup de sportifs du secteur qui sont doués dans d’autres disciplines ne sont vraiment pas mauvais en ski. Nous aimons représenter notre ville et notre esprit « so nordic » partout où l’on va.

Quelle est d’ailleurs le secret de l’école pontissalienne de kayak qui a formé de grands champions à l’image de Pierre Bourliaud et d’autres ?

Mon club a fêté ses 40 ans cette année. Et à travers une soirée où plusieurs générations se sont rencontrées, nous nous sommes rendu compte que l’esprit n’avait pas changé. Et quel esprit ? Celui d’être des « Hommes Libres ». Pendant que d’autres préparent leur championnat de France ou sont en stages dans des hébergements en dur, Le CKP lui est sous tente avec en moyenne 20 personnes mélangeant les petits avec les grands, les expérimentés avec les débutants, le tout avec d’immenses casseroles de nourriture à gérer et des tours de vaisselles qui sont désignés par des parties de UNO. C’est aussi d’être une bonne bande de copains qui quant la rivière monte, quand 30 cm de poudre tombe ou quand un sommet nous fait envie, sont toujours prêt au dernier moment à se retrouver pour aller s’entrainer, se faire un chasseron en petit ski ou tailler tout droit dans la pente pour aller voir la vue qu’il y a derrière une montagne. Pour l’anecdote, mon ami Pierre Bourliaud a gagné une coupe du monde en étant un des rares sous tente lors de l’épreuve Leipzig en 2011.

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John Chapatte conjugue sa vie d’athlète de haut-niveau avec celle de prof de maths.