Julia Simon, les murs sont des tremplins

BIATHLON - La 4e étape de la coupe du monde de biathlon débute ce jeudi à Oberhof. Les athlètes dames s’entraînaient ce mercredi dans un épais brouillard. Le ton est donné, la preuve en images avec les photographes de Nordic Focus.
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BIATHLONLors de l’hiver 2018/2019, Julia Simon a été révélée au monde du biathlon après une quatrième place sur le sprint de Pokljuka, six top 15 et une victoire en relais. Le chemin qui l’a menée jusqu’au plus haut niveau n’a pas été un long fleuve tranquille.

 

En 1996, Emmanuelle Claret remporte le classement général de la coupe du monde de biathlon. 1996, c’est aussi l’année de naissance de deux Beaufortaines, Julia Simon et Justine Braisaz. Les deux femmes ont beaucoup de choses en commun. Même club, même histoire familiale avec l’exploitation agricole des parents… Des origines semblables, mais la comparaison s’arrête là, comme le confesse la médaillée olympique Justine Braisaz : « Nous partageons des valeurs communes tout en étant très différentes dans notre façon d’être. On s’entend bien, mais nous ne fonctionnons pas du tout de la même façon. »

Aux Saisies (Savoie), Julia Simon intègre le club des sports dès le plus jeune âge. Elle pratique le ski alpin puis le ski de fond. Enfant, elle intègre la section nordique, un peu contre l’avis de ses parents, mais assurée de faire un choix qui lui correspond. Son entraîneur Richard Loosen se souvient d’une jeune fille avec des qualités physiques et mentales élevées : « On a vite senti qu’elle était faite pour cela, dit-il. C’était une bosseuse, une fille calme, appliquée et très carrée. » Dans un groupe de cadettes talentueuses et avec de vraies leaders comme Julie Miocec ou Justine Braisaz, la jeune athlète montre rapidement de belles dispositions. En ski de fond donc, mais aussi en biathlon. La Savoyarde s’épanouit sur les deux circuits.

 

Julia Simon (FRA) – Nordic Magazine

 

Ses années collège vont malheureusement être marquées par les blessures. Son genou notamment la fait souffrir et sa classe de troisième est presque une saison blanche. Le skating lui fait mal et, à l’entraînement, elle ne peut faire que du classique. À tel point qu’elle en fait une force lorsqu’elle revient à la compétition début mars lors de la finale du championnat de France cadets. Sur l’ultime mass-start de la saison à Lajoux (Jura), qui est donc aussi sa première course de l’hiver, elle termine deuxième et montre à tous qu’il faudra compter sur elle.

C’est à ce moment-là qu’elle doit définir sa voie. Les qualités qu’elle a développées et son appétence naturelle pour le pas alternatif la font hésiter, comme en témoigne Gaëlle Félix, qui l’a suivie au Comité de Savoie : « Julia était vraiment devenue très forte en classique, elle avait beaucoup de puissance et lorsqu’elle a dû choisir, cela n’a pas été facile. » Elle opte finalement pour le biathlon : « J’étais et je reste une grande amoureuse du classique. J’aime les sensations qu’il procure, pour moi c’est la base du ski. »

 

Entre médailles et blessures

Désormais biathlète, elle s’investit corps et âme et prend place dans l’équipe du Comité de Savoie, sous la houlette de Julien Bouchet et Marine Rougeot. Elle évolue aux côtés de Margaux Achard, Rachel Demangeat ou encore Julie Pépin. Un groupe soudé qui a gardé contact malgré les années.

Face à la concurrence, elle grandit, la carapace s’épaissit. Margaux Achard, qui a souvent partagé sa chambre lors des déplacements, se souvient de ces moments : «Julia avait un caractère très fort et ça ne passait pas avec tout le monde, car elle n’hésitait jamais à dire les choses. Mais nous nous sommes rapidement très bien entendues. Julia est quelqu’un de calme, qui prend les choses très simplement et avec le recul nécessaire. C’est quelqu’un de très ouvert, malgré ce qu’elle peut parfois dégager de l’extérieur ou pour les gens qui ne la connaissent pas. »

Elle gravit les échelons, remporte le circuit national U19, décroche quatre titres de championne de France et accède à l’équipe de France. Ce qui frappe lorsque l’on regarde le palmarès de la Beaufortaine, c’est sa capacité à répondre présente dans les grands rendez-vous. Jamais aussi forte que lorsqu’elle est au pied du mur, elle a amassé des médailles de toutes les couleurs. En huit grands championnats disputés (championnats du monde jeunes/juniors et championnats d’Europe), elle a ramené sept médailles !

 

Julia Simon (FRA) – IBU

 

Pourtant, la native d’Albertville (Savoie) doit composer souvent avec les blessures, parfois récurrentes, jamais au bon moment. Ainsi, à l’automne 2015, elle se blesse à la cheville alors que le groupe B doit partir en Scandinavie retrouver la neige. Sans pouvoir skier, elle part tout de même avec le groupe à Idre (Suède) et s’entraîne comme elle peut. Le doute s’installe. D’autant plus que ses courses sont un échec. Du coup, elle traverse l’hiver loin des standards que l’on attendait d’elle. Retour sur le circuit national. Travail. Humilité. En février, le Samse National Tour fait étape à Arçon (Doubs) et aux Contamines (Haute-Savoie). Quatre courses, deux victoires et deux podiums plus tard, elle retrouve la lumière aux championnats d’Europe Juniors. Elle y remporte le titre de la poursuite.

L’hiver suivant redémarre malheureusement sur les mêmes bases. Quarante-septième du sprint de l’IBU Cup de Beitostølen (Norvège), elle redescend en Junior Cup, avant de mettre tout le monde d’accord sur le sprint de Lenzerheide (Suisse) qu’elle gagne avec près d’une minute d’avance. Elle remonte donc sur le circuit B et enchaîne avec son premier podium individuel et sa première victoire sur l’étape de Martell (Italie). Un succès probant qui lui ouvre les portes de la coupe du monde. Et c’est dans le chaudron de Ruhpolding (Allemagne) qu’elle étrenne ses premiers dossards.

En Bavière, sous l’œil de ses parents, de Richard Loosen et de quelques Beaufortains qui ont fait le déplacement, elle brave les conditions difficiles avec excitation, « mais sans peur. » Le dossard six sur le dos, elle part juste avant Miriam Gössner et se souvient encore de la clameur du public allemand lorsque celle-ci la rattrape dans le deuxième tour. Finalement 44e, avec un 9/10, elle marque ses premiers points le lendemain sur la poursuite. La guerrière est de retour, la confiance en plus. Margaux Achard en convient volontiers : « Elle a une grosse capacité à se remobiliser et à se remettre en cause. »

 

Engagée et joueuse

Richard Loosen complète : « C’est dans la difficulté qu’elle est la plus forte. Ses blessures lui ont forgé un mental et un caractère à toute épreuve. » Un constat partagé par sa copine des années comité : « Elle a appris à gérer sa carrière avec ça et elle rebondit toujours plus fort après, c’est sa grande force. » Comme lors d’un sprint à Oberhof (Allemagne) où elle est terrassée par une blessure au mollet alors qu’elle filait probablement vers son meilleur résultat en coupe du monde. « Quand je me blesse, je pense surtout à ma qualification pour les Jeux olympiques qui s’envole. Mais, finalement, j’ai réussi à me remobiliser et à me qualifier pour PyeongChang. C’était un grand soulagement ». Des JO qu’elle va découvrir avec le statut de remplaçante au sein d’un groupe qu’elle connaît peu. Mais la Savoyarde prend ses repères, participe à la cérémonie d’ouverture, vit la médaille du relais féminin au bord de la piste. De quoi lui donner envie de croquer à pleines dents les Jeux de 2022.

 

Julia Simon (FRA) – Manzoni/NordicFocus

 

Les fans de biathlon ont vite repéré sa faculté à s’engager dans un tir rapide, dans les cadences de la référence mondiale Dorothea Wierer. En fait, elle joue. Dans une démarche très instinctive qui réussit mieux au debout qu’au couché, elle semble n’avoir peur de rien, ni de personne. Mais elle est lucide, elle sait que cette spontanéité peut aussi être son talon d’Achille : « Au tir, elle a parfois tendance à s’emballer et à perdre pied. C’est un point qu’elle a beaucoup travaillé avec Franck [Badiou l’entraîneur de tir de l’équipe dames, ndlr.] cet été », admet le patron de l’équipe féminine, Frédéric Jean. Avec toujours cette envie de ne pas se satisfaire des acquis, de ne pas s’endormir sur ses lauriers naissants. C’est aussi cela la marque de fabrique de Julia Simon.

Aujourd’hui, ses beaux résultats sur le circuit mondial l’ont amenée vers un nouveau statut, elle est désormais une titulaire à part entière dans le groupe coupe du monde. Son coach, qui la suit depuis l’équipe B, admet qu’elle a réussi à faire sa place très rapidement. « À l’entraînement, elle est facile à gérer car elle a une entière confiance en nous », observe-t-il. Sa quatrième place sur le sprint de Pokljuka (Slovénie) et sa septième place sur la mass-start d’Oslo (Norvège) l’ont aussi fait grandir : « J’ai passé des caps mentalement, je sais maintenant que je peux jouer devant. » Pas question pour autant de se relâcher, elle sait qu’il lui faudra se battre, que les filles des générations suivantes ne sont pas loin.

 

BIATHLON - Les membres de l'équipe de France dames de biathlon ont souffert lors du sprint des mondiaux à Östersund ; seule Célia Aymonier fut à son niveau, et encore. Leurs réactions au micro de L'Equipe.

Julia Simon (FRA) – Tumashov/NordicFocus

 

Professionnelle appliquée et sérieuse, Julia Simon s’est installée récemment à La Féclaz « pour économiser sur les temps de trajets. »
Les primes de courses apportées par l’IBU et son intégration à l’équipe de France des douanes depuis cet automne lui permettent aussi de s’émanciper financièrement. Un nouveau statut qui la rend plus sereine, comme le confirme Frédéric Jean : « Elle a toujours vu ses parents bosser dur depuis qu’elle est petite, elle sait ce que ça vaut, elle connaît la valeur du travail et le confort apporté, cela l’apaise. » Pour son équilibre, elle a également passé un CAP de menuiserie, un domaine qui la passionne et qui lui offre une porte de sortie. Pour la table basse promise à son entraîneur, il faudra toutefois attendre encore probablement une année de plus.

 

Ce portrait a été publié dans Nordic Magazine #32 (décembre 2019)

 

Photos : Nordic Focus, Nordic Magazine et IBU. 

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