Le biathlon, une aventure humaine

Ils se sont regardés et n’ont pas eu à se parler. Ce soir, c’est certain, ils cogneront quelques bières et partageront des rires. Stéphane Bouthiaux avait les yeux humides et Jean-Paul Giachino aurait pu les avoir.

L’un est l’entraîneur des garçons, l’autre scrute derrière sa lunette les tirs de ces dames. Ce sont juste deux mecs bien, piqués au biathlon comme d’autres deviennent footballeurs ou chanteurs. Steph est Jurassien et Paulo Savoyard. A l’époque où ils portaient encore la cara, ils se sont mis de belles peignées, titre de champion de France du relais en jeu. Ils ont connu les sales époques. Celles où des Allemands de l’Est survitaminés leur tournaient autour des oreilles. A Calgary, Paulo avait été le meilleur Français. Dix-huitième. C’était au siècle dernier, en 1988, et cela semble si loin aujourd’hui. C’était un peu après Yvon Mougel, qui aurait tant mérité, lui aussi, de porter la breloque. C’était bien après les premiers Jeux Olympiques, en 1960, lorsque la première équipe de France montée de toutes pièces reçut ses carabines juste avant le départ pour Squaw Valley.

Lorsque Martin Fourcade a boxé le ciel de Sochi d’un joyeux uppercut, il a touché en plein cœur tous les vieux guerriers qui ont écrit l’histoire. Des hommes humbles et passionnés qui ont toujours cru en leur sacré sport.

Ils s’appellent Victor Arbez, Paul Romand, Aimé Gruet Masson, Daniel Claudon, David Moretti, Francis Mougel, Christian Dumont et bien d’autres et quelques grammes de ces deux médailles leur appartient. Aujourd’hui, Bouthiaux, Giachino, Mazet, Dusserre entretiennent l’héritage que d’autres, encore reprendront ensuite.

OLYMPIC GAMES SOCHI 2014

« Le biathlon, c’est une aventure humaine », a dit Martin. Il n’a que 26 ans mais il sait. Il sait ce qu’il doit à ceux qui l’entourent. « D’habitude, je teste mes skis. Là, j’ai juste dit aux techniciens que le leur faisais confiance », sourit-il. Il sait que son sport, en France, est sorti des vallées froides du Jura, des Vosges, de Savoie, de l’Ain ou du Vercors, grâce à la ténacité des pionniers qui se sont accrochés quand être biathlète, c’était avoir échoué son examen de fondeur Il sait que l’aventure continuera parce que ce mélange de deux sports antinomiques donnera toujours un délicat cocktail.

La relativité de ce sport est de jouer avec le vent, le froid, la souffrance, le tir et la patience. La solidité de ce sport, ce sont ses hommes.

Ce soir, c’est certain, au Club France, ils cogneront des bières. Et peut-être que l’un d’entre eux entonnera la vieille rengaine : « Amis, qui aimez faire la fête… Vous êtes tous des biathlètes… »

 

Photo : Agence Zoom

2 Comments

  1. Layat Daniel

    10/02/2014 à 21 h 50 min

    Superbe hommage Yves , j’adore .Merci de nous faire partager , bien à toi Dan

  2. Beaucher Jp

    13/02/2014 à 21 h 18 min

    Article émouvant et sensible qui fait mouche. Merci

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