Marchands de bonheur

La réussite d’un relais ne se construit pas que sur les pistes. Elle se façonne, patiemment, avec dévotion, pour multiplier par quatre des personnalités, des forces, des faiblesses et des méthodes. Ce n’est plus un sport individuel mais une œuvre collective qui se dessine tout au long des années, de l’été à l’hiver.

C’est la course du partage que l’on aborde comme une mission avec un sentiment forcément différent. L’exercice de style est délicat. Vous vous entraînez toute l’année avec un adversaire qui le temps d’une course devient un allié. Ses forces deviennent les vôtres. Ses faiblesses aussi.

L’équipe de France de ski de fond a conquis la première médaille olympique de son histoire dans les disciplines d’endurance avec ses tripes et son cœur. Sur la piste, Gaillard, Manificat, Duvillard et Perillat-Boiteux ont été admirables.

Ils ont composé leur morceau avec bravoure, chacun dans son répertoire. Jean-Marc puissant mais malheureux qui chute et recolle à la meute, Maurice volontaire jusqu’à l’épuisement, Robin stratège et performant et Yvan, le moins expérimenté de la bande, qui résiste et pose le point final à l’histoire.

L’envers du décor est beau. C’est le portrait d’une famille unie, heureuse de partager enfin ce moment fort. Quatre athlètes, bien sûr, mais aussi tout un staff d’entraîneurs, de techniciens ou de kinés. Cet après-midi, alors qu’une lumière tendre enveloppait le site de Laura et que Vladimir Poutine, content de constater que ses fondeurs, deuxièmes, avaient accompli leur mission, était déjà reparti, ils se sont retrouvés tous ensemble. Il y avait des larmes, de la joie, du bonheur. Une sorte de trop pleins d’émotions si longtemps contenues. Emmanuel Jonnier et Vincent Vittoz ont glissé leurs silhouettes toujours effilées tout près de leurs anciens compagnons de suée. L’un comme l’autre font partie de l’histoire, comme Pierrat, Balland et bien d’autres qui ont serré les dents lorsque briller était un sacré défi pour un Français.

OLYMPIC GAMES SOCHI 2014

Il nous revint alors toute la détresse de “Toz, il y a quatre ans, lorsque la France, quatrième, avait perdu cette fichue breloque pour presque rien. Le petit bout de ce métal précieux qui dégoulinera bientôt sur les torses de ses copains sera un peu le sien et celui de tous ceux qui ont construit cette belle équipe.

Aujourd’hui à Laura, quatre garçons de France était des marchands de bonheur. Tout simplement.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.