Martin Fourcade

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BIATHLON – Depuis 2011, Nordic Magazine publie, dans chacun de ses numéros, un long portrait consacré à un athlète. C’est à chaque fois l’occasion de mieux connaître celle ou celui dont on admire les exploits.
Retrouvez ici l’article qui évoquait, en décembre 2012, Martin Fourcade.

 

Martin Fourcade

Septembre 2004, aux Plans d’Hotonnes, lors du premier Biathlon summer tour. Fusil dans le dos et ski-roues aux pieds, Martin Fourcade a pris place derrière la ligne de départ du stade de la petite station de l’Ain, aux côtés de Raphaël Poirée et Sandrine Bailly. Dans quelques jours, il doit rejoindre le Pôle France à Prémanon. Une nouvelle vie l’attend dans la Station des Rousses. L’enjeu est important pour le jeune homme.

Après une année à Villard-de-Lans, où il avait rejoint son grand frère Simon, avec envie de s’émanciper dans l’ombre de son aîné, le Pyrénéen s’en est retourné dans sa montagne, à Font Romeu, effectuer sa 1re ES. « Je suis parti trop tôt », analyse-t-il. Ses proches lui ont manqué. Dans ce qui n’a finalement été qu’une parenthèse ou un coup d’essai, beaucoup auraient lu un échec. Pas lui. Aujourd’hui, il ne regrette pas ce choix, ni aucun de ceux qui l’ont construit.

Mais, s’il veut vivre son rêve de garçon, le biathlon, découvert avec la complicité de Thierry Dusserre, il doit désormais trouver la force de quitter le nid. Aucune alternative ne s’offre à lui. « À l’époque il n’y a pas chez moi les structures, ni les hommes pour une carrière sportive. »

Il prend donc la direction du Jura, un autre massif situé à « une belle diagonale » de son enfance. Une terre éloignée de tous ceux qu’il aime. « Mais je voulais faire du biathlon », confie-t-il. À un très haut niveau. Le choix de vie d’un gamin de seize ans.

 

Grosses aptitudes

Sur le plateau de Retord, où il entend montrer ce dont il est capable, c’est finalement l’échec. « J’ai été nullissime », lâche-t-il. Les larmes aux yeux, persuadé qu’il n’a plus qu’à rentrer chez lui avec ses parents qui l’ont accompagné, il se dirige vers Stéphane Bouthiaux, l’homme qui veut lui ouvrir les portes du centre de formation de l’élite française. « Ça ne pouvait que nous faire sourire car il n’a jamais été question de remettre quoi que ce soit en cause chez un athlète simplement sur les résultats d’un week-end de compétition », s’amuse encore aujourd’hui le Jurassien des Hôpitaux-Neufs.

En fait, le chef de l’équipe de France masculine de biathlon à la Fédération française de ski avait remarqué le fort potentiel de ce « jeune assez nonchalant et décontracté qui évoluait sur ses qualités sans avoir jamais encore réellement travaillé » : « Nous l’avons tout de suite intégré car il avait déjà montré de grosses aptitudes sur la piste même si les résultats n’étaient pas encore au rendez-vous. Il montrait des capacités à accélérer sur certaines phases de la course qu’on n’avait vues chez personne d’autre depuis longtemps. »

Pendant ce temps, Marcel Fourcade, son père, est parti à la recherche d’un appartement. Il finit par avoir l’adresse d’André Buffard, un Jurassien qui s’est occupé de… biathlon. Rue de la Redoute, aux Rousses, celui-ci loue un studio au rez-de-chaussée de sa maison. De son locataire, il « garde un bon souvenir, dit-il. C’était un garçon très gentil. »

 

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Martin Fourcade à Östersund.

 

« Je trouve qu’il n’a pas changé », sourit Aurore Jean, la fondeuse de l’équipe de France. Mademoiselle Cuinet (de son nom de jeune fille) est alors sa voisine : « Il était souvent tout seul, se souvient-elle. Il venait chez nous regarder sur Eurosport les courses disputées par son frère Simon. Mes parents l’invitaient aussi à manger. »

Le quotidien du jeune homme est partagé entre les études le matin et les entraînements au Pôle France l’après-midi. Il est inscrit au Centre national d’enseignement à distance et aidé par des professeurs du collège rousseland. Patrice Roydor, le conseiller principal d’éducation de l’établissement, se rappelle : « Martin a toujours été un jeune très serviable et assez studieux … jusqu’à son bac. Il a ensuite choisi de se consacrer entièrement à son projet sportif. Bien lui en a pris ! »

« Il était déjà très sérieux, très engagé dans son projet, décrit Pierre Nies. Je pense qu’il était déjà conscient de son talent et ses possibilités. » Celui qui habite aujourd’hui au Nouveau Mexique où il continue à skier au sein de l’University of New Mexico Ski Team, a vécu en colocation avec Martin Fourcade : « Il répétait ses gammes de tir tous les jours, avait une hygiène de vie saine et une attitude très professionnelle. Il ne sortait pas beaucoup. »

« Je n’avais pas le permis de conduire », complète l’intéressé qui se déplace en VTT. Sa première voiture, il ira la chercher à Belfort. Le fondeur strasbourgeois ne parvient pas à refréner un sourire : « il était l’un des plus mauvais conducteurs que je connaisse. » Dans la station des Rousses, on croise aussi le sportif catalan avec Jarno Bouveret, Gareth Gray ou encore Pierre-Emmanuel Robe. Eux aussi logeront avec lui, partageront son quotidien d’adolescent.

 

Le perfectionniste

L’armurier des équipes de France de biathlon, Franck Badiou, ancien tireur sportif spécialiste de la carabine à 10 m, le décrit à son tour comme un garçon « curieux » et « bavard » : « Il venait souvent à l’atelier et me posait beaucoup de questions », raconte-t-il.

Quand il arrive à Prémanon, le biathlète possède « un matériel très lourd et obsolète ». Le vice-champion olympique en  1992 à Barcelone va remédier à cela : « J’ai préparé tous ses équipements. J’ai même peint la crosse de sa carabine aux couleurs rouge et jaune de sa Catalogne. »

Une 22 long rifle qu’il ne ménage pas. Conscient de ses faiblesses, en particulier d’une trop grande irrégularité au tir, le sportif remet son ouvrage sur le métier. Toujours et encore. Aujourd’hui, il sait qu’il peut faire mieux que ses 84 % de réussite.

 

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Martin Fourcade.

 

Pour Franck Badiou, il a deux qualités pour alliées : « clairvoyant et dégourdi ».

Autrement dit, il montre une grande capacité à repérer et à analyser ses fautes. Puis à les corriger. « Je n’ai pas l’habitude de reproduire mes erreurs », affirme Martin Fourcade. Ce perfectionnisme s’explique aisément : « J’avais en tête que j’étais à 800 kilomètres de chez moi. Je n’étais pas là pour faire la fête ». Motivé et raisonnable, par la force des choses. « J’ai été mon patron à partir de l’âge de dix-sept ans. J’ai connu des moments difficiles, un anniversaire où j’étais seul. » Et sa seule grosse blessure : une luxation de l’épaule survenue lors d’une chute dans la forêt du Massacre, le 12 octobre 2008.

 

L’accident

Gareth Gray est présent. Il vit aujourd’hui en Australie, mais il demeure impressionné par la résistance du Pyrénéen : « Il s’est relevé et a réussi quand même à rentrer sans vouloir que je l’aide. Durant son temps de récupération, il a continué à s’entraîner avec un seul bras pour pousser sur les bâtons, et a travaillé encore plus dur pendant les séances de musculation. »

À un mois de la saison hivernale, l’opération est de toute façon inenvisageable pour le champion du monde d’été juniors. Malgré tout, il ne participe pas à l’ouverture de la coupe du monde à Ostersund, mais ses concurrents ne perdent rien pour attendre. « Cette année-là, poursuit Gareth Gray, il a marqué ses premiers points ! »

 

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Martin Fourcade.

 

« En fait, j’ai vécu une vie en accéléré », résume le Catalan. « Prémanon a sans doute apporté beaucoup à Martin, comme à tous les autres, d’un point de vue autonomie, gestion du temps, rigueur et apprentissage de la vie d’un sportif de haut niveau, dans une structure dédiée et organisée pour cet objectif », énumère Stéphane Bouthiaux.

Martin Fourcade parle d’un « outil extraordinaire », où il revient régulièrement, aussi parce qu’il s’y sent bien : « Ces quatre années m’ont fait un bien énorme. Ma construction en tant qu’athlète, mais aussi en tant qu’homme s’est faite là. Ça a été une étape primordiale. »

 

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°5 (décembre 2012)
Photos : NordicFocus

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