Mattel grave l’histoire dans le bronze, Vogt rafle l’or

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Coline Mattel décroche le bronze. L’allemande Carina Vogt devient la première championne olympique de l’histoire du saut à ski féminin. Côté français, Julia Clair et Léa Lemare s’en sortent, elles, avec les honneurs en s’invitant dans le Top 20, respectivement 19e et 20e.

L’attente est longue, presque irrespirable. En contre-bas du sautoir, de ce Russki Gorki de Sochi, Coline Mattel est là, attentive, les yeux rivés sur cet écran qui tarde à afficher la note des juges du concours et donc son résultat final. Soudain, les chiffres s’illuminent et un petit deux vient s’afficher devant son nom. La réaction est immédiate, d’une pure spontanéité. Coline Mattel balance son poing serré vers le ciel, ce ciel où elle s’est envolée en cette douce soirée russe et hurle à s’en arracher les cordes vocales. Du haut de ses 18 ans, la gamine des Contamines a compris qu’avec encore une sauteuse derrière elle, elle était assurée de monter sur le podium et de se voir passer autour du cou cette médaille olympique, la première de l’histoire du saut à ski féminin. Cette médaille serait en argent ou en bronze, mais pour elle cela n’avait pas la moindre importance (ce sera finalement le bronze, ndlr). En se présentant à Sochi, en ce mois de février 2014, Coline Mattel savait qu’elle avait rendez-vous avec l’histoire et elle ne voulait en aucun cas le manquer. « C’est l’objectif de la saison », martelait-elle il y a quelques mois quand son saut n’était pas encore réglé, pas encore au point.

 

Présente le Jour J

Coline Mattel satisfaite après son premier saut qui la place 2e de la manche

Coline Mattel satisfaite après son premier saut qui la place 2e de la manche

Car voilà, pour Coline Mattel, il n’a jamais été question de briller en coupe du monde cet hiver mais bien de préparer ces Jeux olympiques pour lesquelles les sauteuses, d’aujourd’hui et surtout d’hier, se sont tant battues. En retrait tout l’hiver, la sauteuse tricolore est tranquillement montée en puissance jusqu’à Sochi. « Son début de saison n’a pas été très bon, mais ça va mieux depuis quelque temps et sa deuxième place à Sapporo (le 12 janvier dernier, ndlr) lui a fait du bien », remarque Fabrice Guy, champion olympique de combiné nordique en 1992 à Albertville et parrain de Nordic Magazine. Une performance pour se rassurer, se rappeler aux bons souvenirs de ses adversaires.

Vedette de la discipline et tête d’affiche de la petite troupe du saut tricolore, Coline Mattel se savait attendue. Discrète à chaque entraînement, elle a suivi son plan d’action jusqu’au bout et c’est, mardi jour de finale, qu’elle a répondu présente. Dès le saut d’essai, l’assistance a compris qu’elle serait une candidate très sérieuse avec un saut propre mesuré à 100 m, ce que seulement trois autres filles avaient réussi jusque-là. La bonne impression se confirmait avec une première manche de très grande classe. Affublé du dossard 24, la vice-championne du monde junior décidait de tout envoyer pour s’envoler. Avec une belle impulsion à la table, cette dernière déploie ses ailes pour planer et retomber à 99,5 m avant de poser un magnifique télémark. Ce soin technique fera la différence chez les juges qui lui attribue la meilleure note technique. Créditée de 125,7 points, elle termine la manche à la deuxième place à un petit point de l’allemande Carina Vogt qui a atterri à 103 m (!) mais surtout juste devant l’ultra favorite japonaise, Sara Takanashi ou l’autrichienne Iraschko-Stolz (6e).

 

« C’est juste un truc de malade »

Un saut comme dans un joli rêve qui plaçait l’athlète de 18 ans dans la course à la médaille et au titre olympique. A mesure que les sauteuses défilaient, la pression montait pour elle mais rien ne pouvait la détourner de son destin, celui de figurer au palmarès olympique et de l’histoire de son sport. Avant-dernière fille à se présenter en haut du sautoir, Coline Mattel ne se posait pas de question et s’élançait vers le vide, cet inconnu. « C’était un moins bon saut, j’ai essayé de serrer les fesses et de le pousser le plus loin possible », reconnaît-elle. Retombée à 98,5 m, elle s’en sort grâce à une note technique encore très élevée. Insuffisant pour détrôner la légende autrichienne, l’inoxydable Daniela Iraschko-Stolz, qui a rappelé au monde l’étendue de son talent à 30 ans avec une marque à 104,5 m, mais suffisant pour se garantir une place sur le podium. Ce sera la troisième, celle du bronze. Un métal qui a ses yeux vaut de l’or. « Je suis contente que ça soit finie. J’ai réussi ! C’est un rêve, c’est juste un truc de malade ! Troisième, c’est juste formidable », s’enthousiasme-t-elle avec la fraîcheur de sa jeunesse.

 

Coline Mattel au micro de Nordic Magazine

 

Takanashi clouée au sol

Étreinte par l'émotion, Carina Vogt s'effondre de bonheur. Elle est la 1ère championne olympique de l'histoire du saut féminin.

Étreinte par l’émotion, Carina Vogt s’effondre de bonheur. Elle est la 1ère championne olympique de l’histoire du saut féminin.

Outre Mattel, le camp des favorites a livré une surprise de taille. Vainqueur de 10 des 13 étapes de la coupe du monde cet hiver, leader incontesté du classement général et véritable métronome, la japonaise Sara Takanashi a flanché. « Takanashi n’est pas invincible ou intouchable. Elle a fait un début de saison très impressionnant, mais on est aux Jeux et je pense que c’est différent », prophétisait la médaillée de bronze française il y a quelques jours.

Une juste intuition. Imperméable à la pression jusqu’à présent, la championne olympique de la jeunesse (à Innbruck en 2012, ndlr) se tendait lors de la première manche. Moins fluide, la fille de Kamikawa atteignait les 100 m avec une technique mal assurée. Troisième avant son second passage, elle répétait ses erreurs et descendait à 98,5m. Trop juste pour monter sur la boîte. Légende vivante de la discipline, Iraschko répondait, elle, présente et s’offrait l’argent au prix d’une improbable tentative mesuré à 104,5 m. Mais toutes ses dames allaient se faire damer le pion par une Allemande. Deuxième de la coupe du monde, Carina Vogt se fendait d’un concours parfait et se saisissait de l’or avant de s’effondrer dans l’aire d’arrivée étreinte par l’émotion.

Côté tricolore, les deux autres représentantes de la délégation n’ont pas démérité. A 17 ans, Léa Lemare s’est invitée au concert du Top 20 (20e) dans une compétition qu’elle venait simplement de découvrir. Elle terminait ainsi juste derrière Julia Clair (19e), pas satisfaite du tout par sa performance. « J’étais venue pour rentrer dans les 10… Aujourd’hui, je me suis mis trop de pression peut-être et j’ai oublié de sauter… », assénait-elle après avoir jeter de rage son dossard et ses lunettes.

 

Léa Lemare au micro de Nordic Magazine

 

Loin de cette colère froide et compréhensible, Coline Mattel essuyait ses larmes et réalisait encore un peu plus la portée de sa médaille. En effet, à jamais le nom de Coline Mattel restera graver dans le bronze des Jeux olympiques, à jamais dans la légende du saut à ski féminin.

Photos –  Zoom Agence

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