Maurice Manificat, la nouvelle sérénité du jeune papa

biathlon, ski de fond, Ski nordique, JO, Pyeongchang 2018, sport, ski, Jo 2018, Hiver, Jeux olympiques, Jo d’hiver, Montagne, Nordic mag, une,
SKI DE FOND – Depuis 2011, Nordic Magazine publie, dans chacun de ses numéros, un long portrait consacré à un athlète. C’est à chaque fois l’occasion de mieux connaître celle ou celui dont on admire les exploits.
Retrouvez ici l’article qui évoquait, en juin 2016, Maurice Manificat.

 

Le nid familial se loge dans les contreforts du Vercors, à Saint-Nizier-du-Moucherotte. Face au balcon de la maison, un panorama à couper le souffle, lorsque le temps est dégagé : l’Oisans à droite, Belledonne en face, la Chartreuse sur la gauche et, tel l’observatoire privilégié d’un aigle, une vue plongeante sur l’agglomération grenobloise. Un quart de tour plus à droite surgissent les Trois Pucelles, les fameuses aiguilles rocheuses qui dominent la capitale iséroise. Dans le creux, au cœur d’une vaste et dense forêt, se cache le tremplin de saut des JO de 1968. « J’ai tout, ici », se félicite Maurice Manificat. Les parcours pour partir en footing, à vélo et à ski-roues. « J’ai même ma propre piste tracée dans les hameaux de Saint-Nizier, avec montées et descentes. » Le leader du ski de fond français dispose aussi d’appareils de musculation à domicile. « Quand je peux éviter la voiture, c’est bien, dit-il. On en fait déjà tellement dans l’année. »

 

Maurice Manificat (FRA) – Modica/NordicFocus.

 

En montagne, mais à seulement un quart d’heure de Grenoble, Maurice, sa compagne Amandine et leur petit bout, Ethan, apprécient leur cocon. « Il me faut être proche de la nature, mais je ne veux pas vivre reclus non plus. » Histoire de pouvoir aller au cinéma ou au restaurant, voire de « manger des huîtres au marché de Noël » place Victor-Hugo.

 

Une paternité qui a tout changé

Un centre-ville dont il était encore plus proche lorsqu’il fréquentait le campus universitaire. « J’ai vraiment arrêté mes études, avoue Maurice Manificat. En 2011, j’ai obtenu ma licence en biologie moléculaire et cellulaire. En master, cela devenait plus exigeant ! » Incompatible, pour l’instant, avec ses multiples obligations. Celles d’un leader de l’équipe de France de ski de fond désireux de montrer l’exemple, et d’un tout jeune père de famille.

« Devenir papa a vraiment changé ma vie, admet-il. Avant la naissance, j’avais de l’appréhension ». Puis Ethan est arrivé, le 31 août 2014. « Ce n’est pas toujours facile avec un enfant, cela demande de l’organisation, mais je le vis très bien. Il y a des moments fabuleux, même s’ils sont rares. »

Amandine, sa compagne, a constaté la métamorphose : « Lorsque j’ai connu Maurice, il était individualiste, il vivait dans sa bulle. Avant la naissance, il avait peur, il était angoissé. Depuis qu’Ethan est né, c’est tout l’inverse : il s’est épanoui, il parle beaucoup. Cela l’a responsabilisé. Et il n’a jamais fait d’aussi belles saisons. Je pense qu’il a trouvé le déclic. Pourtant, c’est plus difficile maintenant de s’en aller, mais cela lui donne davantage de motivation encore pour réussir. »

 

Maurice Manificat (FRA) – Modica/NordicFocus.

 

L’intéressé ne le nie pas : « Quand je suis en stage ou en compétition, ce ne doit pas être pour rien. Je dois justifier le sacrifice de laisser ma femme et mon enfant à la maison. » Devenir père a donc exacerbé son souci de la perfection. « À la base, quand je fais quelque chose, je le fais à fond, peut-être trop, d’ailleurs. » Amandine confirme : « C’est un fonceur. Quand la saison de ski est finie, ce sont les travaux de la maison qui l’occupent. Il n’est pas capable de rester inactif. »

« J’ai du mal à lâcher. Je suis très minutieux, ajoute Manificat. J’ai besoin d’aller au bout des choses, sinon cela me stresse. »

Pour autant, le Haut-Savoyard n’aime pas la monotonie. Il trouve ainsi son compte dans le tempo qui rythme une année de skieur de fond. « J’adore la variété de nos modes de préparation et des sites où l’on se rend. Je prends du plaisir à m’entraîner, tout comme je suis motivé à l’idée de porter les couleurs de la France et d’une institution comme les Douanes [Maurice Manificat est en contrat avec cette administration, N.D.L.R.]. Mais le jour où je ne prendrai plus de plaisir, il faudra que je me pose la question d’arrêter ou pas. »

 

Je me sens capable de réussir mes objectifs et j’essaie de ne pas douter.

 

Cette interrogation n’est vraiment pas à l’ordre du jour. À trente ans, le sociétaire du ski-club d’Agy Saint-Sigismond est au sommet de son art. En 2014, il est rentré des JO de Sochi avec une médaille de bronze autour du cou. En 2015, il a ramené deux nouvelles médailles des championnats du monde de Falun (Suède), prémices d’une autre saison très aboutie l’hiver dernier, avec une 5e place au classement général de la coupe du monde, et une 2e position pour la distance, derrière l’intouchable norvégien Sundby, avec qui il échange beaucoup et parle d’entraînement, dans une relation de respect mutuel. « Je suis très fier de cette saison, la plus aboutie de ma carrière, lâche-t-il. Même si je savais que j’en étais capable. » De fait, les limites tombent, désormais. « Un Sundby ne me fait plus peur, je peux aller le chercher. » Décomplexé le Frenchy !

 

Le besoin d’être chouchouté

Son passage chez Salomon, il y a deux ans, l’a également aidé à progresser. « Numéro un d’une marque, c’est important, concède Maurice Manificat. Un sportif de haut niveau a besoin d’être chouchouté. » Avec le bonheur de pouvoir « se reposer sur d’autres personnes. »

« On essaie tous de le porter pour qu’il se dépasse, lâche sa compagne. Le but, c’est qu’il ne reste pas sur ses acquis. Il peut être fier d’avoir su progresser dans les secteurs où il était moins costaud. » Notamment en style classique, « l’essence même du ski de fond », confie l’athlète, particulièrement heureux de son succès dans cette technique, en mars dernier, à Canmore, au Canada. « En classique, il a pris confiance et a accumulé de l’expérience, au fur et à mesure, note Jean-Marc Gaillard, son coéquipier. Et il a gagné en régularité, il sait gérer sa récupération dans une saison. »

 

Maurice Manificat (FRA) – Modica/NordicFocus.

 

Ceci lui ouvre des perspectives pour les Mondiaux de 2017 à Lahti (Finlande) et les Jeux olympiques de 2018 en Corée du Sud, sans oublier l’objectif de remporter, un jour, le classement distance de la coupe du monde. Sûr de son potentiel, en mode force tranquille. « J’ai tendance à positiver, assure-t-il. Pourtant, à la base, je suis quelqu’un d’anxieux. Je me sens capable de réussir mes objectifs et j’essaie de ne pas douter. » Avec, de surcroît, une capacité à relativiser les choses. « Ce n’est que du sport ! »

Une philosophie qu’il doit en partie à Jean-Marc Gaillard. S’il a été inspiré par la technique de Lukas Bauer en classique, « un gars que j’aime bien », et « le style » de Raphaël Poirée en skating, « la détermination, l’énergie et la passion » de Vincent Vittoz, Maurice Manificat concède qu’« avec Jean-Marc, il s’est « détendu » ; il a « su apprécier le plaisir de l’instant, dédramatiser les choses… »

 

Maurice, je ne l’ai jamais vu bien stressé.

 

Le doyen du groupe France minimise son influence : « Maurice, je ne l’ai jamais vu bien stressé. Il est sûr de sa force, possède un mental très solide. Après un échec, dès le lendemain, il sait se remobiliser. Et il a encore progressé en ce sens. » Puis d’ajouter : « C’est une grosse tête, attachant et foncièrement gentil. Même si, parfois, comme il vit dans son monde, il peut être un brin énervant. »

 

Rigoureux… et bosseur

« Je suis détendu quand je suis bien préparé, assure celui qui porte aussi les couleurs du Haute-Savoie Nordic Team. Ce que j’ai réussi jusqu’à présent, c’est l’aboutissement de tout ce travail. Le futur, je le prends comme un bonus. »

Cette philosophie suscite l’admiration de son père, Bernard. « Il pratique son sport avec beaucoup d’intelligence. Il est rigoureux et bosseur, mais a toujours le sourire. C’est un gamin exceptionnel. On n’a jamais eu besoin de lui dire de travailler, ça roulait tout seul. Il a le goût de l’effort. » Maurice Manificat renchérit : « Quand je mets un dossard, je ne peux pas me retenir. » Même quand il porte les couleurs du club d’athlétisme de Tullins, lors de courses en montagne : « J’aime la compétition. »

 

Maurice Manificat (FRA) – Modica/NordicFocus.

 

Il sait malgré tout couper pour de vraies vacances régénératrices. « Je reste toutefois mobilisé mentalement. Je fais attention. » Une exigence soulignée par son papa : « Il s’entraîne onze mois sur douze. Les gens qui ne côtoient pas des sportifs de haut niveau ne s’imaginent pas cela. C’est phénoménal. Même s’il ne le dit pas, je pense qu’il apprécie d’être reconnu. Il veut laisser une trace et montrer aux jeunes qu’on peut y arriver. »

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°19 (juin 2016)
Photos : NordicFocus

 

 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.