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Northug et Sundby contre les zones où la double poussée serait interdite

SKI DE FOND – Faut-il interdire la double poussée dans les courses classique ? Au moins sur certaines zones ? La plupart des athlètes répondent non au projet qui sera débattu lors du congrès de la FIS à Cancun.

 

Lors de son prochain congrès à Cancun, la Fédération internationale de ski abordera la question de la double poussée dans les courses classique et la réponse à donner. L’une des solutions qui devraient être proposées est la création de «No Double Pole Zones« , c’est-à-dire de secteurs où la double poussée serait simplement interdite et où les skieurs devrait pratiquer une technique classique traditionnelle. Mais beaucoup de stars du circuit ont déjà pris position contre. «Ce sera sûrement adopté, mais la FIS se tire une balle dans le pied », a expliqué Petter Northug Jr. Le Norvégien a remporté de nombreuses courses en utilisant uniquement la double poussée, en particulier à Drammen, où le sprint classique se termine traditionnellement par une montée.

Le vainqueur du classement général de la coupe du monde l’an dernier, Martin Johnsrud Sundby, s’est également opposé au projet. Selon lui, « le problème est exagéré ».

 

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Jean-Marc Gaillard Pierre Mignerey

 

En octobre dernier, Nordic Magazine avait réuni deux experts afin d’aborder la question de l’avenir du style classique : Pierre Mignerey, directeur de course de la coupe du monde de ski de fond, et Jean-Marc Gaillard, l’un des meilleurs spécialistes en France. 

 

 

De plus en plus de compétiteurs sur la coupe du monde s’alignent sur les courses programmées en style classique avec des skis de skating. Est-ce le début de la fin de l’historique style classique en ski de fond ?

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Pierre Mignerey : Le début de la fin est antérieur puisqu’on voit, depuis quelques hivers, de la double poussée en longues distances ou en sprint. Cette évolution est liée à pas mal de paramètres comme la neige, le matériel, la technique… Je dirais que c’est plutôt le début des gros ennuis pour le ski classique.

Jean-Marc Gaillard : Je reste convaincu que sur les formats coupe du monde, on peut maintenir le classique. L’an passé, à Davos et Toblach, des coureurs ont skié en skis de skate sur des parcours roulants résultant des changements opérés suite au manque de neige… J’espère que les organisateurs et la FIS seront capables d’éviter ce type de parcours. En modifiant un peu les profils des sites, on peut mettre en place un parcours sélectif pour préserver le style classique. Le pas alternatif ira toujours mieux sur un tracé costaud qu’en double poussée, même si la préparation physique tient aujourd’hui compte de cette évolution. J’ai testé une distance en poussée à Toblach, mais je ne suis pas près de le refaire car ça m’a coupé les jambes.

Pierre Mignerey : Tout le monde tient au style classique… Toi, Jean-Marc le premier, mais en même temps, tu fais partie des pionniers à avoir testé une distance en poussée ! À la FIS, on a analysé en long, en large et en travers les facteurs qui font que les gens partent en poussée. Ce n’est pas un problème d’entraînement, de technique ou de physique… Cet hiver, une barrière psychologique est tombée à Davos. Beaucoup ont osé après cette étape. Ça ne veut pas dire que c’est irréversible. La modification des parcours n’est pas faisable partout, par contre, on peut travailler l’implantation des bosses sur le tracé. En fait, ce n’est pas tant le style classique qui est menacé que le pas alternatif. L’autre souci concerne la réglementation et son application sur le terrain. Ce sont les deux grosses questions de ce dossier. Je ne voudrais pas qu’on arrive à la situation du skating où, à ses débuts, on a bloqué une évolution naturelle par des moyens totalement artificiels et délirants.

 

Quel regard porte la FIS sur cette évolution ?

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Pierre Mignerey : C’est un sujet dont on discute très régulièrement. Toutes les réflexions, même un peu folles, sont sur la table : imposer le fart, interdire les bâtons avec un départ en plat montant, imposer des skis de classique…

Jean-Marc Gaillard : Tout cela ne tient pas compte du type de neige rencontré le jour J. Par exemple, sur la Transju’classic cette année, j’avais la même glisse que Rezac parti sans fart… Les spécialistes du genre sont tellement habitués à pousser que même sur une course avec ce dénivelé, ils partent en ski de skate. A contrario, un fart peut aussi freiner dans les descentes.

Pierre Mignerey : Des athlètes skient déjà aussi vite sans fart que d’autres en pas alternatif dans les montées ! 

Jean-Marc Gaillard : Oui, je garde un souvenir impressionné de Dario Cologna vainqueur du sprint d’Otepää plutôt sélectif, avec une aisance belle à voir…

 

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Jean-Marc Gaillard, vous êtes l’un des meilleurs “classiqueurs” en France. Comment vivez-vous cette mutation qui “inhibe” du coup la finesse technique du pas classique ?

Jean-Marc Gaillard : Inhibe, oui et non. Depuis le début des années 2000 et l’arrivée de Roberto Gal, on fait énormément de poussées en préparation sans voir trop la neige à l’intersaison. Le classique en ski-roues n’a rien à voir avec le classique sur neige. On a beau en pratiquer tout l’été, on est en recherche d’appuis dès notre première journée dans le tunnel d’Oberhof. Par contre, je ne vois pas le classique évoluer autrement. J’espère juste qu’on pourra ralentir cette mode de la poussée.

Pierre Mignerey : On ne poussait pas pareil à Vancouver il y a cinq ans qu’aujourd’hui. La technique a évolué aussi… En ce sens, je pense que la fin du ski classique dans un avenir proche est fort probable. Il va y avoir, si les conditions de neige ne changent pas fondamentalement, de plus en plus de pratiquants de la double poussée. Et ce, dès le plus jeune âge. La majorité des athlètes veulent des pistes dures pour renvoyer au maximum l’énergie. La qualité de neige est un élément crucial dans ce débat.

Jean-Marc Gaillard : A Davos, ça a mis du piment car les skieurs cachaient leurs skis jusqu’au moment du départ. Un côté tactique entre nous est désormais à prendre en compte.

Pierre Mignerey : D’un autre côté, quel problème fondamental poserait une coupe du monde sans style classique ? À part l’attachement traditionnel et historique. Je ne vois pas en quoi le sport en pâtirait s’il n’y avait plus que du skate demain. C’est plausible et pas impossible d’ici 15 ans.

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Jean-Marc Gaillard : Je continue de ne pas y croire !

 

 

Médiatiquement, le circuit Swix Ski Classics semble prendre le pas sur le circuit de la FIS marathon cup…

Pierre Mignerey : Plus il y a de gens qui pratiquent le ski, mieux c’est pour la discipline, y compris pour la FIS. Si la FIS Marathon Cup venait à disparaître, ce ne serait pas un drame non plus. Il existe d’autres circuits internationaux comme l’Euroloppet ou nationaux dans pas mal de pays. L’émergence de ces circuits ne pose aucun souci pour la coupe du monde qui reste la valeur sportive étalon.

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Jean-Marc Gaillard : La priorité des sportifs, c’est briller en coupe du monde, décrocher une médaille aux championnats du monde ou aux Jeux olympiques. Gamin, tu rêves plus de ça que de gagner une longue distance qui reste pour moi un choix par défaut. Il y a de la place pour tout le monde mais le circuit principal est clairement la coupe du monde.

 

Quelques équipementiers proposent désormais des “skis à peluches” plus abordables et plus simples d’utilisation pour les débutants dans la discipline. Une bonne chose ?

Jean-Marc Gaillard : Faut demander leur avis à Rode et Swix (rires) ! Pour les avoir essayés, ce sont vraiment des produits de qualité pour une pratique entraînement ou récupération. Surtout que les fabricants travaillent sur une base ski-course pour les élaborer. Dans mon entourage, ça a fait parler et c’est intéressant pour amener les gens sur le classique.

Pierre Mignerey : Le fartage fait peur à beaucoup de monde : d’abord pour le choix final avant une course, mais aussi pour le côté pas hyperpratique de la pose d’un klister par exemple. Tant mieux si les gens viennent au ski via ce nouveau matériel surtout quand, dans le monde, il se vend plus de skis de classique que de skating.

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> Cet article est paru dans Nordic Magazine n°16 (octobre 2015)

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