Paul Fontaine : « La vie est courte il faut se battre pour rester hors de l’eau »

Malade de la Mucoviscidose, Paul Fontaine a bouclé son deuxième marathon de Paris ce dimanche en 4h21, alors que six mois plus tôt, il était hospitalisé. Plus qu’un entretien, il accorde à Nordic magazine un véritable message de force et d’espoir.

 

– Paul Fontaine, vous avez pour la deuxième fois consécutive, bouclé le marathon de Paris ce dimanche. Avec un record à la clé de 4h21. Forcément heureux ?

Oui bien-sûr, je n’aurais jamais imaginé me retrouver 1 an plus tard sur les Champs au pied de la même montagne à gravir. Donc oui c’est une belle surprise d’autant qu’il y a 6 mois j’étais hospitalisé en urgence. J’avais du mal à marcher et à parler, je ne vous parle même pas de courir… La prépa s’est bien passée mais j’étais anxieux vis à vis de l’état de mes poumons le jour J. En effet la dernière semaine il s’agit de trouver le bon équilibre entre repos et sport pour arriver sur la ligne de départ avec des poumons le plus propre possible et des jambes les plus fraiches possibles. Les deux toutes petites nuits que j’ai fait la veille avaient aussi beaucoup entamé ma confiance même si je savais que j’avais les jambes pour finir. Heureusement un fan club de compét s’était déplacé en masse pour faire un max de bruit tout au long de la course. Des moments très chargés en émotions s’en sont suivis au 30e et à l’arrivée. Donc oui heureux, très heureux !

 

– Vous êtes malade de la Mucoviscidose et en réalisant cet exploit, vous montrez aux autres malades, notamment les plus jeunes, que l’exploit sportif n’est pas impossible. Comment avez-vous préparé ce grand rendez-vous ?

Oui tout à fait, j’ai besoin de l’exploit sportif pour pratiquer mes sports. C’est mon deuxième marathon, entre temps j’ai traversé la France d’Est en Ouest sur un vélo de route en 7 jours sur 1000 km de Besançon à la Pointe du Raz. J’avais envie de contempler le coucher de soleil depuis cet endroit grandiose. Oui l’exploit sportif est possible quand on est handicapé, oui tout est possible avec un handicap ! Les seules barrières sont celles que l’on se met dans la tête. La vie est courte il faut se battre pour rester hors de l’eau. C’est valable dans le sport comme au niveau professionnel et en amour. Il faut se battre! Nos rêves les plus fous sont à notre portées, il suffit d’être déterminé à les cueillir. Déterminé je l’étais et comme l’année dernière j’ai suivi la même préparation physique concoctée par mon coach en y intercalant des séances de CAP. Au total : quatre, cinq, six séances par semaine depuis début décembre. Deux semis à quinze jours de l’évènement et une prépa alimentaire pour achever le travail.

 

Le rôle de mes accompagnateurs a été décisif

 

– Comme l’an passé, Thibaut Baronian et Laurent, un autre coureur du team Salomon vous ont accompagné dans ce périple de 42 km à travers les rues de Paris. Quel est leur rôle à vos côtés ?

Leur rôle à mes côtés a été comme l’an dernier: décisif ! Leur soutien a été primordial que ce soit avant la course comme pendant. A l’entrainement, Thibaut mon kiné, a régulièrement soigné mes petits bobos. Ensuite durant la course mes deux anges gardiens ont géré mes allures comme mes ravitaillements (eau, gels sucrés) allant du transport à la gestion du temps de prise et des volumes. Leur soutien moral a également beaucoup compté tout au long de la course et plus encore à partir du 30e.

 

Paul Fontaine : "Le soutien de Thibaut et de Laurent a été décisif".

Paul Fontaine : “Le soutien de Thibaut et de Laurent a été décisif”.

– Avez-vous le sentiment d’être un exemple ?

Oui je me rends bien compte de cette position d’exemple que me confère le défi sportif. Je reçois beaucoup de messages de parents d’enfants atteints de la même maladie que moi. Ils me félicitent, m’encouragent à me battre et me parlent souvent de leur jeune enfant en me citant en exemple et en leur souhaitant la même force mentale que moi. En tant que jeunes parents de petit malade, il endurent des moments difficiles et leurs angoisses sont bien réelles. Il m’est arrivé plusieurs fois de rencontrer ces parents qui viennent vers moi les yeux pleins de larmes, pleins de questions et pleins d’espoir. Ils sont contents de voir qu’on peut avoir 30 ans, la mucoviscidose, un emploi, une copine, et courir des marathons. J’essaie aussi d’être un exemple pour les valides en faisant le maximum pour être traité comme eux, travailler comme eux, et avoir les mêmes loisirs. Je me compare beaucoup à eux et même plus encore. Cette position d’exemple c’est donc avant tout le fruit, de mon exigence, de ma force de caractère et de ma détermination à gouter moi aussi au bonheur. Tout cela a un prix!

 

L’arrivée fut des plus émouvante

 

– Quels sentiments vous sont passés à travers l’esprit durant cette course ?

J’ai été traversé par beaucoup d’émotions au cours de ce marathon. Tout d’abord l’anxiété a été très forte les deux jours qui ont précédés l’épreuve allant jusqu’à fortement perturber mon sommeil puisque je n’ai dormi que 3h dans la nuit de samedi à dimanche. J’ai couru plus longtemps que j’ai dormi. Le même stress et la même anxiété m’ont accompagnés dans le sas de départ jusqu’au kilomètre 38 tout en diminuant à mesure que défilaient les flammes et bornes kilométriques vertes. Cette anxiété a progressivement été remplacée par de la satisfaction et de la fierté au franchissement du 21e, du 30e, du 40e, et à l’arrivée. J’ai aussi ressenti beaucoup de soulagement à la vue du 40e km de mes proches, de mes amis et à la vue de la Tour Montparnasse qui avait été un point de repère décisif et d’un grand soutien moral dans l’enfer du bois de Boulogne. Enfin à de nombreuses reprises j’ai été saisi par l’émotion à la vue des personnes qui se sont déplacées pour me soutenir. J’étais incapable de contenir cette émotion qui me faisait perler les larmes aux coins des yeux, me soulevait la cage thoracique, me nouait la gorge et m’empêchait de reprendre mon souffle. L’arrivée fut des plus émouvante. J’étais en larme à la remise des médailles, ce qui a ému la bénévole qui me l’a mise autour du coup. J’ai ensuite embrassé Laurent et Thibaut avant de retrouver ma famille, ma chérie, mes amis, ainsi que des parents d’enfants malades venus me soutenir. Ces dernières embrassades ont été source de beaucoup de larmes, de joie, de fierté, de soulagement. Merci à eux!

Paul Fontaine - Marathon 3

Photo souvenir avec la légende Kenenissa Békélé.

 

– Avez-vous déjà un autre projet sportif en tête ?

ui tout d’abord je pense m’inscrire pour le trail des forts début mai. Je participe aussi à la run color en faveur de la lutte contre le cancer, qui a lieu sur Besançon le 3 mai prochain. Enfin il y a la Maxirace en relais autour du lac d’Annecy fin mai que je courrai en relais à quatre avec Ensemble au sommet, mon kiné et un autre patient lui aussi marathonien. Avant éventuellement de poursuivre sur une ascension du Mont Blanc durant l’été toujours avec Ensemble au sommet mais le projet reste à définir.

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