Paul Fontaine : «On rend l’impossible possible !»

Paul Fontaine a réussi un fabuleux exploit ce dimanche à Paris. Il a bouclé, avec l’aide de ses anges gardiens Thibaut Baronian et Laurent Copin à boucler le marathon parisien en 4 heures et 54 secondes, signant un record du monde pour un sportif malade de la mucoviscidose. Affichant une détermination peu commune, le jeune homme est bien sûr ravi de cet accomplissement mais surtout du chemin parcouru pour y parvenir malgré la maladie. Il nous livre un fabuleux entretien plein d’espoir…

 

 

Paul Fontaine, vous avez bouclé le marathon de Paris ce dimanche en 4h et 55 petites secondes, établissant ainsi le record du monde de la distance pour un malade de la mucoviscidose. Réalisez-vous la portée de cet exploit ?

Non, le monde est bien trop vaste pour moi. Aujourd’hui, je cours ces 42,19km en 4h00 avec seulement 55% de capacité respiratoire établissant de surcroit un record sans précédant. Cette performance c’est d’abord un défi personnel que je me suis lancé il y a 3 ans. Voilà un an que je ne compte plus que jusqu’à 4, quatre heures, il n’y a plus que ça qui compte. Bien sûr ce chiffre est hautement symbolique sur marathon, mais bien au delà, il y a la portée, le symbole de cette aventure. Le chiffre est le vecteur qui doit permettre au monde d’entendre le message que je veux transmettre. Plus proche de moi je mesure le buzz que l’on a fait sur les réseaux sociaux. C’est indescriptible! On atteint des chiffres astronomique en termes de like, de partages, de clics… On dépasse même les 100 000 clics sur le Facebook de la page “Ensemble au Sommet”. Je suis également impressionné de voir tous ceux que l’on a ému aux larmes ou que l’on a fait vibrer. Entre facebook, france tv et le site du marathon, ils étaient très nombreux à courir avec moi en pensée sur les pavés parisiens. J’espère que les gens se serviront de ce souvenir pour avancer plus loin, plus vite, plus humainement. Le dépassement de soi exacerbe les vrais rapports humains. Que d’émotions. C’est beau.

Paul Fontaine avec Thibaut Baronian et Laurent Copin.

Paul Fontaine avec Thibaut Baronian et Laurent Copin.

C’est votre troisième marathon parisien et celui-ci, vous l’avez préparé avec minutie et une énorme motivation… Vous expliquiez, à J-2, que cette préparation vous a permis de mieux vous connaître, de mieux connaître la maladie pour mieux la combattre…

Quel chemin parcouru! Après avoir vécu des années dans le déni, la honte et le mensonge, une puissante prise de conscience m’a empli de rage et de colère. Je faisais du sport pour me maintenir en vie jusqu’à ce que sur mon vélo et sous la pluie, je décide de me battre pour gagner. Il y a deux ans, j’ai rendu l’impossible possible en bouclant mon premier marathon en 4h41. Le but était de franchir la ligne, seul l’état de mes jambes m’importait. J’étais un malade qui tentait de réaliser un exploit sportif, et une première en France. Aujourd’hui, je suis un sportif-malade. Ce n’est pas la même chose. C’est mon 3e marathon et 42×3=120km plus loin, je vois bien que ma vie a changé. Mon nouveau préparateur physique a réussi à me faire prendre conscience de l’intérêt de la récupération. En axant ma préparation sur la propreté et la souplesse de mes poumons, je fais désormais moins de sport mais je suis plus en forme. J’ai maintenant une vie en dehors du sport. J’aime beaucoup cette maxime de Confucius qui dit que “Le bonheur ne se trouve pas au sommet de la montagne, mais dans la façon de la gravir”. Depuis 3 ans, à force de m’apprendre et d’apprendre cette maladie, petit à petit c’est celle qui me faisait peur et qui me dominait que je mets en cage et c’est tout ce qui compte pour moi.

 

Aujourd’hui, je suis un sportif-malade. Ce n’est pas la même chose”

 

Quelles émotions vous traversent l’esprit durant une si longue aventure sportive et humaine à travers les rues de Paris ?

4h et 55s, à l’arrivée, le contrat est rempli. L’objectif atteint. On a fait le job! Pour la troisième fois on rend l’impossible possible. J’ai mis du temps à y croire, sur la fin on n’est jamais sûr de rien. Il faut dire que: quelques séances ratées, un traitement antibiotique en intraveineuse d’une durée de 15j fin mars, un rhume qui s’est soigné la veille de la course et des blessures à répétition dans le mollet droit jusque sur la ligne de départ; tout ça a eu de quoi entamer ma confiance malgré mon expérience sur marathon. On est donc parti sur un objectif 4h pour boucler les 42.195km qui nous mèneraient au pied de l’Arc de Triomphe. Beaucoup de craintes, d’incertitudes, de stress, d’envie d’en découdre et de rage en moi sur la ligne de départ au moment de sortir de ma cage. J’ai rejoins mes “pacers” Thibaut Baronian, Laurent Copin et mon frère Pierre Marie Fontaine, au km1 et on a couru régulier et dans les temps prévus: 57min au 10e km, 2h00 au semi jusque sur la ligne 42km plus loin. J’ai pris beaucoup de plaisir sur cette première partie avant de vraiment m’enfermer dans ma bulle sur le deuxième semi et travailler mon mental. Ça a commencé à devenir difficile vers le 30e-35e km mais à ce moment là, n’importe quel marathonien expérimenté sait que quoi qu’il arrive il finira la course. Les pensées se sont bousculées dans ma tête: ma chérie, mes parents, Mike Horn (mon mentor), tous ces sacrifices tous ceux qui se battent à mes côtés et toutes les stratégies mises en place avec mon préparateur mental (visualisation, célébration des victoires, geste signal…) C’est seulement au 39e que j’ai eu la conviction que je pouvais accrocher les 4h00, j’ai donné tout ce qui me restait de jambes et de mental dans la bataille jusqu’au 42e km où après un tout dernier virage j’ai pu lancer le sprint final pour passer en 4h.

Paul Fontaine Paris

“A toute mon équipe, je dis MERCI”.

 

 

Thibaut Baronian et Laurent Copin étaient à vos côtés pour caler l’allure, vous ravitailler et vous appuyer dans les moments difficiles. Diriez-vous qu’il s’agit aussi d’un succès collectif ?

Oui c’est vrai, derrière moi il y a tout un staff qui a oeuvré à cette réussite avec en premier lieu ma copine qui est ma première fan et qui me supporte au quotidien. J’ai également travaillé avec un coach sportif de renom Christophe Malardé qui m’a concocté un programme d’entrainement spécifique, varié, personnalisé au jour le jour, agrémenté d’un minimum de séances mais de haute qualité. Je suis suivi par un préparateur mental Sylvain Loye. Mon kiné Thibaut Baronian s’est occupé de soigner mes petits bobos avant de m’accompagner sur la course avec Laurent Copin qui représente l’association “Ensemble au Sommet” J’ai également bénéficié des services d’une diététicienne, d’un pharmacien, d’un partenaire technique (Endurance shop), de mes infirmiers, d’un professeur de yoga, de toute l’équipe médicale du service de pneumologie du CHU Jean Minjoz. Je tiens à remercier plus particulièrement ma chérie Fiona et sa famille, ma famille et mon frère Pierre Marie, la famille Trani, Alicia, les amis, les followers qui m’ont encouragé dans cette aventure. A toute cette team : MERCI.

Paul Fontaine Paris

” Le dépassement de soi exacerbe les vrais rapports humains”

 

Votre énergie semble inépuisable et vecteur de motivation et réconfort pour les malades de la muco. Souhaitez-vous, à travers ces défis sportifs, faire passer un message ?

La mucoviscidose est une maladie chronique évolutive, mortelle et sans traitement à ce jour. Je rencontre souvent de jeunes parents anéantis à qui l’on vient d’annoncer le terrible diagnostic de la maladie. Je vois cette étincelle qui derrière les larmes, brille dans leurs yeux. J’incarne l’espoir et l’envie de se battre. J’en suis à chaque fois bouleversé. Le message est universel, il est toujours le même: Battez vous, relevez vous encore et encore. Les solutions existent, il suffit de persévérer et vous les trouverez, quel que soit les circonstances, quel que soit la montagne que vous avez à gravir. Pour illustrer celà je citerai le Soutra du diamant chère à Alexandre Jollien: “Le handicap n’est pas le handicap, c’est pourquoi je l’appelle le handicap”. Révélez votre talent intérieur. Soyez vrais dans vos rapports aux autres, remettez vous en question le plus souvent possible. Soyez déterminés à aller jusqu’au bout et à faire tous les sacrifices pour avancer ne serait ce que d’un centimètre, même si il faut y rester. Vous pouvez y arriver. Vous pouvez rendre l’impossible possible.

 

Le message est universel : battez vous, relevez vous encore et encore”

 

Avez-vous déjà programmé d’autres rendez-vous forts cette année ?

Aujourd’hui c’est repos. J’ai le mollet droit en bouillie mais ça vaut bien un record du monde. Je procède beaucoup par étapes même si j’ai toujours un rêve d’avance. Maintenant je vais prendre un peu d’altitude. On va commencer par le Trail des forts début mai à Besançon. Demain je m’inscrit au kilomètre vertical d’Annecy et puis dans l’été j’espère passer un maximum de temps au délà de 2000 m d’altitude, assez loin donc de notre beau Jura pour viser une ascension à 4810m courant septembre. L’objectif étant toujours le même : apprendre, s’apprendre, pour à terme mettre cette maladie en cage et passer au delà des nuages, tous ensemble, au sommet.

Photos Facebook Paul Fontaine –

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