Petter Northug Jr : décryptage

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SKI DE FOND – Depuis 2011, Nordic Magazine publie, dans chacun de ses numéros, un long portrait consacré à un athlète. C’est à chaque fois l’occasion de mieux connaître celle ou celui dont on admire les exploits.
Retrouvez ici l’article qui évoquait, en décembre 2015, Petter Northug Jr.

 

«Je ne fais pas attention à ce qui se raconte sur moi ». D’une phrase, l’enfant terrible norvégien, Petter Northug Jr., souvent critiqué, néanmoins adulé par les amoureux du ski de fond, balaie le brouhaha permanent qui l’entoure. Si ses déclarations chocs font les choux gras de la presse et le bonheur des sujets du royaume scandinave, le natif de Mosvik, petite ville côtière nichée dans un fjord au nord du pays, ne semble point s’en soucier et, même, en sourit. « C’est un rebelle qui plaît au public et aux médias », explique Daniel Røed-Johansen, journaliste à Aftenposten, l’un des grands quotidiens généralistes de Norvège : « Ce serait d’ailleurs très ennuyeux pour nous si tous les athlètes étaient politiquement corrects ».

À l’en croire, Northug ne s’embarrasse pas de considération autre que sa quête de victoires. « Sa stratégie sur la neige, c’est souvent de s’économiser au maximum, avant de tout lâcher au dernier moment. Si on ajoute à ça un petit côté provocateur, on a notre bad boy international », explique Baptiste Gros, meilleur sprinteur tricolore l’hiver passé. « C’est un athlète capable de tous les excès. C’est sa force et sa faiblesse. Il peut lâcher complètement quand il voit qu’il ne peut pas gagner », complète Jean-François Devaux, consultant ski de fond d’Eurosport. Une attitude provocatrice qu’il convient de relativiser, à en croire Robin Duvillard.

Pour le médaillé de Sochi, le contexte dans lequel évolue le « sale gosse » — comme l’a qualifié L’Équipe Magazine en février 2014 — accentue les traits. Un effet loupe qu’il convient de ne pas négliger : « Northug ferait office d’enfant de chœur dans une autre discipline. Mais dans le ski de fond, il dénote ! ». Le skieur de Villard-de-Lans, reconnaissant, estime que son sport a gagné en popularité grâce à son rival… Aussi se garde-t-il bien de le clouer au pilori : « Il est chambreur et provocateur certes, mais il ne dit jamais de mal de quiconque dans la presse, et est ouvert pour s’entraîner avec les autres. » « C’est vraiment un jeu de narguer ses adversaires devant les médias, complète Maurice Manificat, vice-champion du monde du 1 5 km à Falun, il est plus respectueux en off. » Et de poursuivre : « Le fait de reléguer tous ses adversaires au rang de “cadets” lors des sprints finaux, a contribué à lui donner cette image d’athlète arrogant, du genre : “il y a des règles, mais je fais ce que je veux quand même”. » Résultat, résume François Faivre, entraîneur de l’équipe de France de ski de fond, « en Norvège, certains sont pro-Northug, le trouvant fun, et d’autres sont contre lui, car ils aimeraient qu’il donne l’exemple ».

 

Petter Northug Jr sur le Tour de Ski (Photo : Agence Zoom).

 

Au fond, Northug est un combattant. Un Viking. « C’est un gagneur, acquiesce Robin Duvillard. En course, il n’a aucun respect pour l’adversaire, mais la sobriété d’un Cologna ou d’un Sundby peut agacer aussi ». « En compétition, il rentre dans une bulle et devient une tout autre personne », confirme Røed-Johansen, avant d’ajouter : « Il se prépare pour la guerre ».

 

Ennemis intimes

Une guerre somme toute pacifique. Après tout, ce n’est que du sport et ses ennemis préférés sont les Suédois, dont il arborait la tenue fin novembre lors des épreuves de Bruksvallarna (ses parents l’auraient conçu non loin de là) : « En Norvège, il y a une grande rivalité avec la Suède sur tous les plans, et surtout quand on parle de notre sport national », explique le journaliste d’Aftenposten. D’ailleurs, lors du relais masculin de Falun, beaucoup de Norvégiens auraient zappé sur la chaîne suédoise pour ainsi assister au triomphe de leur poulain, au détriment de Calle Halfvarsson, avec les lamentations des commentateurs de la SVT. Aussi bon qu’une Tilslørte bondepiker (ou « filles de ferme voilées »), un dessert généreux en pommes cuites, biscuit émietté et crème.

Petter Northug Jr. a été nourri de ce patriotisme : « J’aime mon pays et cela signifie beaucoup pour moi, c’est même tout de gagner pour ma patrie et pour mes compatriotes », justifie-t-il à Nordic Magazine. Un chauvinisme exacerbé qui n’étonne pas Robin Duvillard : « Tous les Norvégiens sont patriotes, Northug a toujours aimé titiller les Suédois, mais c’est le premier à faire des émissions pour la TV suédoise ». « C’est un vrai Norvégien, fier de l’être, opine François Faivre. Il défend les couleurs de Norvège dans le sport national… et c’est sincère. En même temps, c’est ce qui fait qu’il est peut-être moins respectueux face à ses adversaires, prêt à tout pour faire gagner son pays. »

 

Les larmes de Northug

Collectionner les médailles ne lui confère aucune immunité auprès de la fédération norvégienne de ski, tout juste un statut particulier. Depuis 2006, date à laquelle les instances nationales ont refusé de sélectionner Northug pour les Jeux olympiques de Turin, les disputes entre les deux parties sont fréquentes. Jusqu’à la rupture à la fin de la saison 2012/2013. La star scandinave quitte alors le groupe et crée sa propre structure privée, avec le soutien financier de Coop, une enseigne de grande distribution. Sa participation à la coupe du monde est remise en cause. Mais lorsque l’on s’appelle Petter Northug Jr., on ne baisse pas les bras facilement. Le fondeur s’accroche et obtient, année après année, un contrat provisoire. Jusqu’au printemps 2015, en tout cas. C’est alors que la tension monte d’un cran. L’association nationale de ski ne veut plus de compromis avec son athlète. Mais ce dernier tient bon et négocie un accord de trois ans, de quoi lui donner le champ libre jusqu’aux Jeux olympiques 2018 en Corée du Sud. Ensuite, c’est probable, la guerre de tranchées reprendra. « Il ramène des médailles d’or à chaque championnat et à chaque olympiade, ce qui lui permet de rester sur le circuit avec cette attitude. Quelqu’un qui n’aurait rapporté aucun titre serait resté sur le carreau depuis longtemps. Il a la certitude d’être le plus doué de sa génération et c’est de là que lui vient son attitude », analyse le coach des bleus, rejoint dans son argumentaire par Jean-François Devaux : « Son indépendance, il l’a gagnée avec un palmarès incomparable et c’est une dérision d’assister chaque année avant la saison à son bras de fer avec la fédération ».

 

Petter Northug Jr (photo : Agence Zoom).

 

Direction Mosvik, dans le nord de la Norvège, où l’athlète a grandi. C’est le berceau de sa famille. Une famille d’ailleurs omniprésente dans sa carrière, comme le résume Daniel Røed-Johansen : « Son père a été à ses côtés pendant toutes ces années et Northug parle souvent du soutien de sa mère. Il est, de plus, très proche de ses deux frères, fondeurs eux aussi ». Baptiste Gros renchérit : « Un gars qui pleure quand ses frangins performent… On est loin du skieur un peu hautain et totalement imprévisible ! ». Une émotion que l’on a pu entrevoir lors de la victoire de son cadet, Tomas, spécialiste du sprint, à Otepää, en Estonie, en janvier 2015. Et lorsque l’aîné passe lui aussi les qualifications de la catégorie, c’est toujours un petit événement de voir la famille s’affronter. Aux Mondiaux de Falun, Tomas a atteint la finale, mais a vu gagner son modèle. Quant au petit dernier, Even, il est encore en catégorie junior, où il fait déjà honneur à son nom.

Petter Northug Jr. peut s’appuyer sur une seconde famille, celle qu’il s’est constituée autour de lui mais à laquelle se mêle la première. Le fondeur s’est entouré d’un manager, Are Soerum Langas, d’un entraîneur personnel, Stig Rune Kveen, et d’une belle équipe dont fait partie intégrante son père, John Northug. Celui-ci suit son fils sur les compétitions, veillant sur lui et le conseillant dans tous ses choix professionnels. Après tout, « la famille est toujours là pour vous », insiste le skieur auprès de Nordic Magazine. Une biographie a été consacrée à l’égérie de Red Bull. Sous le titre Northug, une histoire de famille, son auteur Sverre M. Nyroenning insiste sur l’importance que le fondeur accorde à ses proches.

 

Le Premier ministre… et la petite amie

Le bad boy ne serait donc qu’un petit campagnard, loin de sa réputation bling-bling. « Il est dans son monde, c’est une superstar et il a des sollicitations qui font qu’il est souvent décalé sur les week-ends de coupe du monde, donc on le voit peu, entretenant un peu plus le mythe », corrige Robin Duvillard. Une image sur laquelle il veille jalousement, contrairement à ce qu’il avance. « Les produits estampillés Northug représentent un gros marché. Un nom, ça s’entretient. Comme il a déjà tout gagné et fait parler de lui en ski, il lui restait à se distinguer à la rubrique “people” », décrypte Maurice Manificat. C’est d’ailleurs pour cela qu’il a créé sa propre Web-TV. Il y affirme vouloir rencontrer Justin Bieber, autre trublion, mais quand le Premier ministre Erna Solberg lui demande en personne de se trouver une petite amie, il joue les enfants de chœur et promet qu’il fera de son mieux, car rien ne compte plus pour lui qu’être un bon sujet. L’enfant chéri de la Norvège serait (aussi) un homme de valeurs. Ce qu’il a appris de son grand-père, c’est qu’à partir du moment où il s’investit dans quelque chose, « c’est pour gagner et réussir. ».

 

Petter Northug Jr (photo : Agence Zoom).

 

Petter Northug Jr., un garçon qui « fascine » pour Robin Duvillard, un athlète « nonchalant » selon François Faivre, « brillant » d’après Jean-François Devaux : « Il gagne et ses adversaires n’ont pas trouvé la parade ! Sauf les Russes à Sochi qui avaient imaginé une piste anti-Northug avec deux kilomètres très durs en montée en fin de course ». Mais on ne se débarrassera pas du Norvégien comme cela. Dans dix ans, révèle-t-il, il sera toujours dans le circuit du ski de fond, « d’une façon ou d’une autre ».

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°17 (décembre 2015)
Photo (sau mention) : NordicFocus


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