Rendez-vous avec le patron du ski de fond mondial, Pierre Mignerey

SKI DE FOND – Durant trois jours, le Français Pierre Mignerey, directeur du ski de fond mondial à la Fédération internationale de ski, est l’invité de Nordic Magazine. Sans langue de bois, il évoque les changements qui vont être opérés sur la coupe du monde  et qui, déjà, ont suscité de nombreux commentaires.

 

 

La planète ski de fond n’en finit pas de commenter les nouveautés du circuit coupe du monde. Nordic Magazine a souhaité faire le point, dossier par dossier, avec celui qui dirige le ski de fond mondial, Pierre Mignerey. Durant trois jours, nous aborderons avec lui tous les sujets qui ont suscité des articles dans les médias et des critiques sur les réseaux sociaux. Dans ce premier volet, intéressons-nous aux nouveautés de cette saison 2017-2018 : sites, changements dans les règlements, raréfaction du relais, nouveau système de primes…

 

  • Pierre Mignerey, avant de parler des changements prévus pour les années à venir, pouvez-vous nous présenter rapidement cette nouvelle saison de coupe du monde ? Y a-t-il des nouveautés ?

Pour cette saison, il n’y a pas de grandes nouveautés, hormis deux nouveaux sites de compétitions qui font leur apparition au calendrier. D’abord Dresden, en Allemagne, les 13 et 14 janvier, qui organisera deux formats de sprints, en individuel et par équipe (team sprint). Puis, les 27 et 28 janvier 2018, nous irons à Seefeld, en Autriche, qui n’avait pas organisé de coupe du monde depuis 1999. Ce week-end servira d’ailleurs de pré-mondiaux. En effet, la station autrichienne accueillera les championnats du monde nordique l’an prochain. Les autres compétitions se dérouleront sur des sites traditionnellement inscrits au calendrier.

 

  • Et pour le règlement des courses ?

Pour ce qui est du règlement, il y a quelques changements notables, avec tout d’abord une redéfinition de la technique du pas tournant en classique. Avant, le pas tournant était autorisé s’il n’y avait pas de traces de classique dans un virage donné. Maintenant, une ligne de début et de fin de zone de pas tournants sera marquée dans les descentes et/ou virages concernés . A l’intérieur de ces zones, le pas tournant sera autorisé. On sait que l’utilisation abusive de pas tournants en style classique est l’une des infractions les plus courantes et qui engendre les gains de temps les plus importants, mais qui est aussi très difficile à définir. Le but de ce changement est de donc de clairement définir les zones dans lesquelles le pas tournant sera autorisé, de faciliter les contrôles et donc le travail du jury pour faire respecter la technique classique.

Ensuite, nous avons validé les test des zones où l’alternatif est obligatoire, tests qui se sont avérés plutôt positifs. Ce processus sera dorénavant applicable en coupe du monde, en championnat du monde et aux JO quel que soit le site, si le parcours proposé le nécessite.

 

 

  • Il n’y a pas de relais cette année hormis aux JO. On sait que beaucoup d’athlètes aiment ce format, notamment les Français qui ont déjà su bouleverser les classements en faisant face aux plus grandes nations du ski de fond. Un grand nombre de spectateurs également sont attirés par ce type de compétitions bien souvent riches en rebondissements. Pourquoi ce choix ?

Ce n’est pas un choix. C’est une conséquence de plusieurs facteurs. Cette année, un relais était planifié à Nove Mesto mais la station, faute de moyens financiers, a dû abandonner l’idée d’organiser une coupe du monde. Nous n’avons été informés de cette décision qu’au mois de juin et les solutions de repli ont été limitées. Planica a accepté de repousser son étape d’une semaine pour palier à cette défection et laisser le week-end de sprint aux Allemands de Dresden à la condition d’obtenir une épreuve de sprint plus favorable d’un point de vue sportif à leurs athlètes nationaux.

Nous avons cherché à programmer un relais avant Noël mais Davos et Toblach ne disposent pas de pistes adéquates pour l’organistion d’une telle épreuve (profil adapté au classique et largeur de piste pour les deux techniques). Comme souvent, il a donc fallu faire des compromis.

 

  • N’est-ce pas préjudiciable qu’il n’y ait qu’une seule longue distance (30km femmes – 50km hommes) sur le circuit coupe du monde ?

C’est le cas depuis de nombreuses années dans le calendrier. Le programme étant déjà très chargé, il n’est pas possible de rajouter des longues distances avant les Mondiaux ou les Jeux Olympiques

 

 

Nous avons trop de formats différents.

 

  • Pourquoi une épreuve comme le 30 km individuel hommes de Davos a-t-elle été supprimée cette année ?

Davos n’a pas toujours été un 30 km, historiquement d’ailleurs plutôt un 15 km. Sur le plan sportif comme sur le plan télévisuel le 30 km individuel nécessite de disposer d’une piste de 7,5 km. Sur une piste plus courte, les athlètes sont perdus dans le trafic et c’est encore plus vrai sur une piste étroite comme celle de Davos. L’évolution des conditions d’enneigement est telle que la piste de 7,5 km est très difficle voire impossible à préparer à cette période de l’année. Nous avons donc décidé de privilégier la qualité et la sécurité avec un 10 et 15 km.

Programmer cette épreuve à une autre date avant les mondiaux n’était pas non plus possible car les athlètes et entraîneurs nous demandent de mettre en place, et c’est logique, les épreuves qui figurent au programme des JO. Nous y reviendrons plus tard, mais c’est une preuve supplémentaire que nous avons trop de formats différents et qu’il est impossible de mettre en place un calendrier avec tous ces formats.

 

  • Un nouveau système de distribution de primes a été mis en place. Comment s’articule-t-il ? La dotation pour les vainqueurs va baisser et la FIS récompensera les 20 premiers coureurs au lieu des 10. Cette décision a fait évidemment beaucoup parler en Norvège. On comprend pourquoi quand la plupart de leurs athlètes sont souvent sur le podium l’hiver. Par contre, on a vu des réactions favorables à cette réforme chez d’autres athlètes, comme par exemple pour Maurice Manificat. Qui a pris cette décision et pourquoi ?

Ce n’était pas une demande nouvelle. Cette modification fait suite à la demande répétée de la très large majorité des athlètes. Cette année, plus de 80% des athlètes qui ont bien voulu répondre au sondage (178 athlètes de coupe du monde au total) mis en place par Virginia Topranin et Martti Jylhae (les représentants des athlètes) ont voté en faveur de la répartition des primes sur le top 20 au lieu du top 10. La commission ski de fond a donné suite à la demande des athlètes.
On n’a pas augmenté le montant total des primes car il est important de comprendre que les celles-ci sont payées par les organisateurs de coupe du monde et les contraintes financières qui pèsent sur eux sont déjà à la limite du supportable. La FIS ne participe pas au financement de ces primes car, contrairement à l’IBU, elle ne possède pas les droits télé et marketing ; ce sont les fédérations nationales organisatrices qui possèdent ces droits. En conséquence, la coupe du monde ne génère aucun revenu pour la FIS.  Il est vrai que certains fondeurs norvégiens se sont élevés contre ce choix, mais ils sont loin de faire l’unanimité en Norvège et encore moins dans le reste du monde.

 

 

  • Même si la FIS n’est pas partie prenante dans l’attribution des sites olympiques, pourquoi si peu de billets ont été vendus pour les JO 2018 à Pyeongchang ?

Tout simplement parce que la Corée n’est pas un pays de culture du ski. Effectivement, les Coréens ne sont pas très intéressés et les spectateurs présents seront donc essentiellement étrangers. Cela pose évidemment le problème du coût du transport pour les spectateurs qui viendront d’un pays où le ski de fond est un sport intégré à la culture. Il faut savoir aussi en parallèle que la plupart des JO ont une limitation du nombre de spectateurs car le coût par spectateur en termes de moyen mis en place pour l’accueil et la sécurité est bien souvent supérieur au prix du billet.

 

  • Mais compte tenu des événements géopolitiques dans cette région, on entend que certaines nations comme la France, choisiront peut-être de ne pas y participer. Craignez-vous leur absence ?

Je n’y crois pas beaucoup. Les Coréens eux-mêmes ne sont pas inquiets et ne pense pas que le CIO prendra le moindre risque.

 

  • On assiste à une surenchère au niveau du matériel. On parle de fixations qui changeraient de position sur le ski pour une meilleure adaptation au terrain, système commandé depuis la poignée du bâton. Ne va-t-on pas trop loin ?

Il est naturel que les équipementiers cherchent à améliorer le matériel en l’adaptant à l’évolution du sport ou à créer cette évolution. C’est l’essence même du sport de haut niveau que de chercher à améliorer les techniques et les matériels. Cela dit, il est clair que ces évolutions peuvent compliquer la lutte contre la disparition de l’alternatif en classique. Est-ce que ça veut dire qu’il faut chercher à freiner cette évolution ? Personnellement, je ne le pense pas même s’il y a des limites à ne pas dépasser, notamment celle d’intégrer de l’énergie externe. Les fixations auxquelles vous faites référence n’ont pas été homologuées pour la pratique en compétition.

 

 

Retrouvez l’intégralité de l’entretien avec Pierre Mignerey :

 

Photos : Agence Zoom

 

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