Richard Jouve, l’archétype du fondeur moderne

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SKI DE FOND – Discret, secret même, le fondeur de Montgenèvre âgé de 25 ans affiche déjà un solide palmarès. Excellent sprinteur, Richard Jouve vise désormais une plus grande polyvalence, conscient de ses qualités d’endurance.

 

« Richard Jouve, c’est un peu le Julian Alaphilippe du ski de fond ! Il peut aussi bien viser un classement général que des victoires d’étapes prestigieuses sur la coupe du monde. » L’entraîneur Thibaut Chène [aujourd’hui en charge de l’équipe nationale dames] n’y va pas par quatre chemins pour présenter celui qui fut son protégé lorsqu’il officiait au comité de ski Alpes-Provence. Et d’ajouter : « Il est l’archétype du fondeur moderne et polyvalent : il aime le classique et le skate, il est très bon en sprint comme en distance. N’oublions pas qu’il a déjà gagné le classement général de la Coupe d’Europe [OPA Cup, ndlr.]. Peu de gens le savent, mais le 50 kilomètres classique est la course qui le fait rêver ! »

Si le solide skieur de Montgenèvre (Hautes-Alpes) de 25 ans a fait ses premières armes avec succès sur le circuit « sprint » de la coupe du monde, la polyvalence l’intéresse. Des fondeurs complets comme le Norvégien Petter Northug Jr. ou le Suisse Dario Cologna l’ont inspiré : « Le sprint ne va pas sans la distance, et vice-versa, développe le jeune homme. C’est un équilibre pour être bien dans mon sport. »

D’ailleurs, après son premier podium à Lahti (Finlande) en mars 2015 qui lui est « un peu tombé dessus » [c’était son troisième départ seulement en coupe du monde], Richard Jouve s’illustrait sur le skiathlon des championnats de France de La Féclaz (Savoie), en franchissant la ligne d’arrivée derrière deux références françaises, Robin Duvillard et Maurice Manificat. Déjà pointait ce désir de sortir de la case, peut-être trop étroite pour ses épaules massives, de sprinteur. « Richard reste davantage performant en sprint. À terme, l’objectif sera de le faire monter sur des mass-start où il est capable de créer des surprises. Mais il doit encore passer quelques étapes avant ça », éclaire son entraîneur, Cyril Burdet.

 

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Richard Jouve (FRA) – Modica/NordicFocus

 

C’est que le gaillard des Alpes du Sud a de solides arguments à faire valoir. Son physique d’abord qui a, depuis tout gosse, forcé le respect de ses adversaires. « Quand il est rentré en cadet au comité, il venait challenger les plus anciens comme moi. En vitesse pure, il était déjà très impressionnant », se souvient le skieur du Queyras, Paul Goalabré. « Il a des qualités de vitesse et de détente incroyables et quand il est en confiance, rien ne peut lui résister », ajoute Thibaut Chène.

Et Cyril Burdet de compléter l’inventaire : « Sa capacité à accélérer subitement est hors-norme : sur ce point, il figure dans les tout meilleurs du monde. Mais au-delà de sa puissance, je dirais que sa plus grande qualité, c’est son sens de la stratégie et du placement, son instinct de compétiteur, c’est presque un félin. De plus, mentalement, il est redoutable quand la pression monte. »

 

Les émotions mêlées de PyeongChang

Cette capacité de résistance lui a d’ailleurs valu les deux plus belles récompenses de sa jeune carrière. D’abord aux Jeux olympiques de PyeongChang en 2018, lors du team sprint. Associé à Maurice Manificat, préféré à Lucas Chanavat en méforme en Corée du Sud, Richard Jouve décroche le bronze derrière les armadas norvégienne et russe. Un moment à la fois très heureux et compliqué à vivre humainement pour le Haut-Alpin. Il aurait aimé partager ce moment avec son copain Lucas, « puisqu’on est ensemble en équipe de France depuis de nombreuses années. Mais cette course s’est transformée en désillusion pour lui. » Ensuite, « plus grande responsabilité encore », il a été choisi pour terminer le relais français aux Mondiaux de Seefeld en 2019. Et c’est en troisième position qu’il a fini la course.

 

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Richard Jouve (FRA), Maurice Manificat (FRA) – Modica/NordicFocus

 

« J’étais tellement content de ramener une médaille à toute l’équipe de France. » En Bavière, les tricolores étaient jusqu’ici passés tout près du podium en sprint (Jouve 4e) et team sprint (Jouve/Chanavat 5e). Ce choix payant du staff français le confortait aussi dans son double projet sprint-distance. Il renforçait aussi l’idée de décloisonner deux disciplines pourtant spécifiques. « Au final, il n’est pas loin d’afficher un parcours parfait », résume Paul Goalabré, son voisin du Queyras.

Fin novembre, Richard Jouve marque l’histoire de son sport en devenant le première tricolore à décrocher un podium en sprint classique à Ruka, en Finlande. Plutôt que de jouer les stars, le jeune homme préfère s’effacer derrière les entraîneurs qui l’ont formé et se cache derrière son rôle de contributeur d’une émulation qu’il partage avec Lucas Chanavat ou Baptiste Gros.

Derrière le regard noir et déterminé de l’athlète qui « a toujours su où il voulait aller », note Goalabré, il y a bel et bien un homme discret, secret même. « Ce côté solitaire sur les bords me va bien », souligne l’intéressé qui se définit volontiers comme montagnard.

 

Chère Vallée de la ClaréE…

Peut-être faut-il y voir un lien avec sa chère, belle et sauvage vallée de la Clarée, plantée à la frontière franco-italienne, où il a grandi, loin du tumulte de la ville qu’il ne « supporte d’ailleurs guère plus de deux ou trois jours ! » Fils d’une maman sportive originaire de Djibouti et d’un papa militaire ayant finalement posé rangers et treillis à la caserne de Briançon, le petit Richard enfourche régulièrement son vélo pour rejoindre, depuis le hameau familial des Rosiers, ses copains de Val-des-Prés, Montgenèvre ou des Alberts. L’homme qu’il est devenu évoque volontiers les souvenirs d’une vie douce et simple en altitude, dans un paysage préservé et une nature rude en hiver.

Dernier d’une fratrie qui compte déjà trois grandes sœurs, Richard Jouve s’essaye au ski alpin avant de revenir aux joies du ski de fond. Avec un entrain certain ! « Richard, même tout petit quand il a appris le ski devant la maison dans la pente qui nous servait de terrain de luge, a toujours eu beaucoup d’énergie à dépenser. Mais aussi un talent et une facilité presque innés dans tous les sports qu’il a touchés », éclaire Sandrine, la plus grande de ses trois sœurs.

Le premier entraîneur de son petit frère ne dit pas le contraire sur la fougue du jeune homme : « Gamin, quand il venait en stage avec le ski-club de Montgenèvre, il bougeait pas mal, il fallait le tenir un peu, se souvient, avec un grand sourire et son accent chantant, le coach de son enfance, Christian Fine. C’était un vrai cabri : il faisait des sauts périlleux, sautait au-dessus des cours d’eau en ski ! Il n’était pas le dernier pour faire des conneries en stage, mais c’était un bon petit gars sympa. »

 

La carapace du montagnard

Depuis, les deux hommes sont devenus très proches. Intimes même. Lors de la réception qu’il organisa pour son départ du ski-club après dix-huit ans de bons et loyaux services, l’aîné reçut des mains de son protégé son dossard du team sprint des Jeux de PyeongChang: « En voulant me faire un discours, il s’est mis à pleurer et moi aussi. Ce furent des émotions fortes ! » C’est que les deux montagnards partagent de nombreux moments, parfois autour d’une table de leur QG, le Black Jack, un petit bar PMU « où on a plaisir à se retrouver et à refaire le monde. »

D’ailleurs, avant ces fameux JO, c’est là-bas que Christian Fine et le technicien de l’équipe de France Olivier Gonon ont convoqué le skieur, qui traversait alors une grosse période de doute après quelques pépins physiques et sentimentaux. Ils y ont programmé un « stage spécial » au chalet militaire des Gondrans perché à 2 455 m pour remettre Jouve dans de meilleures dispositions. Ce moment de partage fut salutaire quand on connaît la suite.

 

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Richard Jouve (FRA) – Thibaut/NordicFocus

 

C’est dire aussi la fragilité d’un gaillard paraissant aussi solide qu’un roc. Partout où il est passé, Richard Jouve a laissé le souvenir d’un « gars très attendrissant et sympa. Certes, il faut casser un peu la carapace… Mais dans l’intimité, c’est quelqu’un qui aime bien chambrer, un bon coquin qui aime faire des blagues, une petite canaille. Je l’adore, au-delà du ski de fond », se réjouit Thibaut Chène. « C’est son caractère, il se protège un peu, il est timide mais se rend toujours disponible pour les enfants du club par exemple », jauge Sandrine.

« J’aime bien tout maîtriser, y compris de petits détails dans le sens où je vise une optimisation maximale de mon temps. C’est ma façon de fonctionner. Le sport de haut niveau m’a aidé à grandir, à me responsabiliser et, pour ce qui concerne les à-côtés du ski, je vais à l’essentiel. »

Skieur professionnel grâce à son statut militaire depuis quatre ans au sein de l’équipe de France militaire de ski (EMHM), Richard Jouve se tourne désormais vers son rêve sportif ultime : décrocher l’or olympique en individuel à Pékin en 2022. « J’ai envie de connaître ce sentiment, tout en ayant conscience de la difficulté d’atteindre cet objectif. » Avant d’y parvenir, il connaît, en tout cas, le chemin pour s’y présenter avec ses meilleures armes.

 

Ce portait a été publié dans Nordic Magazine #32 (décembre 2019)

 

Photos : Nordic Focus. 

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