Robin Duvillard : mes envies pour l’hiver

Robin Duvillard est l’un des quatre “bronzés” de Sochi. À une poignée d’heures du coup d’envoi de la saison avec les courses FIS programmées ce week-end à Beitostølen, il se confie à Nordic Magazine. Comment a-t-il “digéré” sa médaille de bronze aux JO ? Comment s’est-il préparé entre les deux saisons ? Quels sont ses objectifs de l’hiver ?

 

Robin, comment vous sentez-vous ?

Je me sens bien. La préparation a été bonne, j’ai mis en place tout ce que j’avais prévu et, malgré quelques petites journées perdues pour problèmes physiques — eh oui, je vieillis ! —, tout a été validé. Il y a toujours un mélange d’excitation et de tension avant une nouvelle saison, même si ce week-end n’est pas du tout déterminant pour moi et que je suis focalisé sur Lillehammer début décembre.

 

S’endormir ou se reposer sur ses lauriers, c’est signer pour la retraite sportive.

 

Après votre médaille de bronze aux Jeux olympiques de Sochi, appréhendez-vous cette nouvelle saison différemment des précédentes ?

Oui et non. Oui, parce que forcément, certaines choses ont changé. Plus de gens nous suivent. Ce qu’on a fait restera gravé à vie dans nos têtes. Non, parce que nous sommes restés les mêmes, parce que les compteurs sont remis à zéro chaque été et parce que seul le travail paie. S’endormir ou se reposer sur ses lauriers, c’est signer pour la retraite sportive. Après, ce qu’on a fait me donne personnellement plus de confiance et me fait voir aussi plus grand pour le futur.

 

Les quatre médaillés du ski de fond français.

Les quatre médaillés du ski de fond français.

 

Ne pensez-vous pas que le regard de vos adversaires a, par contre, évolué ? Ne vont-ils pas se méfier de ces Français qui sont capables du meilleur ?

Oui et non, là aussi. C’est sûr que les gens vont nous considérer comme des prétendants au podium. Mais en même temps, notre médaille n’est pas venue de nulle part, on a tourné autour plusieurs fois. On est simplement montés sur la caisse le jour où ça comptait le plus. Après, je pense qu’on est, comme l’an passé, 6-7 équipes à pouvoir monter sur la boîte. S’ils veulent se méfier de nous, tant mieux ! C’est toujours bien pour nous, mais nous, on sait que pour refaire le coup, il faudra qu’on soit surtout les quatre au top, sans trop s’occuper des autres.

 

Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se fait hors nos frontières.

 

Est-ce que cela a été facile, pour vous, de tourner la page des JO que vous avez vécus intensément, jusqu’à votre 6e place au 50 km mass-start ?

Ce n’est jamais très facile de tourner une page de quatre ans. Mais heureusement pour nous skieurs, après les JO, la saison n’est pas finie et j’avais encore des objectifs. J’ai donc vite basculé sur la suite. Après au printemps, il a fallu décompresser, fêter cette médaille avec tous mes proches et manger tout ce que je n’ai pas pu manger pendant 6 mois. Ça a pris du temps ! Mais après je suis encore super jeune (Sourire) et j’ai encore des choses à faire dans ce sport. La motivation est donc très vite revenue et le plaisir de s’entraîner aussi. Et puis, comme on continue tous les 4, ça aide aussi à repartir.

 

Êtes-vous satisfait de votre préparation estivale ?

Comme je l’ai dit, j’ai pu tester et faire évoluer tout ce que j’avais prévu donc là dessus c’est top. Je suis allé, grâce à Rossignol, en immersion avec l’équipe norge en juin sur leur premier stage de ski : c’était super intéressant de se frotter à eux à l’entraînement. Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se fait hors nos frontières. Et puis, je suis plus tourné sur le qualitatif et l’intensité aujourd’hui ; ça me convient très bien et visiblement ça m’est bénéfique.

 

Robin Duvillard, champion de France de rollerski aux Menuires.

Robin Duvillard, champion de France de rollerski aux Menuires.

 

On n’oublie pas qu’aux Menuires, vous avez été sacré champion de France de rollerski. Ce titre aide-t-il à avancer ?

Un titre de champion de France, c’est toujours bon à prendre. Et le ski-roues, je l’ai déjà dit, ce n’est pas l’objectif principal. Mais au départ, tout le monde met le dossard avec les crocs, alors il faut tout de même aller le chercher ! Après, il faut y aller avec des choses à tester et à valider, techniquement ou physiquement peu importe. Pour moi, j’y ai vu ce que je voulais voir, techniquement surtout et dans ce sens, oui, ça m’aide à avancer parce que ça valide mes orientations printanières.

 

Pour quelles raisons partez-vous seul à Courchevel juste avant la saison ? Qu’allez-vous y chercher depuis plusieurs années ?

Je pars seul parce que les autres vont dans les chambres hypoxiques qui ne m’intéressent pas à l’heure actuelle. Ça ne colle pas avec mes orientations d’entraînement mises en place depuis trois ans. Et puis, ma copine est au club de Courch alors je me sens aussi chez moi là-bas. L’altitude est idéale pour moi : 1 850, c’est bien, je ne ressens pas d’effets limitants et je peux travailler dur. J’y prépare mes tours de ski et mes grands événements depuis quatre ans et c’est mon petit passage rituel maintenant. C’est mon stage d’affûtage, sans distraction, seul, pour être à 100% concentré sur mon job. J’ai toujours admiré ce que faisait Hervé (Balland) par le passé, et je me retrouve dans ses façons de fonctionner.

 

A 30 ans, je sais où je veux aller et que je commence à bien me connaître.

 

Depuis le printemps, vous avez un nouvel entraîneur, François Faivre ayant succédé à Christophe Deloche. Qu’a-t-il apporté au groupe ?

Le trail ! Non ! Je plaisante. C’est le contraire même : au final, on fait presque moins de footings en stage qu’avant, ce qui me va très bien. Je préfère retrouver les autres sur les ski-roues. Avec Doche, cela faisait 13 années qu’il me coachait, je crois qu’on a vécu des choses fortes et je le considérais un peu comme un second père, parce qu’on a partagé tellement de choses ! Mais il était temps de passer à autre chose, d’entendre un nouveau discours et d’apporter de la nouveauté. François apporte tout ça, il n’est pas beaucoup plus vieux que moi et il est bien dans notre esprit. Le feeling est vite passé dans l’équipe et il est à fond. Il a un gros challenge devant lui parce qu’il passe direct avec la coupe du monde. Il veut donc bien faire les choses. Personnellement, il m’apporte beaucoup de choses techniquement parce qu’on a fait évoluer ma façon de skier. Et puis on discute beaucoup entraînement, parce qu’à 30 ans, je sais où je veux aller et que je commence à bien me connaître. Alors, on individualise beaucoup. C’est important et, à 6 athlètes dans un groupe, on peut le faire. Jusque-là, ça me convient très bien!

 

Robin Duvillard mise sa saison sur le style libre .

Robin Duvillard mise sa saison sur le style libre .

 

Quels sont vos objectifs pour la saison qui s’ouvre ? Qu’espérez-vous ?

L’an passé, j’ai mis l’accent sur le skate et j’ai tourné autour du podium toute la saison. Quatre, cinq, six… Alors évidemment, je cherche à gravir cette marche pour aller faire un beau sourire sur la boîte ! Mais l’objectif du podium, on est 90 au départ à l’avoir. Ce qui fera la différence, c’est ce que chacun à mis en place durant la préparation. J’ai donc encore plus mis l’accent sur le skate et sur le qualitatif. Sans chercher à faire les 1 100 heures que prétendent faire certains Norvégiens, à moins qu’ils sacrifient complètement toute vie sociale ! Ce dont je doute, vu les sollicitations qu’ils doivent avoir en tant que stars dans leur pays.

 

Photo : Christophe Pallot/Agence Zoom

> Retrouvez Robin Duvillard chaque lundi sur Nordicmag.info et dans chaque numéro de Nordic Magazine.

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