JO/Biathlon : l’analyse de Sandrine Bailly

BIATHLON – A trois jours du sprint dames des Jeux olympiques de Pyeongchang, Sandrine Bailly livre son analyse sur les compétitions à venir… et se souvient de ses mondiaux disputés sur le site coréen en 2009.

 

  • Sandrine Bailly, quels souvenirs gardez-vous de vos championnats du monde 2009 disputés sur le site de Pyeongchang ?

Joker (rires) ! J’y suis allée deux fois en 2008 et 2009. En 2008, j’avais gagné la poursuite après une deuxième place sur le sprint alors qu’en 2009, j’étais en travers au niveau de la forme et ce ne fut pas de grands championnats… Je me souviens de pistes sélectives, il n’y avait personne dans les tribunes et une musique d’ambiance stridente et affreuse ! Je n’ai pas accrochée sur les paysages, le site n’avait pas d’âme. On a toutefois découvert leur façon de vivre, ce sont des fans de karaoké, on était allé au bord de la mer également. Aux Jeux, tout sera plus joli et embelli même si des immeubles de 15 étages ont été construits pour les athlètes.

 

  • La météo est très froide sur l’Alpensia biathlon center. Comment prendre en compte, au mieux, cette considération défavorable ?

Ces dernières années, le grand froid est quelque chose qu’on rencontre seulement en début de saison à Östersund. Ils ne pourront pas faire courir les biathlètes en dessous de -18°C, la règle l’impose. Mais je m’imagine même pas repousser ou déplacer les courses pendant des Jeux. Le froid impacte le corps, les doigts, les muscles et induit une grande fatigue en cas d’efforts violents. Ils vont devoir ressortir les straps, les cagoules ou buffs ainsi que les gros gants… On se sent alors emmitouflé et pataud mais ce sera le cas pour tout le monde.

 

  • Le vent était très présent, faut-il s’attendre à des courses « loterie » ?

Le vent implique le risque de ce genre de courses loterie. Si c’est tirable pour tout le monde, ils s’en accommoderont mais si c’est en rafales, ce serait vraiment dommage car ça ne se jouera pas à la régulière. A voir comment ça évoluera sur le site. J’ai souvenir du sprint hommes de Vancouver où les conditions ont changé du tout au tout entre les premiers dossards et les autres : c’est la dure loi de nos sports extérieurs.

Johannes Thingnes Boe (NOR)

  • Les Jeux se résumeront-ils à un duel entre Martin Fourcade et Johannes Boe ?

C’est vrai que la piste est tellement dure et leur forme tellement plus importante que leurs adversaires qu’ils devraient être là, aux avant-postes… Sur le papier, je dirais donc oui. Mais au tripes et sans la pression, des coureurs viendront forcément s’intercaler. Au vu de la saison, les deux joueront devant. Reste à savoir comment ces athlètes et les autres se seront préparés durant les quinze derniers jours, dans quelle forme ils seront… Aux Jeux, les compteurs sont remis à zéro. Mais je pense que chacun a fait le boulot pour arriver au top.

 

  • Au vu des résultats sur la coupe du monde, qui peut selon vous se mêler à la bagarre avec ces deux favoris ?

Je me le demande ! Outre Martin et Johannes qui ont écrasé la saison, les autres se sont bagarrés pour la troisième place, notamment des Français qui ont brillé. Il y a plein d’athlètes qui peuvent le faire. Un biathlète comme Quentin, sur un tir correct, peut claquer la médaille, Antonin ou Simon Desthieux également. Idem chez les filles. Il suffit que tout se cale au bon moment après des moments de galère pour que ça sourit. Célia, avec sa vitesse de ski, peut y croire. L’attente est énorme sur les athlètes, à voir comment les uns et les autres réagiront à ça. Jakov Fak, Bendikt Doll peuvent claquer un 10/10 sur le sprint et jouer la médaille… C’est impossible de faire des pronostics. Les coureurs sont dans cette expectative aussi en attendant de mettre le dossard sur le sprint. Le plus difficile aux Jeux est de rester concentrer sur son objectif et de faire abstraction de toute cette pression autour. L’ambiance propre au village olympique où se retrouvent tous les athlètes, tous les soirs pour les repas, avec leurs réussites et leurs échecs respectifs, est également difficile à gérer pour quelqu’un qui a besoin de se retrouver, de se ressourcer dans ce tumulte incessant.

 

Ce ne sera ni grâce à Martin, ni à cause de lui que les athlètes réussiront ou pas leurs Jeux !

 

  • Justement, Martin Fourcade assure que le rôle du porte-drapeau ne lui donne pas plus de pression que celle qu’il a déjà en tant que grand favori des Jeux. Qu’en pensez-vous ?

Je lui fais totalement confiance. S’il a accepté ce rôle, c’est qu’il sait que ça ne le perturbera pas. C’est lui qu’on attend. Il a l’habitude de cette pression sur ses épaules. Il prend le drapeau positivement et est à l’aise avec les médias. Tout dépend du rôle qu’il endossera aussi : ce ne sera ni grâce à lui ni à cause de lui que les athlètes réussiront ou pas leurs Jeux !

 

  • Chez les dames, les grandes championnes comme Kaisa Makaraïnen, Darya Domracheva, Laura Dahlmeier ou Dorothea Wierer ont terminé la deuxième phase de coupe du monde en montant en puissance. Est-ce révélateur de la façon dont elles ont préparé cette saison ?

Oui ça monte crescendo sur une mise en confiance avant l’objectif phare. Kuzmina, à l’opposé, a attaqué très fort sur décembre et janvier et a ensuite marqué le pas. Ces filles seront là. Wierer, si elle tire aussi vite qu’à Antholz, sera présente, tout comme Kaisa qui skie toujours aussi vite. Elle aussi mérite un titre olympique, ce serait une belle récompense à 35 ans !

 

  • Côté tricolore, chez les hommes comme chez les dames, beaucoup d’athlètes peuvent prétendre à la médaille olympique en individuel. A la seule condition de mettre les balles ?

Oui c’est un peu ça… et d’aller vite en ski aussi ! La piste affiche un profil difficile comme à Sochi d’ailleurs. Ça peut sourire s’ils alignent les choses une à une et réussissent à construire leur course. Les filles ont aussi leurs chances en relais, le break leur a fait du bien j’espère.

 

  • Vous commenterez les Jeux sur BFM Sport / RMC et interviendrez sur les émissions « Les grandes gueules » ou « Moscato Show ». Comment envisagez-vous de commenter du biathlon à la radio après l’avoir fait plusieurs années sur Eurosport ?

Ce sera très différent, une grande aventure pour moi. Je vais à Paris dès ce jeudi pour la première émission avec Vincent Moscato. Je commenterai avec un journaliste qui sera, lui, sur place et en cela, c’est plutôt l’inconnu pour moi. Je devrais m’adapter mais suis contente de cette nouvelle expérience. Les gens n’ont pas les images donc il faudra aussi intégrer ça en étant simple et grand public. Il faudra faire de la pédagogie en même temps qu’on racontera la course.

Photo : Nordic Magazine / NordicFocus / Agence Zoom

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