Sandrine Bailly : « Martin Fourcade est sur un autre monde »

Sandrine Bailly, la biathlète de l’Ain aux 20 victoires en coupe du monde, analyse la folle saison de Martin Fourcade avant les finales de la coupe du monde en Russie ce week-end.

 

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Sandrine Bailly est restée très proche des biathlètes de l’équipe de France comme Marie Dorin ou Marie-Laure Brunet.

 

Sandrine Bailly, avec 22 victoires, Martin Fourcade a dépassé vos 20 victoires sur le circuit de la coupe du monde et est en passe de décrocher l’ensemble des globes individuels sur la coupe du monde de biathlon. Que vous inspire son hiver, passé en jaune de la première à la dernière épreuve ?

C’est une performance rare, d’autant que le classement général de la coupe du monde n’était pas, en tout début de la saison, son objectif ultime. Il a archi dominé la saison de façon impressionnante. Il a tellement dominé qu’il a fait ce qu’il voulait sur certaines courses. Et du coup, il n’ a pas laissé beaucoup de place aux autres. Il est meilleur au tir, encore plus rapide sur les skis ! S’il réédite ce genre de saison l’année prochaine, ce sera phénoménal surtout qu’il vient d’en enchaîner deux assez exceptionnelles… Martin est sur un autre monde. Peu d’athlètes sont capables de rivaliser avec lui sur toute la durée de la saison. 

 

En France, on n’écoute pas assez les signaux d’alerte du corps”

 

Dans les années 2004 – 2008, le duel au sommet entre Ole Einar Bjoerndalen et Raphaël Poirée tenait les fans de biathlon en haleine. Quelques années plus tard, Martin Fourcade a livré une belle bataille avec Emil Egle Svendsen cet hiver. Quel regard portez-vous sur ce duel ?

C’est un joli duel, le sport a besoin de duels de ce genre pour être plus attractif. Les gens aiment ça et les athlètes aussi. Ça ressemble carrément au duel franco-norvégien de Poirée et Bjoerndalen même si les champions d’aujourd’hui sont différents. Après, c’est dommage que Svendsen n’ait pas pu jouer jusqu’au bout pour aller titiller Martin. Ça fait partie du sport, il est resté à l’écoute de son corps et a préféré se préserver. Ce qu’on ne fait pas assez en France. En Norvège, ils sont plus à l’écoute de leurs sensations, prennent cela plus comme un jeu avec sans doute moins de pression de la part de leur entourage sportif. C’est archi faux de penser que la forme reviendra en courant. La récupération passe par plus de récupération. C’est aussi dû au réservoir norvégien qui fait que personne ne se sent indispensable sur une course ou un relais de coupe du monde. Les résultats montrent que cela vaut le coup. De voir Tarjei Boe revenir après un début de saison et prendre du plaisir en est un exemple frappant…

 

Marie Dorin manque un peu de rébellion”

 

Vous qui gérez désormais un magasin de sports à Pontarlier et êtes consultante biathlon pour Eurosport, quelle analyse faites-vous du parcours de Simon Fourcade blessé en début d’hiver mais auteur de belles courses cette fin de saison ?

Je n’avais aucune doute sur son retour. Je pensais que les semaines qu’il a manquées n’allaient pas le pénaliser plus que ça. Les heures estivales étaient là et mises à part ses douleurs qui se sont finalement résorbées, son corps d’athlète lui a permis de bien récupérer. Son problème est de ne pas réussir à terminer vite ses courses : ce que j’appelle le syndrôme du dernier tour est de retour chez lui. J’espère qu’il saura le gommer l’année prochaine. Dans le sillage de son frère Martin, il en prend exemple sans a priori comme le font Alexis Boeuf et Jean-Guillaume Béatrix qui affiche sans doute la plus grosse progression côté tricolore. Il va pouvoir envisager les podiums individuels comme les trois autres de l’équipe. 

 

Du côté des filles, la bande à Marie Dorin a montré qu’elle était capable de jouer devant collectivement mais il en manque encore un petit peu pour claquer des podiums individuels…

C’est vrai que pour chacune il manque un petit truc. En faisant deux podiums cette saison, Marie joue la 3e place du général, c’est dire sa régularité au plus haut-niveau… Mais J’ai l’impression qu’il lui manque un peu de rébellion, qu’elle est un peu trop tendre. Je suis sûre qu’elle peut gagner une coupe du monde alors que le niveau féminin et la densité du plateau augmentent d’année en année. Pour Anaïs Bescond, quand elle règle son tir, il en manque un peu sur les skis et vice-versa ; j’étais très contente pour elle après sa 4e place à Oslo, mais il faut qu’elle se sente capable d’aller jouer devant. Les filles ne peuvent plus se satisfaire d’une 4e ou 5e place, elles doivent maintenant jouer devant, croire en elles davantage… Il faut aussi faire avec le staff qui a évolué dernièrement avec de nouvelles façons de travailler. Ce n’est pas forcément simple pour les athlètes qui, selon moi, doivent regarder devant.