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BIATHLON | PORTRAIT - Elle en est la première étonnée, et s'en excuse presque. L'ex-championne du monde de biathlon Sandrine Bailly reste très populaire. Portrait d'une sportive “entrepreneur”.

Sandrine Bailly, toujours la patronne

BIATHLON – Elle en est la première étonnée, et s’en excuse presque. L’ex-championne du monde de biathlon Sandrine Bailly reste très populaire. Portrait d’une sportive  »entrepreneur. »

 

Dans le coeur des fans de biathlon

Le Grand Bornand (Haute-Savoie) ressemble à Ruhpolding (Allemagne) les jours où le chaudron allemand bouillonne à la vue des stars mondiales du biathlon. La France est terre de coupe du monde, en ce mois de décembre 2013. Combinaison bleue et bonnet rose, Sandrine Bailly pénètre sur la piste dessinée au pied du massif des Aravis. Le coup d’envoi doit être donné dans quelques heures, mais elle est venue tester la neige. Pour mieux raconter la course à l’antenne d’Eurosport. Le public l’observe, la salue affectueusement.

Un spectateur témoigne : « J’ai connu le biathlon grâce à Raphaël Poirée et Sandrine Bailly. Ce sont deux personnes que j’ai vraiment adorées. C’est grâce à elles que je suis devenu fan. » Il sollicite un autographe. Puis c’est au tour d’une petite fille de lui tendre un épais classeur dans l’espoir d’obtenir une signature à côté d’une photographie découpée, puis collée sur une feuille à gros carreaux. Tout y est consigné, jusqu’à la naissance de sa fille Lily, le 14 octobre 2011.

« Dans ces moments, j’ai l’impression que je ne suis pas à ma place. Cela me surprend toujours », commente la championne au palmarès long comme un tour de pénalité après le second tir debout : 43 podiums en coupe du monde, un titre de championne du monde en 2003, une première place au général de la coupe du monde en 2005, deux globes de cristal en poursuite en 2005 et 2008, une médaille de bronze en relais aux JO de Turin et une médaille d’argent en relais en 2010 à ceux de Vancouver.

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BIATHLON | PORTRAIT - Elle en est la première étonnée, et s'en excuse presque. L'ex-championne du monde de biathlon Sandrine Bailly reste très populaire. Portrait d'une sportive “entrepreneur”.

 

Pas étonnant dès lors que Sandrine Bailly soit restée une star. Pour preuve, elle reçoit encore du courrier en provenance du monde entier. « C’est quelqu’un de simple et abordable. Elle prend toujours le temps de répondre », annonce Marie-Claire, sa maman. Si Internet et les réseaux sociaux avaient représenté au milieu des années 2000 ce qu’ils pèsent aujourd’hui, elle aurait cassé la baraque ! Elle aurait été « plus une Shakira qu’une Rihanna », s’amuse son frère Sylvain, sourire aux lèvres.

 

Rencontre fondatrice avec Pascal Étienne

Tout a commencé à Ruffieu, petit village accroché au relief du Plateau de Retord, dans l’Ain. Chez les Bailly, le sport est une religion. La messe est célébrée tous les jours dans cette famille de « Ruffiolans ». Dimanche matin compris. Le papa, Maurice, a évolué en équipe de France et verrait bien sa fille, qui a un temps pratiqué le tennis, « championne de ski alpin. » « Après quelques leçons à l’école de ski des Plans d’Hotonnes, elle a refusé de faire du chasse-neige ! », raconte-t-il. Elle préfère suivre les traces de ski de fond de son père, qui lui inculque une culture de sportive de haut niveau. « L’esprit de compétition était dans mon caractère », concède la jeune femme.

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« J’ai voulu essayer la carabine » poursuit Sandrine Bailly. Et ce que Sansan veut… Bornée ? Le frangin, actuellement chargé de mission à la Fédération française de ski, y voit plutôt « une certaine forme d’impatience. » « Elle ne se pose pas mille questions, elle est parfois entêtée dans sa manière de faire », complète Marie-Claire Bailly.

La rencontre avec Pascal Étienne, entraîneur aujourd’hui disparu, a été déterminante : « C’est lui qui m’a fait passer de la chenille au papillon. » Pour cela, il ne s’est pas uniquement appuyé sur les qualités de la compétitrice. Ses défauts devaient devenir des atouts. « C’est un des seuls qui te considérait en tant qu’individu », constate-t-elle. Autrement dit, il s’adaptait à la personnalité de chacune.

Or, Sandrine Bailly est un animal sauvage. On ne l’apprivoise pas. Elle fonctionne à l’instinct. Avec une bonne étoile qui la protège et qui lui a apporté tant de victoires, de bonheurs. Comment, dès lors, douter ? Peut-être qu’à l’hiver obscur de 2008-2009, elle s’est sentie un peu seule, privée de son ange gardien ? « J’étais usée », se souvient-elle. Un genou à terre, voire les deux, il lui a fallu se relever. « Les joies les plus intenses, je les ai ressenties après les trous noirs », remarque-t-elle.

 

Fin de carrière en mars 2010

Elle aime aussi se mettre à l’écart, « trouver [sa] solitude, comme elle le dit. « Je ne sais pas d’où vient ce trait de caractère qu’elle a en commun avec mon autre sœur et moi-même », s’interroge Sylvain Bailly. Et d’ajouter : « Nous aimons notre indépendance. » « Le biathlon nous a appris à nous séparer de nos enfants très tôt », souligne Marie-Claire Bailly. Partir en pensionnat pour une section sport-études, enchaîner avec les week-ends de compétition à droite à gauche forgent un caractère.

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BIATHLON | PORTRAIT - Elle en est la première étonnée, et s'en excuse presque. L'ex-championne du monde de biathlon Sandrine Bailly reste très populaire. Portrait d'une sportive “entrepreneur”.

 

Ainsi, pour Sandrine Bailly, « il était inconcevable d’avoir un enfant tout en faisant de la compétition. Je ne pensais pas pouvoir être à la fois athlète de haut niveau et maman. » Après sa médaille en relais aux JO de Vancouver, en février 2010, elle annonce la fin de sa carrière. Arrête le 27 mars. « J’étais comme la Reine des neiges, sourit-elle. Libérée, délivrée… car je savais que j’arrivais au bout de ce que je pouvais faire et que je n’aurai pas de regret ». Puis elle donne naissance à une petite fille, Lily. Un second bébé est attendu pour les prochains mois. La famille s’agrandit.

 

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La carabine accrochée au mur, la numéro 1 mondiale de 2005 – l’année phare – reçoit une proposition d’Eurosport. « J’étais contente que l’on m’offre d’être consultante. » Quand elle entre dans la cabine des commentateurs télé, Sandrine Bailly pose son cahier d’écolière sur la table. Elle y a consigné toute sorte d’informations. « Je n’ai pas de mémoire », explique-t-elle. À ses côtés, le journaliste François Schlotterer sait si bien tenir en haleine les téléspectateurs. Aucune action n’échappe à son regard.

Il faut dire que depuis l’année d’avant les Jeux olympiques de Turin en 2006 (qui ont causé bien des tracas à la Bugiste dont les épaules s’affaissaient tant la pression était forte), il est le « Monsieur Biathlon » de la chaîne sportive. « C’est formidable de travailler avec Sandrine. Déjà quand elle était athlète, c’était une bonne cliente pour lui poser des questions, lui faire raconter les courses de l’intérieur. »

Aujourd’hui, c’est dans la tête d’autres athlètes qu’elle s’invite. Expliquer ce qui peut bien occuper leur esprit quand le vent balaie un stand de tir ou qu’une piste ne ressemble plus à rien, lorsqu’une victoire glisse entre les doigts ou qu’un sursaut fait que le camp tricolore laisse éclater sa joie. « On a confiance en ce qui peut être dit. Elle connaît le milieu. C’est ce qui est le plus important », estime Simon Fourcade, membre de l’équipe de France de biathlon.

 

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BIATHLON | PORTRAIT - Elle en est la première étonnée, et s'en excuse presque. L'ex-championne du monde de biathlon Sandrine Bailly reste très populaire. Portrait d'une sportive “entrepreneur”.

 

À l’antenne, Sandrine Bailly est à sa place. Reste à sa place. Une question d’éducation. « Être championne du monde ne l’empêchait pas de vider le lave-vaisselle ou de débarrasser la table », raconte, pragmatique, sa maman. Jeune retraitée, Sandrine Bailly, DUT commerce pour bagage scolaire et ses breloques pour CV, a dû trouver sa voie. Elle est d’abord intervenue dans des entreprises, s’adressant à des salariés qui, parfois, ne s’intéressaient pas au sport et ne connaissaient pas le biathlon. « J’ai ressenti le besoin de partager mon expérience dans un milieu différent que je connaissais peu, mais qui m’intéressait beaucoup. » Elle a ensuite créé une boutique Odlo. « J’ai dû quasiment tout apprendre : la gestion de l’humain, d’un budget, d’un stock… »

Le challenge ayant été relevé de belle manière, elle souhaiterait maintenant passer la main. Ouvrir une nouvelle page. Entrepreneur, mais pas businesswoman. « J’ai d’autres challenges en tête. Ma vocation, c’est d’être dans l’action », justifie-t-elle. « Elle va de l’avant, note son frère. Elle mène la vie de femme dont elle avait besoin après sa carrière. »

 

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Portrait publié dans Nordic Magazine #16

 

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Photos : Archives et Nordic Magazine.

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