Saut à ski : Joséphine Pagnier débute ce mardi le Two Nights Tour
En cette saison olympique, la sauteuse à ski doubiste Joséphine Pagnier, 23 ans, n’est pas à la fête. Après avoir échoué à prendre les trois premières qualifications de l’hiver sur les coupes du monde de Lillehammer (Norvège) puis de Falun (Suède), la Chaunière a pris une pause de deux semaines pour se réentraîner à Courchevel (Savoie).
Revenue à la compétition avant Noël à Engelberg (Suisse), elle y marqué ses premiers points, se classant vingtième du second concours quelques heures après avoir pris la douzième place de la manche qualificative. Alors qu’elle débute ce mardi le Two Nights Tour, Joséphine Pagnier se confie longuement à Nordic Magazine. Entretien.
- Quels mots mettez-vous sur votre début d’hiver ?
Il a été un petit peu à l’image de ma préparation. Cela ne s’est pas passé exactement comme je le voulais. Ça a été compliqué cet été. J’ai eu beaucoup de contrôle dans ce que je faisais : je ne voulais rien laisser au hasard, je voulais que mes sauts soient parfaits et tout maîtriser pour être sûre de réussir et de performer tout au long de la saison. Sans vraiment me le dire, parce que consciemment je sais que ce n’est pas bien, je me suis mis des obligations. La partie de moi qui aime contrôler et bien faire les choses a pris le dessus.
Le résultat, c’est que je me suis perdue dans ce que j’avais à faire et dans les raisons pour lesquelles je faisais du saut. Mentalement, c’était très dur cet été. Je n’ai pas eu beaucoup de moments où j’ai pris du plaisir et où je me suis amusée dans mon sport, parce que j’ai voulu trop bien faire les choses. Je m’en suis rendu compte un peu tard, mais je travaille dessus et c’est un sujet qui mérite d’être abordé. Je n’ai pas baissé mes ambitions, mais je fais différemment.

- Comment avez-vous vécu ce deux manches de coupe du monde sans qualifications décrochées pour les concours ?
J’avais déjà un mal-être tout l’été, ce n’était pas nouveau… Le résultat en compétition, c’était un trop-plein et j’avais besoin de me poser les bonnes questions. Je ne pouvais pas subir ça beaucoup plus longtemps. Quand tu gagnes des coupes du monde et que, deux ans après, tu ne passes plus une qualification, ça affecte forcément. Mentalement, c’était dur, mais je n’en suis pas à ma première épreuve et ce ne sera pas la dernière [rires] !
« J’étais vraiment, vraiment pas bien après Falun »Joséphine Pagnier à Nordic Magazine
- Est-ce la pause de deux semaines que vous avez opéré au décembre, sans aller à Wisla (Pologne) et Klingenthal (Allemagne), qui vous a permis de vous rendre comtpe de tout ça ?
C’était déjà le cas avant, mais cette pause m’a permis de prendre du recul. J’en ai surtout pris pleinement conscience. On m’a proposé de faire une longue pause, d’arrêter ma saison ou de prendre des vacances, mais je sais que j’aime tellement le saut que je veux continuer. J’ai fait cette préparation et j’ai ça dans le sang. Je sais que ce n’est pas perdu, même si c’était un peu endormi.
Je suis très contente de mes deux semaines d’entraînement effectuées à Courchevel avec Damien [Maître]. J’ai repris du plaisir, refait de bonnes choses et retrouvé de la confiance. C’est ce qui m’a permis d’aller chercher mes premiers points à Engelberg avant Noël et d’avoir des sauts réguliers, dans les vingt, trente meilleures. En deux semaines, j’ai fait beaucoup de travail.
- Y’a-t-il eu un déclic qui vous permet d’être dorénavant mieux ?
J’étais vraiment, vraiment pas bien après Falun. Ça n’allait pas du tout et il fallait tout simplement trouver des solutions, qui étaient de prendre soin de moi. C’était la priorité numéro un. Je me suis ensuite demandé pourquoi je faisais ce sport et comment je voulais le pratiquer. Retrouver du plaisir à l’entraînement était mon objectif. Je me fixais des objectifs réalisables pour avancer petit à petit, et c’est encore le cas aujourd’hui.
« Je ne sais pas si j’y arriverai forcément cet hiver, mais j’ai envie d’y croire et je sais que ça viendra à un moment ou à un autre »Joséphine Pagnier à Nordic Magazine
- Etait-ce importante de voir une progression lors de votre retour à la compétition ?
Je savais que j’étais meilleure par rapport à là où j’en étais restée début décembre. Ce qui est cool, c’est que j’ai réussi à faire en compétition ce que je faisais à l’entraînement à Courchevel. Tous mes sauts étaient réguliers et j’ai surtout repris du plaisir à refaire une compétition, chose qui n’était pas arrivée depuis très longtemps.

- L’équilibre que vous êtes parvenu à trouver est-il solide ?
J’ai l’impression que ça n’avait pas été comme ça depuis l’été et même depuis un moment. Je ne pourrais pas dire si c’est solide ou non, parce que c’est un terrain toujours fragile, mais je travaille dessus et je fais mon maximum pour être la plus performante possible. Je n’ai pas trop envie de me projeter sur la suite. Je fais au jour le jour, à petits pas, step by step. Je sais que j’ai toujours les mêmes capacités et le même talent. Je ne sais pas si j’y arriverai forcément cet hiver, mais j’ai envie d’y croire et je sais que ça viendra à un moment ou à un autre. J’en ai la certitude.
« Bien sûr que c’est dur de ne pas être bien mentalement, mais on ne sait pas ce qui peut se passer dans une semaine ou dans un mois… »Joséphine Pagnier à Nordic Magazine
- Si on résume votre histoire récente, les problèmes dont vous souffrez sont 100 % mentaux et pas physiques…
Totalement ! C’est 100 % mental, mais c’est aussi ce qui me fait dire que tout est possible, parce que ça vient de moi : ce n’est ni une blessure physique ni un problème de surpoids. Bien sûr que c’est dur de ne pas être bien mentalement, mais on ne sait pas ce qui peut se passer dans une semaine ou dans un mois… Tout est possible et tout peut aller très vite en saut à ski. Je ne me mets aucune limite, mais sans me projeter trop loin.
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