Seraina Boner : la petite reine des longues distances

SKI DE FOND – Depuis 2011, Nordic Magazine publie, dans chacun de ses numéros, un long portrait consacré à un athlète. C’est à chaque fois l’occasion de mieux connaître celle ou celui dont on admire les exploits.
Retrouvez ici l’article qui évoquait, en décembre 2016, Seraina Boner.

 

 

Elle n’est pas forcément à son aise sous la lumière des projecteurs qui illuminent les rives du Rhône, au cœur de Lyon. C’est dans l’ancienne capitale des Gaules que le team Gel Intérim-Rossignol présente son équipe pour la saison 2016-2017. Et notamment sa principale recrue : Seraina Boner. C’est une silhouette fluette dans un jean noir, un petit bout de femme aux longs cheveux bruns retenus par une discrète barrette, le cou protégé par une épaisse écharpe noire, un visage affûté soulignant un large et beau sourire, rehaussé par une fine paire de lunettes noires, qui s’avance vers l’estrade quand la marraine de l’équipe, l’ancienne biathlète Marie-Laure Brunet, prononce son nom. C’est la vedette de la soirée, mais elle n’est pas du genre à rouler des mécaniques. Elle refoule la pression symbolique du moment en quelques mots teintés d’accent suisse alémanique : « Un de mes objectifs sera de faire des progrès en français en côtoyant mes coéquipiers », sourit-elle.

Elle ne se sentira pas seule puisque, parmi eux, figure notamment son compagnon, le fondeur Toni Livers (lire Nordic Magazine n° 20). Outre une passion commune pour le ski de fond, qu’ils pratiquent à l’excellence, les deux amoureux partagent une belle histoire : « à 15 ans, je suis entré dans le gymnase de Davos où un groupe régional s’entraînait. J’y ai fait la connaissance de Seraina et, quelque temps après, nous nous fréquentions. À l’époque, elle n’avait guère confiance en elle, malgré des possibilités physiques impressionnantes », raconte, timidement, le plus souriant des fondeurs suisses.

 

La cabane dans la montagne

Les deux skieurs étaient faits pour se rencontrer. Quand Toni grandissait dans son petit village de Trun, perché dans les Grisons, Seraina Boner vivait, elle aussi, une enfance à la montagne, à Davos. « Je suis très privilégiée d’avoir grandi dans un endroit où les gens viennent en vacances ! Avec une saison hivernale d’environ quatre mois à Klosters, la pratique du ski et des sports d’hiver est venue très naturellement pour mes sœurs et moi », témoigne l’intéressée, qui a découvert la glisse dans le jardin de la maison familiale.

À Davos, les parents Boner inculquent des valeurs simples à leurs filles, basées sur un mode de vie actif : « Notre famille entière aime la montagne, la randonnée, passer du temps au milieu de la nature, partager des voyages ensemble, appuie sa sœur Katja. Nous avions une cabane dans la montagne, sans radio ni télévision, où nous avons passé de nombreux étés. On jouait dans la petite maison des enfants que mon père avait construite, agrémentée d’une cuisinette. Là-haut, on ne manquait de rien… » Le souvenir de la tasse de lait chaud gentiment servie par le fermier d’à côté fait encore saliver les frangines. « J’ai beau beaucoup voyager, je dois avouer que j’ai toujours plaisir à revenir à la maison. Le paysage, ici, est incroyable », confirme Seraina Boner.

 

Seraina Boner (photo d’archives).

 

La jeune fille n’est alors pas si différente de celle d’aujourd’hui : « C’était une enfant silencieuse, discrète et très consciencieuse à l’école mais, dès qu’elle était dehors, elle devenait très active », poursuit Katja.

Formée au ski de fond par un entraîneur norvégien qui base son apprentissage sur le plaisir et l’épanouissement dans la pratique, la Suissesse, qui n’est pas passée par les habituels échelons de Swiss-Ski, découvre la coupe du monde à 20 ans tout rond, chez elle, à Davos. « Je ne me voyais pas comme une athlète, ne croyais pas que je pouvais réussir. Je suis arrivée en équipe nationale sur le tard, car j’étudiais à plein temps à Bâle. En arrivant le vendredi soir, veille de la course, j’étais tellement effrayée que je suis allée repérer le parcours de nuit avec une frontale. Pas étonnant que la suite ne se soit pas franchement bien passée ! »

L’échec devient un déclic pour la jeune femme, qui affiche un tempérament de gagnante une fois les skis aux pieds. « Je me suis alors dit qu’il fallait que je revienne mieux préparée pour aller de l’avant. »

Après les Jeux de Turin, où elle n’imaginait même pas se rendre, Seraina Boner connaît une année 2009-2010 difficile : « J’avais perdu l’équilibre entre entraînement, travail [elle donnait des cours d’éducation physique, N.D.L.R.] et vie personnelle. J’ai développé une sur-fatigue. » La sanction tombe : il n’y aura pas de sélection pour Vancouver 2010. « Parfois, il faut qu’on te force à trouver ton propre chemin », philosophe-t-elle aujourd’hui.

 

Le frisson des longues distances

Prête à raccrocher les skis, la fondeuse, avec deux de ses amies, Seraina Mischol et Ursina Badilatti, est contactée par le Marathon de l’Engadine afin d’intégrer une nouvelle équipe montée pour disputer des longues distances. Banco ! Dès la première course, sur le 50 km de la Jizerska, elle termine à la deuxième place. Pour sa seconde longue distance, elle gagne la Marcialonga, en établissant un nouveau record. « Elle a découvert ce circuit sans pression, se souvient Toni Livers. Avec le plaisir retrouvé de faire du ski, associé à ses qualités hors normes, notamment en montée, elle a vite gagné en confiance. Elle a alors entamé une nouvelle carrière et fait un pas vers la liberté dans sa pratique du ski. Cette première victoire fut un moment clef pour elle. »

La suite, c’est la construction d’un palmarès tout simplement colossal dans l’univers des courses populaires : quatre victoires sur la Birkebeinerrennet en Norvège, la gagne aussi sur la Sgambeda, la Diagonela, la König Ludwig Lauf, d’innombrables podiums sur la Vasaloppet et bien sûr l’Engadine. « Ce qui me fascine sur la longue distance, c’est tout ce qu’il peut se passer pendant une course de trois heures, l’imprévisible, le fait de devoir être mentalement prête au combat, mais toujours avec le sourire bien sûr, car le ski de fond est fun et il faut sourire pour remercier les spectateurs pour leurs encouragements. »

 

Seraina Boner (photo : Agence Zoom).

 

Les pieds sur terre, Seraina Boner sait s’appuyer sur un socle familial solide. Bien encadrée dans une mini-structure constituée de ses sœurs Katja, physiothérapeute et entraîneur, et Eliane, qui gère plutôt la partie média–sponsoring, Seraina rêve encore de succès, sportifs comme personnels : « Je travaille pour devenir toujours meilleure. » Dernier défi en date : retourner sur les bancs de l’école de Macolin pour décrocher un master en sciences du sport. « C’est important pour Seraina d’avoir une sécurité à côté du sport », avance Toni Livers.

Mais avant d’en terminer avec les lattes, Seraina Boner a déjà une petite idée en tête pour un rendez-vous mondial programmé du côté de Lahti cet hiver : « Il serait amusant de monter une équipe suisse pour le relais, ça fait dix ans que ce n’est pas arrivé et je crois que le temps est venu de marquer notre présence sur cet événement. »

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°21 (décembre 2016)
Photos (sauf mention contraire) : NordicFocus

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