Simon Fourcade, cible en tête

BIATHLON - Le vétéran de l’équipe de France Simon Fourcade, 34 ans, met un terme à sa longue carrière internationale.
Rollerski, trail, ski de fond, Ski nordique, Ski-roues

BIATHLON – Star mondiale du biathlon dès ses années juniors, le biathlète rêve d’une quatrième olympiade à PyeongChang. À 30 ans, Simon Fourcade se fixe de nouveaux objectifs sportifs et de vie. 

 

Simon Fourcade, 100% tourné vers le biathlon

Il y a le Simon Fourcade* du calendrier des Dieux du stade : un corps d’Apollon sculpté par des années d’entraînement et de sacrifices, un côté play-boy. Puis, il y a le biathlète à l’œil noir, stakhanoviste, bourreau d’entraînement qui pendant des années s’est mis la pression pour réussir ce qu’il croyait être l’objectif de sa vie. « Je ne voulais pas gagner un jour, je voulais gagner toujours et marquer l’histoire de mon sport », dit-il aujourd’hui.

Aîné d’une fratrie catalane élevée dans un foyer modeste, entre une maman orthophoniste et un papa accompagnateur en moyenne montagne, Simon Fourcade a longtemps associé sa valeur d’homme à son palmarès. « Je pensais que je n’avais une utilité sur cette terre que si je performais. »

 

BIATHLON | PORTRAIT - Star mondiale du biathlon dès ses années juniors, le biathlète rêve d'une quatrième olympiade à Pyeongchang. À 30 ans, Simon Fourcade se fixe de nouveaux objectifs sportifs et de vie. 

 

Et le jeune homme, né à Perpignan (Pyrénées-Orientales), de se donner les moyens de ses ambitions. Après avoir sillonné la glace sur ses patins de hockey, il se prend de passion pour le ski de fond. « On partait en famille faire de grandes balades, se souvient le cadet, Brice, 24 ans. On a su profiter de l’environnement naturel exceptionnel de La Llagonne (Pyrénées-Orientales). Ensuite, le côté plus fun du biathlon a vraiment plu à Simon. » Dans la tête de l’ado fluet naît un projet qu’il devait au départ partager avec son meilleur ami : intégrer le sport-études du lycée de Villard-de-Lans (Isère). « Mais le copain a manqué son concours et je me suis retrouvé tout seul au pôle. »

 

« J’ai pleuré quand j’ai appris ma première sélection »

Encadré par Thierry Dusserre, un homme clé dans sa carrière, il s’investit comme jamais durant sa première année en Isère : « J’avais une vision malsaine du sport de haut niveau dans le sens où je voulais écraser les autres. J’étais prêt à tous les sacrifices pour y arriver, quitte à passer pour un petit con. Je ne rentrais plus chez moi et consacrais mes week-ends à l’entraînement. »

Mais l’investissement paye et la future star du biathlon progresse de façon fulgurante. Octuple médaillé mondial chez les jeunes-juniors, auréolé de quatre titres planétaires, Simon Fourcade débarque un beau jour de mars 2004 dans le grand bain de la coupe du monde à Oslo. « Quand Dudu [Christian Dumont] m’a annoncé ma sélection, j’ai pleuré tellement j’étais heureux. Je réalisais un rêve et j’imaginais déjà claquer un top 5. »

 

BIATHLON - Martin Foucade a complété sa collection de titres de champion de France avec une victoire sur le sprint des championnats de France de biathlon d’été à Arçon. Emilien Claude a brillé chez les U21. Simon Fourcade.

Simon Fourcade (FRA) à Arçon

 

L’impatience du jeune lion est refroidie et Simon mesure alors le chemin à parcourir pour s’installer tout en haut de la hiérarchie mondiale. Mais déjà, l’œil noir hérité de Raphaël Poirée marque un visage. « Sportivement, il est impliqué à 150 % dans ce qu’il fait. Simon, c’est Monsieur Plus, toujours l’impression de ne pas en faire assez à l’entraînement », note Stéphane Bouthiaux, son entraîneur en équipe de France. « Il partait tôt le matin pour quatre heures de vélo, enchaînait avec une petite sieste et repartait pour deux heures de ski-roues sous la pluie… Cette exemplarité a inspiré Martin », salue Brice. « Simon a été mon premier modèle. Ce n’était ni Poirée, ni Bjoerndalen, mais mon frère Simon », acquiesce le double champion olympique de Sotchi.

 

Tempérament de feu

Son investissement impressionne ses copains de chambrée du Vercors, dont Frédéric Jean avec qui il a fait les 400 coups. « Mais ça, c’est secret défense », sourit-il, complice. « Simon était capable de simuler à la perfection le pas du skating ou un tir debout face à un miroir à 23 heures dans le couloir d’un hôtel », se souvient le Jurassien d’adoption. Mais cette posture, faite d’abnégation, d’engagement total, de surenchères sur le planning d’entraînement vole en éclats en 2010, année des Jeux olympiques de Vancouver, d’où il rentre bredouille.

Chamboulé dans ses repères en 2011, Simon Fourcade retrouve son meilleur niveau international en 2012 et signe une saison pleine, « la meilleure de [sa] carrière », souligne-t-il. Le Catalan monte quatre fois sur un podium individuel et collectionne les récompenses : globe de cristal de l’individuel, deux médailles d’argent aux Mondiaux de Ruhpolding (individuel et relais), une cinquième place au général de la coupe du monde…

Au cœur de ses progrès, c’est surtout une façon plus positive d’aborder les événements qui permet à Simon Fourcade de participer à ses troisièmes Jeux olympiques à Sotchi. Et d’y réaliser de bons résultats. « J’ai appris, en observant Martin notamment et en travaillant sur le sujet, à me détacher de la pression d’un rendez-vous », dit-il.

 

Gaetan Paturel, du champion de France Thomas Briffaz et d'Antonin Guigonnat Ski nordique, ski de fond, saut à ski, combiné nordique, biathlon, coupe du monde, FIS, Ski, hiver, Nordic Magazine, vainqueur, BIATHLON - La dream team du Mont-Blanc composée de Chloé et Camille Bened puis Enora Latuillière a remporté le titre national du relais dames devant la Savoie et le Dauphiné. 

Simon Fourcade porté par ses collègues du Dauphiné notamment… lors de ses derniers championnats de France.

 

« Tout autant que Simon a influé sur moi quand j’étais jeune, aujourd’hui, je suis ravi de pouvoir l’inspirer à mon tour. Simon fait partie des cinq meilleurs biathlètes français de l’histoire », salue le petit frère. « Le potentiel et les qualités de Simon sont énormes : son détachement est une des clés pour performer au très haut niveau, ajoute Brice Fourcade. En étant moins centré sur lui-même, il est aussi davantage à l’écoute des autres. »

« C’est vrai, sourit l’intéressé. Je suis sorti de mon mode on-off où j’étais devenu le gourou de moi-même », lâche-t-il dans un éclat de rire. Cette évolution importante de l’athlète comme du bonhomme est aussi saluée par son entourage : « Simon est plus malléable, il semble se détacher un peu. Je crois qu’il en a besoin », apprécie Siegfried Mazet, entraîneur de tir en équipe de France, qui apprécie la franchise de son biathlète : « C’est un athlète au tempérament de feu, sincère, et franc. C’est intéressant de travailler à ses côtés car il nous oblige à progresser. »

 

Perfectionniste à outrance

Dominique Coulmy, son équipementier chez Fischer, ne dit pas le contraire : « Simon se prend moins la tête d’une année sur l’autre. Avant, il cogitait sur tout le matériel, jusqu’à couper une lanière qui le gênait ou repeindre un bout de chaussure ! Mais ce côté perfectionniste nous a aidés à développer notre chaussure carbone. »

À 30 ans, le caporal-chef de l’Équipe de France militaire de ski assure vouloir « prendre du temps pour lui et ses proches. » Cet amoureux du « beau geste », grand danseur et fan de patinage de vitesse a appris à relativiser : « Deux heures de plus ou de moins sur le mois ne me feront pas aller plus vite que les autres. Mon corps aussi me le demande, je sais maintenant que le sport n’est pas toute ma vie. » « Cette approche positive peut ajouter du plaisir à la compétition », ose Sandrine Bailly, référence de la discipline. Cet hiver, Simon Fourcade rêve toujours de podium et sait qu’il peut jouer les premiers rôles surtout sur les longs formats : « Techniquement fiable au tir, il a de grandes qualités, notamment debout », note l’expert Mazet.

 

BIATHLON | PORTRAIT - Star mondiale du biathlon dès ses années juniors, le biathlète rêve d'une quatrième olympiade à Pyeongchang. À 30 ans, Simon Fourcade se fixe de nouveaux objectifs sportifs et de vie. 

 

À plus long terme, Fourcade rêve aussi d’une quatrième olympiade du côté de PyeongChang en 2018 pour y décrocher une breloque qui manque à son riche palmarès. « Seulement si j’ai le niveau, promet-il. J’ai appris de mes erreurs mais je garderai en tête la satisfaction d’avoir pu forcer ma nature pour atteindre l’objectif que je m’étais fixé. » Et l’histoire est loin d’être terminée.

 

À lire aussi :

 

Ce portrait est paru dans Nordic Magazine #13, décembre 2014

 

* Depuis l’hiver dernier, Simon Fourcade a pris en charge le groupe fédéral des juniors français, transmettant ainsi à la jeune génération son savoir acquis après 15 années en équipe de France de biathlon. 

 

Photos : Nordic Focus / Nordic Magazine. 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.