Simplement humains

La scène est surréaliste. Assis à même le sol, les participants de la course de combiné nordique des Jeux olympiques se changent en plein air, sous les yeux des journalistes et du public. Torses nus, fesses à l’air pour certains, ils enfilent à gestes lents des tenues plus chaudes avant de quitter le stade de saut. Imaginez Messi et les joueurs du Barça, dans la cour du Camp Nou, le short à la main et la chemise ouverte devant leurs socios et la presse…Jason Lamy Chappuis range méthodiquement son sac. « Sa » médaille d’or s’est envolée sur le torse de Eric Frenzel, le roi de la saison, et Jez est perdu dans ses pensées. Certains de ses adversaires posent en passant une main réconfortante sur son épaule. Peu de mots. Ils savent trop ce que ressent un athlète un jour de défaite.

Sochi

Jason  a perdu vingt-sept places en ski de fond. Trente-cinquième à 2’37’’. Chiffres implacables qui fouettent l’orgueil et troublent les témoins. Il a vécu un calvaire et s’interroge. Les jambes ? La glisse ? Les skis ? Un peu de tout, sans doute, pour être ainsi dévoré par des skieurs qu’il dominait il y a peu encore. Il y a toujours de la détresse à voir un champion tomber le jour J. L’histoire était si belle qu’on rêvait qu’elle s’éternise.  Porte-drapeau de l’équipe de France, inspirateur de cet esprit bleu scandé dans les slogans, il semblait taillé dans un acier inaltérable.

Le sport est impitoyable. Les Jeux olympiques encore plus pour celui qui est programmé pour l’or. Ils sont une loupe grossissante où chaque geste, chaque performance ou chaque échec, deviennent, durant quinze jours tous les quatre ans, une cause nationale. C’est aussi ce qui les rend si excitants.

OLYMPIC GAMES SOCHI 2014

Jez et ses frères de glisse en acceptent les règles avec dignité. Il fait front. Les micros se tendent. Il met des mots sur ses maux. Car ici, dans ces sports où chaque seconde se gagne toutes tripes dehors, vainqueur ou battu, on parle. « Un jour sans », dit-il. Il n’a pas toutes les réponses, sait que, déjà, dans les cabanes de fartage, on se remue les méninges pour trouver les clés de sa désillusion. Les Bleus ont pris un risque car c’est ainsi que les Jeux se gagnent parfois. Sous les semelles de ses skis, les structures ont été ciselées à la main. C’était un mauvais choix. Etienne Gouy, le patron des combinés ne fuit pas. « J’assume », dit-il.

« Il y a le grand tremplin à préparer », glisse Jason. « C’est un flyer », a déjà annoncé Maxime Laheurte. Redécollage imminent.

 

Photos : Yves-Perret/YPM

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