Ski de fond : « C’est une trajectoire dingue », confie Lucas Chanavat
Ce samedi, Lucas Chanavat s’est imposé sur le sprint skate de la coupe du monde de ski de fond à Davos (Suisse). À peine trois semaines après avoir repris l’entraînement, suite à une fracture de fatigue survenue durant sa préparation, le Bornandin a signé une journée parfaite pour décrocher la cinquième victoire de sa carrière en coupe du monde. Il est revenu sur sa journée victorieuse au micro de Nordic Magazine.
- Que représente ce succès pour vous ?
Ça représente énormément. Je partais vraiment de très, très loin. C’était totalement inattendu, et franchement, ça fait trop plaisir. Quand on est dans cette situation-là, c’est une énorme surprise, même pour moi. Pouvoir revenir à ce niveau, se refaire une place sur les skis. Je suis heureux, simplement.

- La semaine dernière à Trondheim, vous ne passez pas la qualification en classique. Là, en skate, vous signez le meilleur temps des qualifications. Vous vous attendiez à avoir ce niveau ?
Non, pas spécialement. Je m’étais entraîné pour, mais je ne m’attendais pas forcément à faire le meilleur temps. Je m’étais surtout dit : si je me lance là-dedans, c’est pour la gagner. Cette semaine, je n’avais pas des sensations incroyables, donc je me suis dit que c’était peut-être l’altitude qui m’avait un peu perturbé, et que ça changerait ce week-end. Je me concentrais vraiment sur la manière, pas sur le résultat. L’objectif de base, c’était juste de passer le cut. Quand on m’a annoncé en tête à l’intermédiaire ça m’a stimulé. Je me suis dit : « Allez, let’s go, je vais la gagner. » Et au final, ça s’est super bien passé.
« Vu d’où je revenais, je n’avais aucun repère sur la réaction de mon corps »Lucas Chanavat à Nordic Magazine
- Et vous décidez de prendre le premier quart avec Johannes Hoesflot Klæbo, comme à votre habitude.
Ça s’est dessiné assez naturellement. Tous les autres ont vraiment respecté le premier quart, et on s’est retrouvés dans la configuration classique avec Johannes. Du coup, je n’ai même pas eu à me poser de questions. Vu d’où je revenais, je n’avais aucun repère sur la réaction de mon corps. En quart, je me suis dit : « Il faut passer ce quart. » Et ça a très bien répondu. En plus, sortir Johannes comme ça, c’était une grosse surprise.
- Ça ouvre forcément des portes…
Oui, mais justement, je ne voulais surtout pas me projeter là-dessus. Quand Klæbo n’est plus là, forcément, il y a une énorme opportunité. Mais je me suis dit : d’abord la demi, ensuite la finale. J’ai vraiment pris les choses étape par étape. La demi s’est très bien passée, je me sentais bien. J’étais content, mais toujours concentré sur la suite.

- Comment abordiez-vous cette finale ?
Je me suis dit que ça pouvait se jouer au jeté de pied, et qu’il faudrait tout donner jusqu’à la ligne. Je me suis mis dans cette configuration-là, encore une fois sur la manière, pas sur l’obsession de la victoire. Je ne voulais pas me projeter. Et au final, quand ça a payé, j’ai vraiment pu profiter de la victoire.
- Physiquement, pourtant, ça a été très dur…
Oui, très dur. Avant la finale, j’avais des crampes de partout. Mollets, pieds, cuisses… Dès que je bougeais un orteil, ça crampait. Je sentais que mon corps m’envoyait des signaux que je n’étais plus habitué à ça. J’étais aussi un peu brassé, pas habitué à reprendre des gels en course. Je ne savais pas du tout comment ça allait réagir. Mais je me suis dit : « il faut y aller ». Le but, c’est de gagner.
« Je savais que la bosse était plus compliquée pour moi, donc je la laissais passer, avant de relancer fort en haut et rejouer sur mes points forts »Lucas Chanavat à Nordic Magazine
- Tactiquement, vos courses sont parfaites.
Oui, je ne voulais pas prendre les risques qu’a pris Johannes. J’ai préféré mener, quitte à perdre un peu d’énergie, mais au moins être en sécurité. C’était la meilleure gestion possible par rapport à ma situation, et ça a payé.
- On vous a senti très puissant sur le long faux-plat du deuxième tour…
Oui, je me sentais très bien là-dessus. Je savais qu’il fallait basculer en tête avant la bosse. J’avais vraiment la marge pour mettre une vitesse à la fin de la ligne droite, et personne ne pouvait répondre. Ensuite, je savais que la bosse était plus compliquée pour moi, donc je la laissais passer, avant de relancer fort en haut et rejouer sur mes points forts.
« J’ai jeté le pied comme jamais »Lucas Chanavat à Nordic Magazine
- En finale, ça se joue à photo-finish est-ce que vous sentez Federico Pellegrino revenir ?
Non, pas du tout au début. J’avais de l’avance dans la descente. J’ai voulu assurer un virage, peut-être un peu trop, et j’ai perdu du temps. En plus, à la sortie, j’avais des crampes énormes, je n’arrivais pas à réaccélérer. Là, j’ai senti que j’étais vraiment au bout. Et au dernier moment, je l’ai senti revenir sur la gauche. Je n’ai pas réfléchi. J’ai tout donné. J’ai jeté le pied comme jamais, sans même regarder où il était. Je me suis dit : « Ça va passer. » Et ça l’a fait.

- Cette victoire vous permet aussi de valider votre qualification pour le Tour de Ski.
Oui, il fallait que je rentre dans le top 20 du classement général du sprint. Je n’avais pas fait les calculs, je me suis juste dit : il faut tout donner, et on verra après. Apparemment, ça passe [15e, Ndlr]. Donc je suis de retour.

- Vu d’où vous revenez, c’est plus qu’un simple résultat ?
Oui, clairement. C’est inespéré. Il y a trois semaines, je reprenais l’entraînement complet après n’avoir quasiment rien fait. J’avais du mal à enchaîner plus d’une heure et demie de séance. Il y a deux semaines, je me faisais décrocher par tous les Français en coupe de France [6e à Bessans, Ndlr]. Et là, c’est moi qui impose le rythme, du début à la fin. C’est une trajectoire dingue. Forcément, ça fait énormément plaisir et c’est de très bon augure pour la suite de la saison.
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