Ski de fond : François Faivre « satisfait mais pas ravi »

SKI DE FOND - Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

SKI DE FOND – Le patron du ski de fond tricolore François Faivre dresse un bilan plutôt positif des mondiaux de Seefeld marqués par la médaille de bronze du relais masculin.

 

Seefeld 2019, c’est fini. A l’heure de dresser un bilan des championnats du monde de ski nordique, l’entraîneur de l’équipe de France de ski de fond François Faivre est évidemment satisfait de la médaille collective décrochée sur le relais hommes. Mais le coach n’a pas oublié la frustrante 4e place de Richard Jouve sur le sprint libre et sait aussi qu’il reste du travail pour rivaliser avec les tous meilleurs mondiaux sur les formats individuels… Entretien.

 

  • François Faivre, avant d’entrer dans le détail de ces mondiaux de ski nordique à Seefeld, quelle première image vous vient en tête après cette dizaine de jours passés en Autriche ?

C’est le stade de Seefeld dans sa globalité avec un public fourni, des beaux gradins, on a vécu des supers mondiaux dans un stade grandiose. Ce sont mes troisièmes après Falun et Lahti et sincèrement, ce sont les plus beaux. A Falun, il y avait du monde mais pas de gradins aussi remplis qu’à Seefeld.
C’est une image forte. En début de mondiaux, ma famille était présente, ça a donné une saveur particulière. Les Autrichiens ont su garder un esprit populaire et festif sur ce rendez-vous.

SKI DE FOND - Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

Richard Jouve ((FRA)), Clement Parisse ((FRA)), Maurice Manificat ((FRA)), Adrien Backscheider ((FRA))© Modica/NordicFocus. 

  • Comme à Lahti 2017, l’équipe de France de ski nordique récolte donc une médaille, apportée cette fois-ci par le ski de fond. Comptablement parlant, êtes-vous satisfait ?

Satisfait, mais pas ravi. On y allait avec deux gros objectifs de médailles sur le sprint skate et sur le relais qui nous réussit depuis quelques temps. Sur le sprint, on a quatre athlètes de top niveau mondial et on met deux en finale… Le contrat est donc rempli. Mais pour être pleinement ravi, il aura fallu une deuxième médaille sur ce sprint.

 

Pour être pleinement ravi, il aura fallu une deuxième médaille

 

  • Revenons sur les heures qui ont précédé l’annonce de la composition du relais tricolore pour le 4×10 km. Comment s’est fait ce choix d’aligner Backsheider, Manificat, Parisse et Jouve ?

Il y a eu deux critères à prendre en compte. D’abord la stratégie mise en place depuis le début de la préparation avec Alex Rousselet (entraîneur distance) et Cyril Burdet (entraîneur sprint) pour mêler les sprinteurs et les distanceurs.

J’ai en tête qu’un sprinteur peut faire un relais et qu’un distanceur peut jouer sur une team sprint. On est allé au bout de notre idée en composant notre équipe. On avait vu cet hiver que Richard Jouve était capable de tenir un relais, j’avais une totale confiance en lui sur ce poste là.

SKI DE FOND - Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

Adrien Backscheider ((FRA)), Maurice Manificat ((FRA)), Clement Parisse ((FRA)), Richard Jouve ((FRA)) félicité par tout le staff tricolore © Modica/NordicFocus. 

L’autre critère concernait nos malades du début des mondiaux : Maurice Manificat et Jean-Marc Gaillard, deux ténors en classique indispensables pour ne pas être distancés sur le relais. A partir de là, on a donc cherché des solutions en mettant Maurice en deuxième relayeur derrière Adrien Backscheider qui devait rester au contact. Puis on a fait le choix d’aligner notre pièce maitresse en premier skateur, Clément Parisse, capable de compenser un éventuel petit gap… pour finir avec Richard !

Ce qui nous a sauvé, c’est d’avoir aussi aligné deux équipes de relais sur la coupe du monde cet hiver, ça nous a permis de « brasser » un peu les athlètes, de tester des compositions. Les gars ont rempli le job et parfaitement respecté la mission confiée.

 

  • Avez-vous rêvé d’un autre métal durant cette course marquée par la défaillance d’Ustiugov pour la Russie, médaillée d’argent ?

Une des premières réactions de Richard après la course a été de me dire : « ha si tu m’avais lâché sur Ustiugov !… » Mais sa mission était claire : assurer la médaille dans la dernière ligne droite. On aurait peut-être pu lâcher les chevaux plus tôt mais franchement, on ne va pas ternir cette belle médaille.

SKI DE FOND - Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

Richard Jouve ((FRA)) © Modica/NordicFocus.

  • Malgré une équipe de France diminuée par les maladies, les bleus ont décroché une quatrième médaille internationale en cinq grands rendez-vous. Le relais leur donne-t-il un supplément d’âme ?

Oui absolument. J’essaye de jouer sur cette corde sensible collective. La veille au soir, la causerie tourne autour d’eux, de notre présence à leurs côtés. Un relais consacre quatre athlètes et tout le staff. Tout le monde était heureux le soir du relais, on partage ça avec les kinés, les techniciens, c’est très fort et cela soude tout le collectif.

 

Clément Parisse est très proche d’un podium individuel

 

Bien sûr. Même avant le relais, j’estimais qu’on avait fait de bons championnats en accompagnant nos athlètes avec nos moyens. Le soir du sprint, on était très déçu car on était passé juste à côté d’une médaille avec deux athlètes en finale. Ils ont joué avec leurs possibilités mais sont tombés sur plus forts.

SKI DE FOND – Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

Clement Parisse ((FRA)), Jens Burman ((SWE). © Modica/NordicFocus.

Comme lors du skiathlon ou du 50 km d’ailleurs… Il faut maintenant qu’on arrive à progresser encore pour aller chercher une médaille individuelle. Clément Parisse en est très proche, il va monter sur la boîte un jour et pourquoi pas viser une médaille individuelle.

 

  • A Seefeld, les Norvégiens ont archi dominé ces mondiaux en prenant tous les titres mis en jeu. Que manque-t-il aux bleus pour jouer régulièrement avec les Scandinaves et les Russes aux avant-postes ?

Un peu d’expérience pour les plus jeunes. Notre leader Maurice Manificat n’était pas en pleine forme, il nous a manqué sur ces mondiaux… Son année a été compliquée malgré ces deux podiums dont une victoire. Pour Clément et Adrien, ils vont et doivent prendre conscience qu’ils font partie des 5 ou 10 meilleurs mondiaux et que désormais, l’objectif c’est le podium. A condition de travailler encore sur la puissance, la tactique, l’approche d’une course…

SKI DE FOND – Retour en photos sur la médaille de bronze mondiale décrochée par Adrien Backscheider, Maurice Manificat, Clément Parisse et Richard Jouve à Seefeld.

Maurice Manificat ((FRA)) à Seefeld (AUT).© Modica/NordicFocus. 

 

  • Un relais dames a finalement été constitué sur ces mondiaux avec trois U23 alignées autour d’Anouk Faivre-Picon. Avec l’objectif d’apprendre au contact du très haut niveau ?

On avait en tête de l’aligner mais les événements ne nous ont pas permis de sélectionner les athlètes plus tôt dans l’hiver. Dès qu’on a vu les résultats intéressants de Laura Chamiot-Maitral, on a confirmé cette envie en sélectionnant, en dernier lieu, Flora Dolci. On doit accompagner nos U23.

On passe beaucoup de temps à gérer Anouk Faivre-Picon qui évolue hors circuit fédéral et qui nous prend de l’énergie ; on va se tourner vers le groupe des jeunes car c’est le chemin qu’on doit prendre. Elles ont du potentiel et on doit leur faire confiance sans s’arrêter à la première contre performance.

Ski de fond, biathlon, combiné nordique, saut à ski

Anouk Faivre-Picon, Delphine Claudel, Laura Chamiot-Maitral et Flora Dolci ont pris la huitième place du relais dames

Ce relais sera un point de départ important autour d’Anouk qui reste le porte-étendard… Je pense que ce sera une date clé pour ces trois filles. Elles ont joué leur chance et au soir du relais dames, on s’est dit qu’elles avaient leur place sur cette épreuve en étant au combat. A nous de mettre les moyens en les amenant par exemple sur la prochaine coupe du monde de Falun.

 

  • Ces mondiaux ont aussi été le théâtre d’un grand coup de filet des polices autrichiennes et allemandes qui ont démantelé un grand réseau de dopage… Y voyez-vous plutôt un point positif dans le sens où la traque des tricheurs porte ses fruits ou du négatif pour l’image du ski de fond ?

Aujourd’hui, je défendrai coute que coute la chasse aux tricheurs ! Faire du sport c’est avant tout se respecter soi même, aller au bout de ses capacités, de ses possibilités, et ce, sans moyens interdits ! Là, on est quasiment dans la toxicomanie avec une aiguille dans le bras d’un coureur.

Cette image du fondeur pris en flagrant délit est dommageable mais si elle peut faire réagir et prendre conscience du problème alors tant mieux. Mais je constate que c’est la police qui a démasqué ces tricheurs et pas notre pouvoir sportif anti-dopage. Ça c’est plutôt inquiétant pour attraper des gars qui nous volent des médailles comme Poltoranin dont on sait qu’il triche depuis un moment. On sait le temps qu’il faut pour construite une trajectoire linéaire de progression pour un athlète comme l’a fait Clément Parisse ces deux dernières années. Ça montre qu’on n’est pas sorti de ces situations de tricherie que certains pays choisissent pour faire exister des athlètes.

 

  • La coupe du monde reprend dès ce week-end à Oslo (30 km et 50 km classique), le sprint classique de Drammen, Falun puis les finales de Québec… Avec l’objectif de faire un coup pour vos troupes ?

On n’ira pas à Oslo, car proposer une équipe compétitive six jours après le 50 km des mondiaux ne nous paraît pas possible. Mais pour les autres étapes, oui, on aura des ambitions sur le sprint en particulier, avec nos gars en forme. On visera les podiums. Pour les distanceurs, on va essayer d’être performant sur le 15 km skate et d’être compétitifs sur cette fin d’hiver.

 

Photo : Nordic Focus photo agency

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