Ski de fond : « J’ai appris des erreurs », assure Théo Schely
Après une saison dernière en délicatesse marquée par la maladie et les blessures, le Cluse Théo Schely veut repartir de l’avant, qui plus est à quelques mois des Jeux olympiques de Milan/Cortina (Italie). Le fondeur de 26 ans, désireux de montrer un tout autre visage pour la reprise des compétitions sur neige, revient sur cette mauvaise passe et sur ses ambitions pour l’année à venir au micro de Nordic Magazine.
- Comment avez-vous appréhendé la reprise de l’entraînement ?
J’ai repris un peu moins fort que l’année dernière. J’ai appris des erreurs. La saison dernière, j’étais parti un peu fort dès le mois de mai. Donc, cette année, j’ai décidé d’y aller de manière plus cool.

- Vous l’avez dit, le fait de commencer trop fort la saison dernière vous a pénalisé en fin d’exercice. Mais cette troisième place sur la mass-start classique des championnats de France aux Saisies (Haute-Savoie) fin mars et votre bel été vous donne de bons repères pour la reprise…
Oui, la fédération a continué à me faire confiance et m’a reconduit dans le groupe A. Vu qu’il y a des jeunes qui avaient bien performé, ça poussait aussi derrière. Et c’est hyper intéressant, on est dans une bonne émulation en ce moment pour le fond français. Du coup, c’est vrai que j’étais content de rester dans ce groupe et de ne pas avoir été rétrogradé dans l’équipe B. C’était important pour moi de rester, parce qu’il y a le côté performance, bien sûr, mais j’ai aussi créé beaucoup d’affinités avec eux, c’est un groupe qui vit bien. Et puis cela me permet aussi de rester dans une bonne dynamique en vue des Jeux.
- Si vous aviez été rétrogradé dans l’équipe B, psychologiquement, à quel point cela vous auriez touché ? On parle souvent de ce groupe comme étant une famille mais c’est presque encore plus que cela pour vous…
C’est parce qu’on a un groupe comme celui-là qu’on réalise ces performances. C’est grâce à cette cohésion qu’on est tous là. J’avais donc vraiment envie de passer l’été avec cet état d’esprit. Et puis, on a des athlètes très performants donc c’est intéressant de s’entraîner avec ce type d’athlètes pour aussi s’inspirer d’eux. En ce moment, on a des gars qui tournent bien, que ce soit en sprint ou en distance. Vu que j’aime bien être sur les deux fronts, ça me plaît.
« J’ai trop tiré sur la corde »Théo Schely à Nordic Magazine
- Pour revenir sur votre saison précédente, elle partait bien mais la suite s’est montrée moins à votre avantage…
C’était bien parti à Ruka [en Finlande, lors de la première étape de la saison en coupe du monde, dans laquelle il termine notamment vingt-troisième de l’individuel classique, NDLR], c’était prometteur. J’étais dans la même dynamique que le groupe, je pense que ça marchait plutôt bien côté distance en début de saison, alors que c’était plus compliqué côté sprint. Cela nous a un peu mis dans une spirale négative, on galérait. Ce n’était pas terrible ni à Lillehammer, ni à Davos et ça nous a mis un peu dans les cordes. Je suis arrivé sur le Tour de Ski sans être en grande forme, j’avais pris la place de Jules [Chappaz], qui était tombé malade.
- En parlant du Tour de Ski, c’est ce qui a en quelque sorte précipité votre fin de saison délicate…
J’ai trop tiré sur la corde et j’ai attrapé la grippe là-bas, ça ne m’a pas aidé. À ce moment-là, je me disais que j’allais vite pouvoir m’en remettre. Les médecins me disaient d’y aller doucement mais je m’étais mis dans la tête que j’allais rester 5 jours off avant de pouvoir reprendre le ski. Mais, en réalité, j’ai dû passer sous antibiotiques et j’avais une tonne de médicaments à prendre. Cela m’a plombé tout le mois de janvier et je n’ai pas pu aller aux Rousses. Une fois remis, j’ai voulu revenir fort pour Falun, mais ça n’a pas marché [sur l’étape suédoise, mi-février, il conclut sa dernière course de la saison en coupe du monde avec une trentième place sur l’individuel classique, NDLR]. À cause de cela, je loupe ma sélection pour les Mondiaux.

- Comment l’expliquez-vous ce manque de forme après pourtant une longue coupure ?
Je voulais faire un peu comme les autres années, où ça m’avait toujours plus ou moins souri. Habituellement, avant Lahti, j’arrivais bien à me préparer chez moi quand il y avait des coupures, je revenais toujours fort. L’année d’avant, en n’ayant pas couru pendant deux mois, j’avais réussi à faire septième [sa meilleure performance individuelle en coupe du monde jusqu’à présent, en mars 2024 en Finlande, sur l’individuel classique, NDLR]. Avant les Mondiaux, je n’avais pas couru pendant un mois et j’avais fait neuvième [du 50 km classique à Planica, en mars 2023, NDLR]. Je m’étais dit que j’allais repartir sur cette dynamique. Mais, cette fois, ça n’a pas marché. C’est en partie à cause de la maladie, mais je pense aussi que j’étais très marqué physiquement par la saison que j’avais attaquée trop fort.
« Il y a tellement de densité en coupe du monde que si tu perds un tout petit peu de temps, tu recules de 15 places »Théo Schely à Nordic Magazine
- Vous expliquiez être parti trop fort en mai la saison dernière. Est-ce que c’est ce qui a causé selon vous la fin de saison plus en délicatesse ?
Je ne pense pas que c’était du surentraînement, parce que je l’aurais ressenti dans la vie courante et puis ça se voit tout de suite sur les prises de sang. Pour moi, tout allait bien à ce moment-là, mais c’était plutôt un manque de fraîcheur pour la fin de saison. Maintenant, on a une densité en coupe du monde qui est énorme et ça se joue de plus en plus sur des détails. Par exemple, quand je finis vingt-cinquième à Davos [lors de l’individuel classique, NDLR], si je gagne 20 secondes, je suis tout proche du top 15. Il y a un gros noyau désormais qui fait que, ce manche de fraîcheur, il se fait tout de suite ressentir.
Même pour les qualifications en sprint, j’étais un peu plus loin mais ça se joue à la seconde, au dixième. Il me manquait la petite giclette en plus qui me propulsait plus haut au classement. En coupe du monde, il y a tellement de densité que si tu perds un tout petit peu de temps, tu recules de 15 places. Une seconde, c’est une place. Et je n’ai pas réussi à renverser la tendance. Et, en plus de cela, je me suis blessé de nouveau.

- Que s’est-il passé ?
J’avais passé un mois en Norvège pendant les Mondiaux et je voulais revenir en fin de saison en coupe d’Europe et en coupe du monde. Mais c’est un truc bête en plus. Des fois, on se dit qu’il faut se changer les idées, qu’il faut faire autre chose. Et puis je me suis blessé en faisant de la luge, ce qui n’a rien à voir avec mon sport. Je me suis claqué l’adducteur et ça a complètement tronqué ma fin de saison. Du coup, petit à petit, je me remettais les objectifs à deux semaines plus loin et ainsi de suite. La saison est passée à une allure et, en fait, il ne s’est rien passé. Je ne considère pas avoir fait une saison blanche, mais pas loin. En terme de résultats, en tout cas, je n’ai quasiment rien à en tirer. Je ne m’entraîne pas du tout pour ça.
- Pourquoi avoir été plus loin dans votre préparation la saison précédente par rapport aux autres années ?
J’aurais pu me contenter de ce que j’avais couru les années d’avant en terme d’entraînement. Mais, en fait, je voulais aller chercher plus haut et c’est ce qui m’a fait prendre des risques sur l’entraînement. Je pouvais me contenter des volumes plus bas. Mais, en même temps, je pense que c’est le cas pour tout le groupe ici, on cherche à aller titiller les Norvégiens. Et cela passe forcément par quelques prises de risques. On a tenté des choses qui nous ont un peu coûté sur le début de saison, avec ce manque de fraîcheur notamment je pense, parce qu’on avait trop joué avec les limites et qu’on voulait aller chercher des podiums. On avait augmenté les volumes, le nombre d’intensités par semaine.
J’avais démarré début mai par deux intensités par semaine, je n’avais pas fait de break et je prenais de moins en moins de jours de récupération. Et, en fait, je me sentais super bien tout l’été et j’ai presque passé mon pic de forme pendant l’été. Mais quand on est arrivé en automne, mon corps me disait qu’il avait besoin de souffler.
« Je crois en moi, je sais que j’en suis capable »Théo Schely à Nordic Magazine
- Qu’en retirez-vous de cet épisode aujourd’hui ?
Je me sentais tellement bien à ce moment-là que j’étais arrivé un peu surconfiant en pensant que la forme allait suivre. Mais finalement, non. J’ai pris conscience que d’être bien l’été, ce n’est pas là que la saison se joue. J’ai beaucoup appris là-dessus. Cette saison-là, tout le monde me disait que je devais regretter, que j’étais triste de ne pas être allé aux Mondiaux. Bien sûr que je l’étais, je ne m’entraîne pas pour ça. Mais je suis assez vite passé à autre chose. Je me suis dit qu’elle n’était pas complètement à jeter et que, ce que j’ai fait, ce sont des choses qui peuvent me servir pour après. Peut-être que le volume que j’avais fait là, avec la charge accumulée, ça m’avait coûté un peu cher en fatigue. Mais peut-être que je vais surcompenser dans quelques années et que ça me servira dans 2-3 ans. Le travail paiera plus tard je l’espère.
- Comment avez-vous géré cette mauvaise passe mentalement ?
Ce n’est jamais plaisant. On s’entraîne depuis des années et on dédie toutes nos journées à cette discipline. C’est sûr que des mauvaises performances, cela ne fait jamais plaisir. Après, il ne faut pas non plus voir trop noir, trop dans le négatif. Il ne faut pas trop tergiverser, l’important c’est de rebondir au plus vite. Et c’est ce que j’ai su faire. Je me suis dit que les championnats du monde à Trondheim étaient passés, que c’était derrière et qu’il fallait arrêter de regarder dans le passé. À partir de là, je me suis tourné vers l’objectif des Jeux olympiques. Pour cela, il faut mettre en place des choses, ne pas trop regarder en arrière. Ce n’est pas toujours plaisant mais il faut aller de l’avant. J’ai ramené quelques doutes avec moi mais j’ai aussi de l’espoir.
Les prochaines compétitions en coupe du monde, je vais arriver avec moins de confiance que ce que j’embarquais avec moi avant, notamment sur les sprints. Pour cela, il va falloir que je retrouve cette confiance en passant des caps, en reprenant des qualifications, puis viser des top 15, et ainsi de suite pour être vraiment de retour. Je crois en moi, je sais que j’en suis capable. Il suffira d’une bonne journée au bon moment et tout sera oublié. Il suffit de finir un jour sur le podium aux Mondiaux ou aux Jeux olympiques et tout sera loin derrière moi, que ce soit en 2026 ou en 2030 à la maison à La Clusaz.

- Est-ce que vous y pensez déjà à ces Jeux olympiques 2030 chez vous ?
Il suffira d’une bonne journée à La Clusaz et toute ma carrière sera réussie, les mauvais moments seront très vite oubliés. Donc je me mets aussi ça en tête, je me dis que ça va payer. J’ai travaillé tellement pour y arriver que je me convaincs que tout cela va payer un jour.
- Que s’est-il dit avec les entraîneurs pour la saison prochaine ?
On s’est un peu dit les choses, on a ciblé ce qui a marché, ce qui n’a pas fonctionné et surtout ce sur quoi on allait devoir travailler. On est revenus sur des choses plus simples, on sait ce qui marche mais en restant quand même sur notre lancée. Je pense qu’il ne faut pas non plus, quand ça ne marche pas, tout changer. Il y a tellement de facteurs qui entrent en compte dans la performance et l’entraînement, que si on commence à paniquer et à vouloir tout changer, ce n’est pas la bonne option. Il faut faire des petits réglages, activer ou désactiver des leviers et voir comment tout cela évolue. En restant sur une même base mais en faisant ces quelques ajustements, les 15 secondes qui basculaient du mauvais côté, elles peuvent maintenant être en ma faveur. Et puis si j’en grappille quelques-unes en plus, je peux pourquoi pas aller chercher des top 10.

- Par quoi cela passe à l’entraînement, qui plus est avant une année olympique ?
Vu qu’on travaille sur des cycles olympiques, les trois années avant l’événement on travaille un peu plus et on crée un peu plus de fatigue à l’entraînement. Mais l’année olympique, on relève un peu le pied et c’est là qu’on essaie de surcompenser, donc on vise des choses plus simples en réduisant la charge de travail. C’est maintenant que les autres années doivent payer en terme de travail.
« La logique voudrait qu’on aille chercher la deuxième place »Théo Schely à Nordic Magazine
- Quelque part, vous avez vécu les performances de vos coéquipiers par procuration. Comment analysez-vous cette saison de l’équipe de France en général ?
En fait, je crois que c’est un peu mitigé pour tout le monde. Il y a eu des énormes performances, je suis très content pour les deux jeunes qui ont tout de suite répondu présents, Rémi [Bourdin] et Mathis [Desloges]. Je trouve que c’est génial parce qu’il faut des tauliers, mais il faut aussi des jeunes qui poussent derrière pour créer une émulation. Même pour Victor [Lovera] qui rentre de nouveau dans le système, c’est cool pour lui, ça rajoute un peu plus de diversité. Il y a Clément Parisse aussi qui a fait de belles performances, mais, d’un autre côté, je pense que Jules [Lapierre] est capable de mieux, Richard [Jouve] aussi. Jules Chappaz, il fait une saison à son image. Il fait un début de saison moyen et, en fin de saison, c’était devenu le deuxième meilleur sprinteur du monde en étant capable de choses incroyables. Et Hugo Lapalus, sa saison était incroyable. Je pense qu’il faut qu’on se base sur tout cela, nos tauliers en distance et nos tauliers en sprint pour les années à venir.
- Quel bilan faites-vous de ces Mondiaux de Trondheim ?
Pour ce qui est des Mondiaux, de les avoir vécu à distance, c’était vraiment bien. Mais j’ai aussi ressenti un peu la douleur de ne pas y être. Le relais, je n’y étais pas, mais il y en a quatre qui sont sur la piste. Pourtant, c’est notre équipe entière, notre staff, nos techniciens, tout le monde qui est impliqué dans la course. La médaille aurait tellement récompensé le travail de tous [la France a terminé au pied du podium du relais masculin à quatre secondes de la médaille d’argent, NDLR], de tout ce qu’on avait mis en place.
Ça aurait été vraiment génial qu’ils fassent la médaille, pour la discipline, pour le ski de fond français et pour les jeunes, pour motiver tout le monde. Cette quatrième place, elle fait mal. Autant, la quatrième place de Jules Chappaz sur le sprint, après le début de saison qu’il avait fait, on ne l’attendait pas forcément. Maintenant, on a un groupe qui a les capacités pour faire mieux aux Jeux olympiques. Avant, le relais terminait troisième avec les Russes, donc la logique voudrait qu’on aille chercher la deuxième place.

- Ce sera l’une des grosses ambitions de cette équipe de France masculine, le relais, aux Jeux olympiques. Comment vous situez-vous par rapport à une potentielle sélection pour cet événement à venir ?
Je pense que, maintenant et typiquement pour le relais, on a tellement d’atouts qu’il y aura forcément quatre mecs en forme pour disputer l’épreuve aux Jeux. Et puis on a des classiqueurs, des skateurs, des finisseurs. Donc il y en aura quatre parmi nous tous, n’importe qui, qui seront en forme à ce moment-là et on va tous faire en sorte d’être en pleine possession de nos moyens pour être sélectionné.
A lire aussi
- Ski de fond : la composition des équipes de France pour la saison 2025/2026
- Biathlon | Ski de fond : Jeanne Richard, Mathis Desloges et Théo Schely reçus dans les locaux de la direction générale de la Police nationale
- Biathlon | Ski de fond : autour de Jeanne Richard, Mathis Desloges, Rémi Bourdin et Théo Schely, l’Equipe Police Nationale se rassemble cette semaine à Bessans
- Ski de fond | La saison 2024/2025 de Théo Schely vue par Thibaut Chêne : « C’était compliqué mais tout n’est pas à jeter »
Les cinq dernières infos
- Ski de fond | Planica : Justine Gaillard, Liv Coupat et Julie Pierrel dans le top 5 de la qualification du sprint skate, Camille Coupé sortie de peu
- Ski de fond | FESA Cup de Planica : les six Françaises U20 se qualifient pour les phases finales du sprint skating
- Nordic Monster Test – Samedi 13 décembre 2025 à la Maison Nordic de Chamonix
- Biathlon | Östersund : lors du sprint, Dorothea Wierer va porter le dossard jaune pour la 40e fois de sa carrière
- Biathlon | La Savoyarde Thémice Fontaine se confie sur sa première sélection obtenue en Junior Cup : « L’acharnement et le travail des deux dernières années paient »


































