Ski de fond | Joar Thele : « Nous avons parcouru 519,7 kilomètres ! »

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SKI DE FOND – Il y a une semaine, le Norvégien Joar Thele, accompagné des frères Anders et Joergen Auckland, parcourait quasiment 520 kilomètres en ski de fond. Un record du monde. Si leur compatriote Henrik Sollie a fait mieux depuis, il revient, en exclusivité pour Nordic Magazine, sur son périple. 

 

Contacté quelques heures après son expédition de plus de 520 kilomètres, Joar Thele, membre du Team Ragde Eiendom, la meilleure équipe de ski de fond longue distance du monde, a tout de suite accepté de répondre aux questions de Nordic Magazine. Il revient sur ce la genèse de la guerre des kilomètres qui fait rage en Norvège, la distance exactement skiée et la gestion de l’effort. Il donne également son avis sur Henrik Sollie et se montre enthousiaste envers Antoine Auger, nouveau recordman du monde du 100 kilomètres en Skierg.

 

  • Vous avez parcouru près de 520 kilomètres en un peu plus de 28 heures avec Joergen et Anders Auckland. Il y a un petit débat sur la distance, quels sont les chiffres exacts ?

Après environ 500 kilomètres, ma montre et mon GPS se sont éteints… Nous avons donc dû marcher quelques kilomètres en arrière pour charger les batteries pendant environ cinq minutes. J’ai été obligé de relancer ma montre en créant un second fichier. Quand nous avons terminé, il était donc compliqué de savoir combien de kilomètres nous avions exactement parcouru. Nous avons donc dit 516 kilomètres, mais ce n’était pas exact. Lorsque j’ai téléchargé et fusionné les deux fichiers GPS, le chiffre de 519,7 kilomètres est apparu. C’est le vrai chiffre : nous avons parcouru 519,7 kilomètres !

 

 

  • Comment cela a-t-il été décidé ? C’était un peu caché, secret…

Lundi [23 mars, ndlr.], Anders Aukland et moi sommes allés skier pendant 321 kilomètres. C’était l’une des plus longues balades à skis en Norvège et cela a attiré l’attention des médias. Toutes les chaînes de télévision et tous les plus grands journaux du pays en ont parlé. C’est devenu un gros problème pour nous parce que cela a inspiré beaucoup de personnes. Beaucoup de rumeurs disaient que de nombreux skieurs norvégiens allaient essayer d’en faire plus le week-end dernier. Anders et Joergen Auckland m’ont alors demandé si j’étais prêt à repartir pour battre le record du monde officieux qui était alors de 513 kilomètres. Le but était d’essayer de le battre et nous avons gardé notre expédition secrète.

 

« Il nous fallait des glucides rapides »

 

  • Comment avez-vous géré l’effort et la logistique pendant cette expédition ?

Il y avait deux choses qui étaient importantes pour réussir à aller aussi loin. L’une était la vitesse : il ne fallait pas aller trop vite pour garder des forces. Nous avons essayé de garder un rythme régulier et une vitesse que nous pouvions garder longtemps. L’autre élément important, c’était l’alimentation. Il était primordial de réussir à manger et à boire suffisamment pendant l’effort. Nous avions un endroit où l’on avait de la nourriture, des boissons et des vêtements secs.

 

  • Et vous tourniez autour de cette base ?

Exactement ! Nous avions un tour de 12 kilomètres autour de la base. Nous nous arrêtions tous les 36 kilomètres environ : pendant 4-5 minutes, nous mangions et buvions beaucoup avant de repartir. Sur la piste, nous avions un sac et nous avons essayé de boire et de manger le plus possible. L’alimentation était vraiment l’élément le plus important puisqu’il il fallait réussir à manger suffisamment pour aller loin.

 

  • De quoi vous nourrissiez-vous ?

Nous avons bu beaucoup de boissons sucrées, du Coca-Cola et du Red Bull. Pour la nourriture, il y avait des pâtisseries, des chocolats, des gels énergétiques, des Vingummi, des bonbons, des petits pains au Nutella et plein d’autres choses. Il nous fallait des glucides rapides.

 

 

C’est exactement cela. Après l’annulation des trois dernières courses de la Visma, nous avions besoin de nous fixer de nouveaux objectifs. C’est notre sponsor Ragde Eiendom qui nous a lancé un défi. Ils ont organisé un concours au sein de l’équipe où le but était de parcourir le plus de kilomètres du 19 mars au 1er avril. Voilà comment tout cela a commencé…

 

« Pourquoi ne pas parcourir 700 kilomètres ? »

 

  • Et vous vous prenez très vite au jeu…

Oui ! Je suis allé me promener avec mon ami Hans Christer Holund [membre de l’équipe de Norvège de ski de fond, ndlr.]. Nous avons parlé de cette compétition interne et il m’a dit que c’était cool et qu’il voulait skier longtemps lui aussi. Nous nous sommes ensuite retrouvés quelques jours plus tard : le but était de skier 150 kilomètres. Finalement, ce jour-là, j’en ai parcouru 164. Je pensais que Holund allait s’arrêter avec moi, mais il est juste retourné prendre sa lampe frontale à la voiture. Il a fait 204 kilomètres. Il m’a piégé ! La guerre des kilomètres était alors enclenchée… Anders et moi avons alors décidé d’aller bien plus loin que Holund et nous avons skié 321 kilomètres quelques jours plus tard. Avant nos 519 kilomètres.

 

Henrik est un dur à cuire que je connaissais avant cet exploit. Il a déjà parcouru 540 kilomètres en rollerski. Nous savions qu’il allait essayer de nous battre mais nous étions surpris qu’il le fasse à ce moment-là. Un grand respect à lui ! Les frères Auckland vont probablement tenter de faire mieux, mais ce sera sûrement l’année prochain. Pourquoi ne pas parcourir 700 kilomètres ?

 

 

Wow ! C’est impressionnant ! Ça très fort ça. Je ne pense pas que je vais tenter ma chance sur un record du monde au Skierg pour le moment. Comme j’ai beaucoup skié beaucoup depuis quelques semaines, mon corps est fatigué. J’entame donc une plage de repos avant de commencer la préparation menant à la prochaine saison de Visma Ski Classics. Mais je peux peut-être essayer le Skierg en été ou en automne. Nous verrons [rires].

 

« Nous ne nous sommes pas mis en danger »

 

Il y a effectivement des débats en Norvège : était-ce le bon moment d’effectuer ses longues sorties en ski de fond ? Les autorités ont recommandé à la population de sortir au grand air plusieurs fois par semaine, en ski ou pour les courses. Nous étions une petite équipe et nous gardons une distance. Une autre personne nous a aidés et surveillés : si un de nous trois montrait des signes de fatigue, il était arrêté. Mais nous étions en contrôle, nous n’avons jamais été complètement sans énergie. Ce que je veux dire, c’est que nous ne nous sommes pas mis en danger au point de devoir mobiliser des médecins occupés par la lutte contre le coronavirus.

 

 

  • Pensez-vous qu’une sortie à skis est importante pendant le confinement ?

J’ai skié 1302,7 kilomètres en treize jours, soit environ 100 kilomètres par jour. J’encourage les gens à sortir faire ski. C’est agréable de sortir et de penser à autre chose que le coronavirus. L’exercice sportif est un havre de paix. Et vous n’avez pas à parcourir 500 kilomètres pour appeler cela une bonne sortie [rires].

 

Photos : Joar Thele.

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