Ski de fond : le bilan de l’entraîneur des sprinteurs Cyril Burdet

SKI DE FOND – Avec une médaille olympique et deux tricolores dans le top 10 du classement sprint de la coupe du monde de ski de fond, l'entraîneur des sprinteurs français Cyril Burdet est satisfait de l'hiver des poneys.
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SKI DE FOND – Avec une médaille olympique et deux tricolores dans le top 10 du classement sprint de la coupe du monde de ski de fond, l’entraîneur des sprinteurs français Cyril Burdet est satisfait de l’hiver des poneys.

 

  • Cyril Burdet, si vous deviez dresser le bilan général de l’hiver des sprinteurs de l’équipe de France sur la coupe du monde de ski de fond en quelques mots ?

Je dirais plutôt réussie, avec la saison de Lucas Chanavat qui a montré qu’il pouvait faire un podium au général. Incomplète aussi car il manque une victoire pour que ce soit une saison 100% réussie, Baptiste Gros a démontré que c’était possible il y a deux ans.

Une victoire est toujours difficile à aller chercher surtout avec l’avènement de Johannes Klaebo. C’est aussi une fierté pour moi de voir ce groupe progresser avec des résultats collectifs intéressants et trois Français dans les 20 premiers avec Renaud 32e, en ayant pas pu tout courir.

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Lucas Chanavat est le premier fondeur français à signer un podium au classement du sprint.

Il y a deux choses  : une partie rationnelle qui est plutôt de l’ordre d’une logique de progression depuis sa blessure au dos. Il suit les plans qu’on s’est fixé ensemble. N’oublions pas que c’est finalement sa deuxième saison complète  !

Et il y a un côté mental et psychologique où il a franchi un cap à Lenzerheide en gérant mieux ses finales. Il fallait le réussir  !

 

  • Pourtant, le fondeur du Grand-Bornand fut aussi extrêmement déçu de ses Jeux olympiques à Pyeongchang. Comment avez-vous géré humainement ce moment avec lui ?

J’ai essayé d’être le plus juste possible avec lui, en lui expliquant les choses, d’être avec lui, à ses côtés. Sa déception de l’individuel, sur la seule qualification qu’il manque depuis presque deux ans (à part à Kusaamo), reste toujours presque inexplicable. Il s’était fixé une barre très haute pour ces Jeux, poussé par les attentes qu’il générait…

Et puis il y a eu l’histoire du team sprint qu’il devait courir mais compte-tenu de son état de forme et de confiance, on lui a préféré Maurice Manificat. Ce fut un choix très difficile pour lui, pour moi, pour tout le groupe. Mais comme d’habitude, il a été impeccable.

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Maurice Manificat et Richard Jouve médaillés de bronze à Pyeongchang.

  • Le team sprint olympique marqué par la médaille de bronze des Français a récompensé un choix stratégique en alignant Richard Jouve et Maurice Manificat, un sprinteur avec un distanceur. Comment s’est opéré cette décision délicate au sein du staff ? Après coup, heureux de l’avoir fait ?

La stratégie du team sprint était construite depuis le stage de Ramsau en octobre ! En expliquant clairement aux athlètes que c’était un objectif prioritaire de la saison… On avait fixé des séances d’entraînement pour mesurer le potentiel des coureurs sur ce format de course très exigeant.

La coupe du monde de Dresden ne pouvait pas nous servir de répétition, compte-tenu de son parcours très plat, très différent de celui de Pyeongchang. On avait dresser deux profils de coureurs  : un plutôt endurant pour lancer l’équipe et tenir le rythme et un second en pur finisseur. L’équipe type était Richard Jouve et Lucas Chanavat, avec Jean-Marc Gaillard et Maurice Manificat en potentiels remplaçants.

La veille de l’annonce de la composition, on a réuni l’équipe pour faire le point et on a tranché avec François Faivre et l’ensemble du staff… Il s’est avéré que c’était le bon choix.

Et quand on a vu le résultat, on a ressenti une forme de soulagement, une joie d’avoir réussi ça car ce n’était pas gagné d’avance. Et tout de suite derrière, il y a ce retour à la réalité avec nos pensées pour Lucas.

 

Tout le monde n’a pas mesuré la portée de l’exploit réalisé le jour J

 

  • C’est vrai que tout de suite après leur course, Jouve et Manificat ont tenu à associer Lucas à cette médaille. Est-ce représentatif de l’état d’esprit de ces Poneys ?

Je ne sais pas si c’est représentatif mais c’est certainement révélateur du lien très fort existant entre les athlètes. Sur le coup, c’était vraiment particulier. Il y avait autant de tristesse que de joie.

Tout le monde n’a pas mesuré la portée de l’exploit réalisé le jour J… Maintenant, on prend conscience de cet exploit.

 

  • Avez-vous le sentiment, avec médaille olympique en sprint, d’avoir bouclé un cycle pour lequel vous aviez pris en main ce groupe sprint ?

C’est une grosse satisfaction. La médaille en est une énorme. Ce qui me plait surtout, c’est la densité de l’équipe sur la coupe du monde de sprint de ski de fond. Je me souviens que Cyril Gaillard, qui arrêtait quand j’arrivais, me disais que notre projet était ambitieux  ! Mais force est de constater que les athlètes se sont appropriés le projet.

 

  • Huitième du classement sprint, Richard Jouve a également montré un visage conquérant après deux saisons où il aura composé avec des pépins physiques… Heureux pour lui ?

Je suis ravi mais pas complètement satisfait de sa saison  ! Il a été inconstant et il est capable de faire bien mieux que ça. En skate, il a été régulier sur tout le début de saison avec beaucoup de finales disputées. Par contre, Richard doit faire beaucoup mieux en classique et c’est surtout dans la régularité qu’il doit progresser.

Globalement, il peut avoir ce niveau d’ambition sur tout l’hiver. Il est capable de le faire, car pour moi, c’est un sérieux client face au trio qui s’est dégagé sur la coupe du monde de sprint : Chanavat – Pellegrino – Klaebo…

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  • Adrien Backscheider a retrouvé des couleurs et décroché une médaille olympique avec le relais, après avoir suivi la saison de progression dans votre groupe. Là encore, quelle analyse faites-vous de l’hiver du nouveau champion de France de sprint ?

Je pense que Back a simplement retrouvé le niveau qui était le sien, il y a deux ans… Cet hiver, j’ai l’impression qu’il avait besoin de retrouver de la fraîcheur mentale dans son mode de préparation en changeant d’équipe, de skis, il est désormais papa aussi… Et parfois, ces changements sont fondamentaux.

Dès le début de notre collaboration, on a défini un axe technique et un axe physique pour se recentrer sur l’essentiel. Ça lui a permis de retrouver son meilleur niveau. Et j’espère qu’avec ces clés, il va pouvoir s’inscrire dans une démarche de progression.

 

 

  • Baptiste Gros a parfois joué de malchance cet hiver. Que lui manque-t-il pour retrouvé son niveau d’il y a deux saisons  ?

Baptiste a montré il y a deux ans que c’était un client au podium, sur toutes les épreuves de sprint, en skate comme en classique. Il fait 12e aux Jeux en classique  !

L’an passé, il n’était pas à son meilleur niveau physiquement alors que cette année, il était présent physiquement, avait toutes les ressources pour bien faire. Mais il a manqué d’adaptation sur certaines situations de compétition. Parfois, il opérait des choix tactiques soit trop tôt, soit trop tard…

Il lui a manqué ces petits choix tactiques pour passer les étapes. Il a passé une partie de la saison à chercher des solutions tactiques, et en les trouvant et en les appliquant de façon incisive, la réussite basculera de nouveau de son côté.

Baptiste Gros lors des finales de Falun (SWE).

  • Par contre, Renaud Jay s’est retrouvé confronté à ses problèmes aux genoux cet hiver. Comment atteindre dès lors des performances de haut-niveau avec des corps qui n’alignent pas 100% de leurs capacités ?

C’est surtout pendant sa préparation qu’il a été ennuyé. Malheureusement, il commence à s’habituer à gérer ses pépins. Depuis novembre, il a réussi à s’entraîner en ski sans trop de douleurs et même durant tout l’hiver.

Du coup, il faut s’adapter en termes d’entraînement, il fait moins de course à pied. Sur le travail musculaire, on s’entoure de spécialistes, des conseils de notre préparateur physique. Le maître mot est l’adaptation.

 

Les poneys sont des clients respectés au plus haut-niveau mondial

 

C’est une vraie fierté de passer le perron de l’Elysée, avec le sentiment de rentrer dans un lieu chargé d’histoire, de symboles. D’y être invité est une reconnaissance du travail effectué. C’est comme ça que je l’ai perçu.

Pour les athlètes, c’est encore un cran au-dessus, une valeur symbolique de leur travail et de toute l’énergie mise dans leur pratique du haut-niveau.

 

  • La saison prochaine se profile déjà, avec des mondiaux du côté de Seefeld. Serez-vous à la tête du groupe sprint l’hiver prochain et si oui, avec quelles ambitions ?

A l’heure où on se parle, beaucoup de chantiers sont ouverts : nous sommes en colloque fédéral à Albertville pendant deux jours. La fédération n’est pas du tout en ordre de marche aujourd’hui et je ne peux pas dire si je serai ou pas à la tête du groupe.

Ce que je peux toutefois dire, c’est que l’équipe de France de sprint sera ambitieuse avec le collectif et les individualités qu’on a sur les mondiaux de Seefeld et sur l’ensemble de la saison. Il faudra aller chercher des médailles surtout qu’on s’est rendu compte que le parcours autrichien convenait aux qualités de nos sprinteurs. Maintenant, le projet collectif doit dépasser les individualités. Aujourd’hui, les poneys sont des clients respectés au plus haut-niveau mondial. Et cette dynamique doit perdurer.

 

Photo : NordicFocus

 

Bonus : (de)découvrez les poneys de l’équipe de France :

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