Ski de fond : l’hiver de la confirmation pour Mathis Desloges
Après une première saison pleine plus que réussie dans l’élite du ski de fond mondial, où il a notamment terminé sixième du skiathlon des Mondiaux à Trondheim (Norvège), Mathis Desloges s’est fait un nom parmi les meilleurs fondeurs du plateau.
Du haut de ses 23 ans, le Villardien, treizième du dernier classement général, se veut ambitieux pour cet hiver olympique qui sera, pour lui, celui de la confirmation.
- Comment avez-vous appréhendé la saison dernière et que retenez-vous de cette première expérience dans sa globalité ?
Si je devais faire un bilan, j’ai d’abord attaqué avec Ruka, pour l’ouverture de la coupe du monde. C’était déjà un rêve de gosse de participer à ces courses-là, mais je dirais qu’au fur et à mesure, j’ai pris en maturité, j’ai commencé à jouer devant, à jouer le top 10, les podiums. C’était énormément d’expérience et j’en ressors avec des envies pour l’année prochaine, notamment pour les Jeux où je pense que je peux espérer de belles choses.

- Ces résultats vous ont en quelque sorte projeté dans une nouvelle dimension, où vous êtes passé du petit nouveau à un des hommes forts de cette équipe de France de ski de fond. Comment avez-vous vécu cette évolution au cours de la saison ?
J’ai très vite changé d’état d’esprit. J’ai attaqué la coupe du monde à Ruka dans l’idée de découvrir, d’emmagasiner un maximum d’expérience mais je me suis très rapidement mis dans la tête que je pouvais jouer bien plus haut sur chaque course. L’aspect découverte a très vite disparu et j’avais uniquement les places sur le podium dans le viseur.
- Au-delà de cette saison remarquable que vous avez pu faire en coupe du monde, vous avez également réussi à briller sur le Tour de Ski, avec une huitième place au classement final. Quel a été l’ingrédient principal pour performer dans ce type de compétitions ?
Le Tour de Ski, c’est quelque chose à part entière, ce n’est pas une coupe du monde comme on en a l’habitude. On a sept courses à disputer en neuf jours, donc ça enchaîne beaucoup et ça fatigue énormément les organismes. C’était un gros objectif et, de finir huitième, je peux dire qu’il a été accompli.

- Parmi les moments forts de votre saison, il y aussi eu Les Rousses, où vous avez pu concourir pour la première fois devant votre public en coupe du monde. Quel souvenir en gardez-vous ?
C’était fort, c’était très, très fort (rires) ! C’était d’autant plus fort qu’on sortait tout juste du Tour de Ski. Pendant le Tour, tout le monde était tombé malade, beaucoup en ont payé les frais dès le début et on n’a pas été épargnés non plus Hugo [Lapalus, NDLR] et moi. On a couru les deux derniers jours malades et l’après Tour de Ski était très compliqué pour moi. Pendant une grosse semaine, j’étais cloué au lit, aucun sport, fatigué et j’avais beaucoup de mal à récupérer. Mais Les Rousses arrivaient très vite. C’était un des très gros objectifs, il y avait Trondheim, le Tour de Ski et aussi bien sûr Les Rousses.

C’est sûr que, courir devant ses proches, ça a une saveur particulière. Et ça nous tenait tous à cœur de performer sur ce week- end-là, mais elles étaient compliquées les semaines qui précédaient les épreuves parce que je ne savais pas si j’allais pouvoir défendre mes chances. Je voyais mon état se dégrader de jour en jour. Donc ça a été un énorme soulagement de pouvoir prendre le départ de ces courses [dans lesquelles il a fini seizième de l’individuel skate puis treizième de la mass-start classique, NDLR], même si j’avais dû faire avec la forme que j’avais ces jours-là. Et pouvoir courir devant cette ferveur, on s’entraîne au quotidien pour ça.
Au final, le week-end s’est très bien passé, c’est sûr qu’on aurait voulu des médailles, mais ce n’est pas arrivé, on en est ressorti avec un petit goût amer. C’était un événement magnifique et on aura à cœur de performer de nouveau là-bas. Ce sera pour la prochaine fois.
« De voir 100 000 personnes sur le 50 km skate, c’était juste incroyable, il n’y a pas de mots pour décrire ça »Mathis Desloges à Nordic Magazine
- Vous avez également concouru pour la première fois sur des championnats du monde, qui plus est à Trondheim face au public norvégien. Que retenez-vous de cet événement qui vous a, là aussi, plutôt bien réussi ?
C’est vraiment un site de course magnifique avec, en plus, beaucoup de gens qui sont fans de ski de fond au bord des pistes. On n’avait pas du tout l’habitude de voir 100 000 personnes sur le 50 km skate, c’était juste incroyable, il n’y a pas de mots pour décrire ça. C’est quelque chose que je n’avais encore jamais vécu. Quand on a commencé l’échauffement, je ne m’entendais pas respirer, j’avais le souffle court. Il faisait grand beau ce jour-là en plus et d’avoir du monde pour nous encourager, ça a fait du bien au nordique et à tous les fondeurs.

- Comment s’est passée votre intégration au groupe coupe du monde ?
La saison précédente, j’avais eu l’occasion de courir quelques manches de coupe du monde, donc je ne faisais pas encore pleinement partie du groupe A mais j’avais pu l’intégrer pendant de courtes périodes. Quand j’ai appris que j’allais faire la préparation avec le groupe coupe du monde, tout s’est ensuite fait très rapidement. Dès les premiers stages, j’ai trouvé ma place dans l’effectif. Ce groupe-là, c’est une famille, on vit la moitié du temps ensemble. On s’entend tous très bien et on vit les choses avec passion et dévouement. Quand il y a quelqu’un qui performe, que ce soit nous-même ou un autre, on vit le podium ou la victoire de la même façon. C’est ce qui fait qu’on prend vraiment du plaisir à être au sein de cette équipe.
- Vous parlez justement de la mentalité qui fait la force de cette équipe de France, cette capacité à partager une performance individuelle avec le collectif et qui transcende le reste du groupe. Comment l’analysez-vous ?
On vit les choses de manière multipliée je dirais. Au début de saison, on a pu voir que ça jouait contre nous, on a eu du mal à lancer le compteur de médailles. Par contre, à l’inverse, dès que Lucas [Chanavat, NDLR] est monté sur la boîte à Davos, on a très vite vu un cercle vertueux dans l’équipe. Hugo [Lapalus] a fait un podium le lendemain, et après ça a lancé la machine. On a fait un super Tour de Ski derrière où Hugo fait podium au général, plus le maillot violet, moi j’arrive à rentrer dans le top 10.

On voit qu’on est soudés, on est plus qu’une équipe, on est une famille et on se tire vers le haut, que ce soit quotidiennement à l’entraînement ou durant la saison sur les courses, il n’y a aucune rivalité entre nous. C’est aussi ça qui fait qu’on a envie de se lever le matin pour aller s’entraîner, qu’on a envie d’aller faire des courses et c’est vraiment quelque chose de fort.
« Maurice Manificat nous a transmis tout ce qu’il avait vécu pendant ses années »Mathis Desloges à Nordic Magazine
- Ces dernières années, on a plutôt vu l’équipe de France briller sur le sprint, la distance était plus en retrait avec la transition pour préparer l’après Maurice Manificat sur la coupe du monde. Mais au vu des performances de la saison 2024/2025, force est de constater que la distance marche tout aussi bien avec Hugo Lapalus ou avec vous maintenant…
Oui, ça fait plaisir de voir que la distance fonctionne aussi. Depuis quelques années, il y a un groupe sprint qui s’est formé, avec beaucoup de médailles, beaucoup de podiums. C’est sûr que ce n’était pas forcément le cas pour la distance, on avait plus de mal à performer. Donc je pense que ça a créé une sorte d’engouement pour le sprint avec des athlètes très performants qui se sont dédiés uniquement au sprint.
Avec Hugo et d’autres, il y a eu une autre génération qui s’est un peu plus mise à la distance. Et puis avec Maurice, il y a deux saisons, on s’entraînait ensemble avec l’équipe 2. Ça a été une année formidable, très enrichissante. Je dirais même qu’il y a eu une passation de témoin, il nous a transmis tout ce qu’il avait vécu pendant ses années à lui. Donc on est arrivés sur la coupe du monde avec des étoiles plein les yeux et l’envie de bien faire à l’image de ce qu’il a pu réaliser. Mais moi, c’est un peu l’inverse, la saison prochaine j’aimerais aussi prendre part aux sprints.
- C’est-à-dire ?
Il n’y a qu’une équipe. Que ce soit les sprinteurs, les distanceurs, classiqueurs ou skateurs, on s’entraîne tous ensemble. Je dirais que la dynamique de l’équipe est plutôt tournée vers la polyvalence, pas d’être spécialisé uniquement sur le sprint ou la distance. C’est primordial pour jouer devant sur le Tour de Ski ou sur le général de la coupe du monde. C’est donc aussi ça ma volonté de la saison prochaine.

- On imagine que c’était le gros point de votre préparation pour cette nouvelle saison à venir. Avec quelles ambitions sur les sprints ?
C’est quelque chose qu’on a beaucoup évoqué avec le staff et les coachs plus particulièrement. Je n’ai pas l’ambition de réaliser les mêmes performances que je fais en distance dans un premier temps, parce que c’est quelque chose qui ne s’invente pas. (rires) Mais ça doit être complémentaire, ce n’est pas parce qu’on essaye de progresser en sprint qu’on va forcément régresser en distance, ou inversement. Ça reste du ski de fond, et je pense que ça peut m’apporter notamment sur les arrivées au sprint lors des mass-starts, d’avoir ce jeu de position, cette puissance sur une ligne droite. C’est complémentaire de ce que je veux travailler en distance.
- Dans le sens inverse, il y a Richard Jouve notamment, qui est dans cette démarche de passer du sprint vers la distance. Dans quel sens est-ce le plus simple, de passer du sprint à la distance ou de la distance vers le sprint ?
Je ne peux pas vraiment répondre à cette question, je pense que ça dépend beaucoup des parcours, du dénivelé ou des neiges aussi selon si elles sont plus ou moins dures à skier. Il y a beaucoup de facteurs externes qui font que, dans un sens comme dans l’autre, c’est tout à fait faisable et c’est quelque chose qui est complémentaire avec le programme qu’on peut effectuer pendant nos heures d’entraînement.
Progresser en sprint va aussi m’aider à m’améliorer en distance et, à l’inverse, les sprinteurs, s’ils progressent en distance, ils gagnent aussi en endurance. Il ne faut pas oublier qu’une épreuve de sprint, cela passe de la qualification à la finale, c’est très long. Ce sont des journées à rallonge avec quatre séries à disputer, c’est très demandant pour les organismes. Un travail de distance là-dessus peut donc aussi être complémentaire. Richard en parlerait sans doute mieux que moi, mais je pense que le fait d’avoir voulu progresser en distance va aussi l’aider en sprint.
« On ne doit pas se mettre de barrière »Mathis Desloges à Nordic Magazine
- Est-ce que cela a dû passer par une préparation différente pour que vous puissiez jouer sur tous les tableaux dès la saison prochaine ?
On est sur une préparation olympique, donc on ne va pas réinventer beaucoup de choses. On a gardé ce qui a fonctionné pour l’année dernière en l’adaptant un petit peu avec cet objectif qui est le sprint. Je peux en profiter pour discuter et me confronter avec les meilleurs du monde en la matière. La grosse richesse qu’on a dans cette équipe, c’est d’avoir des personnes parmi les meilleurs en sprint, en distance, en skate comme en classique. C’est ce qui fait aussi la force de ce groupe, c’est qu’on peut s’inspirer de chacun au quotidien, peu importe ce qu’on fait.
- On voit souvent la France comme un outsider dans les compétitions, en embuscade avec quelques autres nations derrière la Norvège ou la Suède qui sont peut-être un peu au-dessus. Comment analysez-vous cela ?
J’ai commencé la saison dernière avec, je pense, des barrières mentales où je mettais la Scandinavie sur un piédestal. Et, au fur et à mesure, j’ai très vite compris que ce sont des humains comme nous, avec deux bras et deux jambes, et que c’est possible de les battre. C’est cet état d’esprit qui règne dans l’équipe, on ne se met aucune barrière et on donne le maximum qu’on peut. Des fois, ça tombe du bon côté et je pense que, dans les années à venir, on a les ambitions de faire tomber la balance plus souvent de notre côté, que ce soit en sprint ou en distance. Je pense que c’est quelque chose qui est faisable, on s’entraîne pour, mais je ne nous vois pas comme des outsiders, je nous vois vraiment comme des athlètes performants. Donc on ne doit pas se mettre de barrière.

- Quand avez-vous eu ce déclic qu’il était possible de battre les grandes nations du ski de fond ?
Pour être honnête, c’est arrivé très vite, dès la mass-start de Ruka, donc après ma deuxième course de la saison [dans lesquelles il termine vingt-sixième de l’individuel classique puis neuvième de la mass-start skate, NDLR] puisque je n’avais pas pris le départ du sprint. Lorsque j’ai franchi la ligne d’arrivée, je me suis dit : ‘Je peux vraiment mieux faire.’ À partir de là, je savais que je pouvais matcher avec les meilleurs mondiaux. Et c’était tout juste mon premier week-end de coupe du monde, donc je commençais déjà à me dire que je pouvais viser plus haut et jouer les podiums.
« Je ne veux pas commencer à me prendre pour quelqu’un d’autre »Mathis Desloges à Nordic Magazine
- L’année prochaine, avec les Jeux olympiques à venir, vos résultats vous ont en quelque sorte propulsé parmi les têtes d’affiche de cette équipe de France. Est-ce que, psychologiquement, vous approchez la saison différemment ?
Non, je reste dans la même démarche que ce que j’ai pu faire l’année dernière, c’est-à-dire faire du mieux que je peux pendant toute la préparation à l’entraînement. Je pense que, ce que je fais, peu de gens pourraient l’endurer en termes de volume et de charge d’entraînement. J’ai cette capacité à aimer ça, et à croire en ce que je fais. Je suis très bien épaulé au sein de l’équipe de France, parmi le staff, et même à la maison avec ma famille. Je pense que c’est ce qui fait ma force, et je ne veux pas changer les choses. Je ne veux pas commencer à me prendre pour quelqu’un d’autre. Ce que je fais, on l’a vu, ça fonctionne, chaque année je progresse et je passe des caps.

C’est arrivé très rarement où je suis passé à côté de ma saison, donc je fais des choses simples, auxquelles je crois à 100% et je vais continuer dans cette dynamique-là. On verra bien le niveau que j’aurais pour les Jeux olympiques, je pense que c’est un événement à part entière. Mais si je regarde en arrière, je me dis que quand j’ai attaqué la coupe du monde, c’était extraordinaire. J’ai fait mes premiers championnats du monde, courir devant 100 000 personnes, c’était quelque chose que je n’avais jamais connu. Donc, à chaque fois, je me rends compte que, même si j’apporte de nouvelles choses, où je suis confronté à plus de monde sur les pistes, à plus d’enjeux médiatiques, à des courses avec des enjeux plus importants, ça me réussit quand même. Donc je ne veux pas me mettre plus de pression que ce que je me suis mis dans le passé, je veux juste faire ce que je sais faire.
- Vous n’avez pas cessé de franchir les étapes les unes après les autres, très rapidement alors que vous n’en êtes encore qu’au début de votre carrière chez les seniors. Est-ce que les choses ne vont pas trop vite justement ?
Tout se passe très vite mais c’est aussi ce que je souhaite. Je veux que ça aille vite parce que je me donne les moyens que ça avance à ce rythme-là. Donc je prends étape par étape, et j’avance comme cela. Pour le moment, ça me réussit et ça me plaît, donc je veux aller le plus loin possible dans ce sens.

- Qu’allez-vous viser en priorité la saison prochaine ? Un top 10 au général sur la coupe du monde, un premier podium individuel ou performer sur les Jeux olympiques ?
Je dirais qu’il y a plusieurs objectifs. Je veux viser le général de la coupe du monde, et cela devra passer par de bons résultats sur toutes les étapes, de Ruka à Lake Placid. Je veux être constant, faire une saison pleine et à haut niveau. Il y aura des possibilités de faire un podium sur toutes les courses, tous les week-ends. Et j’espère bien sûr que je parviendrai à débloquer ce compteur. Dans la saison, il y a aussi le Tour de Ski, dans lequel je souhaite être performant. Je me rends compte que c’est un événement qui me réussit plutôt bien. C’est un format qui me convient car, comme je l’ai dit auparavant, j’accepte des charges d’entraînement assez conséquentes, que ce soit en compétition ou à l’entraînement.
Et il y a aussi évidemment les Jeux olympiques où j’espère réaliser de belles performances, notamment sur le skiathlon où, à Trondheim, j’avais fini sixième. Et puis, comme tous les Français, on a envie de réussir le relais, qui nous a très bien réussi les années précédentes [les Bleus ont obtenu la médaille de bronze sur cette épreuve lors des trois dernières éditions, NDLR]. Donc je dirais que j’ai des chances de médaille sur ces deux formats-là.
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