Ski de fond : en Russie, la nouvelle génération n’a jamais couru à l’international
Depuis bientôt quatre hivers, ils skient en vase clos. Officiellement exclus des circuits FIS depuis l’invasion de l’Ukraine, l’équipe russe de ski de fond a disparu des classements de coupe du monde… mais pas des feuilles de résultats. D’Alexander Bolshunov à Natalia Nepryaeva, en passant par Veronika Stepanova, toute une génération continue de s’entraîner, de courir, de gagner. Simplement, le décor a changé : plus de Ruka, Davos ou Falun, mais Tyumen, Vershina Tea ou Kirovsk, sous la bannière d’un « Russian Cup » devenu circuit principal.
Dans le pays, Alexander Bolshunov reste la référence. Le triple champion olympique enchaîne les stages en altitude dans le Caucase et les victoires sur le circuit national. À 28 ans, il continue d’empiler les kilomètres et les séances comme si le Tour de Ski l’attendait toujours au bout de l’hiver.
Autour de lui, la « garde rapprochée » est intacte : Denis Spitsov, médaillé olympique, travaille toujours sur le même modèle volume/intensité qui faisait la force du groupe de Yuri Borodavko avant la suspension. Le sprinteur Alexander Terentev a, lui, profité du huis clos pour se relancer : après une saison internationale compliquée, il a aligné les victoires sur les sprints de la coupe de Russie, histoire de rappeler qu’il reste l’un des meilleurs spécialistes du monde, même s’il tourne désormais loin des caméras.

Chez les femmes, le moteur du système reste Natalia Nepryaeva, globe de cristal 2022 et gagnante du Tour de Ski la même année. La Russe a repris la compétition à domicile après sa maternité et demeure la tête d’affiche du circuit interne : distances classiques, skiathlon, relais, elle coche toutes les cases et s’impose encore comme la référence technique et tactique. À ses côtés, Tatiana Sorina poursuit le même programme : stages en altitude, gros travail en classique et en montée longue, beaucoup de volume en rollerski. La troisième pièce du puzzle, c’est Veronika Stepanova, visage et voix de cette génération frustrée. Très active dans les médias russes et sur les réseaux, la championne olympique de relais n’hésite pas à commenter la situation politique de son sport, tout en empilant les podiums sur le Russian Cup.
Derrière ce trio, une nouvelle vague pousse : la sprinteuse Ekaterina Smirnova, régulière sur les étapes nationales, Anastasiya Faleeva ou encore Alina Pekletsova, souvent vues aux avant-postes des courses juniors et U23 avant 2022. Pour elles, la fermeture du circuit international a surtout retardé l’entrée dans le grand bain : à 20 ou 22 ans, elles auraient dû découvrir Ruka ou Lillehammer ; elles empilent à la place des victoires à Tyumen ou Vershina Tea.
Pour tous, le dernier coup de massue est tombé en octobre dernier : le conseil de la FIS a décidé de ne pas autoriser de statuts neutres pour les Russes et Biélorusses en vue de Milan-Cortina. Pas de qualification, pas de retour par la petite porte. Le message est clair : la route vers les Jeux reste fermée.
Face caméra, le discours reste le même : l’exil forcé doit être un tremplin, pas une fin de carrière. « Tout le monde comprend que les Russes reviendront et que la relation avec le reste du monde ne peut pas être définitivement rompue », répète régulièrement Borodavko, l’homme qui chapeaute toujours une bonne partie de l’élite masculine.
Sportivement, la structure reste très proche de celle que la FIS côtoyait encore la saison 2021-2022. L’équipe nationale est toujours éclatée en plusieurs groupes d’entraînement, chacun avec son entraîneur principal : le clan Egor Sorin, celui de Yuri Borodavko, mais aussi les groupes plus jeunes hérités de Markus Cramer ou de Petr Sedov.
Le calendrier, lui, s’est densifié. En plus de la coupe de Russie et des championnats nationaux, les fédérations régionales organisent une foule de courses FIS inscrites au calendrier, mais sans débouché sur la coupe du monde : classiques 10/15 km, relais, mass-starts, sprints… Un mini-circuit fermé qui permet aux Russes de garder un cadre compétitif, mais qui ne leur offre ni confrontation directe avec Johannes Hoesflot Klæbo, ni repère chronométrique par rapport au reste du plateau mondial.
Sans qualification possible pour Milan-Cortina, le seul objectif commun reste les grands rendez-vous nationaux, quelques courses show médiatisées et les championnats de Russie de fin de saison. Les plus jeunes – Saveliy Korostelev, Alina Pekletsova ou leurs camarades – n’ont jamais connu autre chose que ce circuit fermé. Et ce qui se joue en Russie, bien très relevé, très structuré… demeure invisible au reste du monde.
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