Stéphane Bouthiaux : le coach vise l’excellence

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BIATHLON – En décembre 2013, Nordic Magazine dressait le portrait de Stéphane Bouthiaux, entraîneur de l’équipe de France de biathlon. Après 11 saisons et une fabuleuse récolte aux Jeux de Pyeongchang, il raccroche. Itinéraire de celui qui a façonné Martin Fourcade.

 

 

Depuis huit années, il est de tous les succès de Martin Fourcade. Sorte d’ange-gardien de la pépite du biathlon mondial, l’entraîneur de l’équipe de France Stéphane Bouthiaux veille sur le quintuple champion du monde depuis ses dix-sept ans. Ces deux-là ont grandi et progressé ensemble.

En 2010, preuve d’un destin partagé, l’un est désigné meilleur entraîneur mondial par ses pairs quand le second reçoit l’Award de la révélation de l’hiver. Tout un symbole.

« Jamais Martin n’a mis en doute ce que je lui disais de faire, même quand ça lui paraissait surprenant, salue Stéphane Bouthiaux. Quand on a un athlète pareil, on n’a pas le droit de se louper, on a un diamant brut qu’on taille quotidiennement pour gagner cinq secondes sur trente minutes de course. »

BIATHLON - Entraîneur historique de Martin Fourcade et de l’équipe de France, Stéphane Bouthiaux ne sera plus aux manettes la saison prochaine.

Une relation forte, au-delà de celle de l’entraîneur et son sportif, lie Stéphane Bouthiaux et Martin Fourcade.



La relation entre le coach et les coureurs français repose sur la confiance, l’écoute et le respect mutuel. « Ce respect se mérite », assène l’intéressé.

 

“C’est la personne à laquelle je me fie le plus”, dit Fourcade

« C’est vraiment une relation fusionnelle, on s’appelle tous les jours, confirme Martin Fourcade. Il connaît parfaitement mes faiblesses, sait pointer les petits détails que je dois travailler et c’est aussi ce qui fait la force et la profondeur de notre relation de couple entraîneur-entraîné, qui va bien au-delà de ce rapport d’ailleurs. C’est la personne à laquelle je me fie et m’ouvre le plus ».

BIATHLON - Entraîneur historique de Martin Fourcade et de l’équipe de France, Stéphane Bouthiaux ne sera plus aux manettes la saison prochaine.

Les mondiaux d’Oslo, de Kontiolahti (ici), les Jeux de Vancouver, Sochi et Pyeongchang figurent parmi les faits d’armes de Bouthiaux.

Mais le cas Fourcade ne doit faire de l’ombre aux autres biathlètes. Stéphane Bouthiaux le sait et couve naturellement toutes ses ouailles, sans préjugés. « Quand tu es athlète, tu es concentré à 100 % sur toi ; quand tu deviens entraîneur, tu te dois d’être à 100 % pour les autres », dit-il.

Et ce Pontissalien l’est, indéniablement. Après une carrière marquée notamment par cinq titres de champion de France de biathlon dans les années 1985-1995, il s’épanouit rapidement dans son nouveau costume.

 

Un premier poste au comité régional du Massif jurassien

« Pendant mes deux dernières saisons d’athlète, j’ai préparé le professorat de sport pour m’assurer un avenir dans le biathlon car je ne me voyais pas vivre loin de ce sport, de cette culture », confie-t-il autour d’un café servi dans son chalet dominant le lac Saint-Point (25).

Le jeune entraîneur prend son premier poste au comité régional du massif jurassien, sur ses terres. « C’était folklo au début », s’amuse Stéphane Bouthiaux.

 

« Je me souviens plutôt d’un homme déterminé, laborieux, minutieux et précis, corrige Joël Pourchet, président de la commission biathlon au comité régional. On a tout de suite su qu’il allait monter dans les sphères de l’équipe de France. Il est à l’écoute de ses athlètes comme personne d’autre. Il ne dévie pas d’un millimètre de la ligne de conduite fixée, c’est un vrai manager. Depuis qu’il dirige l’équipe de France, il est resté le même avec nous. C’est sans conteste la marque des grands bonhommes », salue le président du club de ski de Montbenoît.

 

Martin Fourcade et Stéphane Bouthiaux.

 

Ses qualités d’encadrement rapidement repérées par Christian Dumont, alors directeur du biathlon tricolore, le propulsent du pôle France de Prémanon où il passe six années, à la prise en main de l’équipe fédérale en 2007, aux côtés de Siegfried Mazet (qui officie désormais au sein de l’équipe de Norvège en charge du tir).

 

“Bouthiaux, c’est le Zidane de la psychologie du ski”, souligne Siegfried Mazet

Tous deux composent une équipe de choc : « Stéphane est pragmatique, bienveillant et il a toujours 40 secondes d’avance sur toi : c’est le Zidane de la psychologie du ski. Seule remarque : il ne dort pas la nuit. Il n’a pas besoin d’un lit mais d’un arbre car ce mec est un hibou », chambre son principal collègue de travail.

BIATHLON - Entraîneur historique de Martin Fourcade et de l’équipe de France, Stéphane Bouthiaux ne sera plus aux manettes la saison prochaine.

Siegfried Mazet, sous les couleurs norvégiennes, et Stephane Bouthiaux ont formé un duo de choc à la tête de l’équipe de France.

« Je suis assez fier de les avoir recrutés tous les deux, glisse Christian Dumont. Quand j’ai quitté le groupe hommes, je savais qu’avec des gens aussi passionnés, droits, entiers et investis dans leur mission, les résultats allaient suivre. »

 

Un papa pour ses athlètes

Stéphane Bouthiaux, qui se dit « tantôt assistante sociale, tantôt psychologue et tantôt père de famille », vise l’excellence pour lui comme pour ses hommes. « Stéphane est un entraîneur vraiment compétent qui va toujours de l’avant et cherche autant la performance que nous », souligne Quentin Fillon-Maillet, le Jurassien alors nouveau venu dans l’équipe de France A.

 

« Avec nous, il a un esprit presque “paternel”. Et comme tout “Papa” qui se respecte, ses fils sont  les plus forts, les plus rapides, les plus précis », assure Simon Fourcade. « Ainsi, Stéphane nous encense constamment, même lorsque, à mon goût, il y aurait des choses à redire. Son attitude nous positionne dans une démarche positive. Cependant, j’aimerais que quelquefois il se montre plus dur et exigeant », remarque le Pyrénéen qui souligne aussi l’ouverture d’esprit de son coach.

 

Stéphane Bouthiaux au Grand Bornand, en décembre 2017.

 

« Mon rôle est de les mettre dans les meilleures dispositions pour la gagne », confirme le chef d’équipe qui aurait pu épouser une tout autre carrière sportive.

« Je fais partie des gens qui pensent qu’il aurait fait un bon cycliste pro car il semble encore plus fort en vélo qu’en ski, martelait Jacques Bertoncini, son meilleur ami (malheureusement décédé en 2014) avec qui il enchaîne les sorties. La preuve, le grand Charly Mottet le suivant en voiture dans un grand col d’une cyclo avait de la peine à comprendre comment il pouvait grimper si vite avec son gabarit ».

 

Du haut de ses 186 cm et avec 7 000 kilomètres au compteur cette année, Stéphane Bouthiaux voit loin. « La saison olympique est particulière car les médias sont davantage présents et l’attente de résultats est immense. Mais, pour moi, une victoire au classement de la coupe du monde vaut sportivement plus qu’un titre olympique, relativise-t-il. D’ailleurs, nous avons préparé cette saison comme une autre. » La recette a fonctionné jusqu’ici ; il n’y a pas de raison que ça change !

 

 

Cet article est paru dans Nordic Magazine n°9 (décembre 2013)
Photos : Agence Zoom et NordicFocus


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