Vu de Norge #206 : nouveau scandale olympique ?

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CHRONIQUE – Avec Vu de Norge et nulle part ailleurs, retrouvez toute l’actualité nordique norvégienne.

 

  • Pyeongchang mauvais élève de la lutte antidopage

Tout le monde se souvient du scandale des Jeux olympiques 2014 qui avait révélé au grand jour un dopage institutionnalisé en Russie. Cette année, aux JO de Pyeongchang, tous imaginaient donc que des mesures avaient été prises pour que tout se passe dans les meilleures conditions possibles.

Mais la semaine dernière, des vidéos et témoignages ont révélé de graves carences en matière de lutte antidopage durant les Jeux d’hiver 2018. La chaîne allemande ARD, dont les preuves ont été reprises par Dagbladet puis la NRK, révèle ainsi que l’on voit sur des images un réfrigérateur non-verrouillé alors qu’il contient des échantillons d’urine devant être testés ou encore des documents ultra-confidentiels laissés sans surveillance à la vue de tous.

Pour le professionnel allemand de la lutte anti-dopage, Andrea Götzman, ces fautes de l’organisation ne sont pas les seules. Tous les contrôleurs ont dû payer de leur propre poche le déplacement et l’hébergement dans la ville coréenne.

« Certains de mes confrères norvégiens ont refusé, confie-t-il. Nous sommes des professionnels et nous devons être payés comme tels. C’est vraiment choquant de voir que sur un évènement pareil, la lutte anti-dopage manque autant de professionnalisme. » Les allemands s’expliquent : n’importe qui passant dans une des salles de contrôle pouvait avoir accès aux échantillons et les manipuler, les modifier à sa guise. Un manque extrême de sécurité qui pourrait permettre à des athlètes reconnus dopés de faire appel et d’être acquittés de leur accusation de départ.

Des Norvégiens, de leur côté, ont fait savoir qu’en plein milieu de contrôle, des tubes à essai se sont cassés. « C’est inacceptable », a réagi au micro de la NRK Inggard Lereim, expert anti-dopage norvégien. Pour celui qui siège au comité médical de la FIS, cela prouve un manque flagrant de qualité des produits utilisés dans les contrôles lors des JO.

« C’est incroyable, choquant. Ce genre de choses est déjà arrivé par le passé mais c’était il y a des années, c’est impensable que cela arrive encore de nos jours », continue-t-il.

De son côté, Oystein Andersen, médecin des équipes de fond norvégiennes, rappelle que les athlètes devraient avoir l’assurance au cours de tout contrôle que « les équipements sont 100% fiables et la procédure imperméable à la moindre corruption. »

 


  • Les Norvégiens ne sont pas passés loin

Au milieu de ces révélations sur les lacunes des contrôles antidopages de Pyeongchang 2018, certains athlètes norvégiens ont révélé qu’ils avaient dû faire face à certains problèmes au cours de ces contrôles.

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Marit Bjoergen (NOR) –  Modica/NordicFocus.

Marit Bjørgen tout d’abord. La championne, désormais retraitée, a vu l’un de ses tubes de test d’urine se fissurer pendant l’un de ses contrôles. Heureusement pour elle, cela ne lui a pas porté préjudice puisqu’elle s’est rendue compte du problème et a pu le signaler à un contrôleur. « Mais je suis toujours mal à l’aise et inquiète lorsqu’on apprend que les contrôles n’étaient pas aussi sûrs qu’ils auraient dû l’être, on a toujours peur de se voir retirer une médaille pour ce genre de problèmes qui n’est pas de notre ressort », explique la Norvégienne à la NRK.

Et elle n’est pas la seule fondeuse du pays à s’être plainte de la mauvaise qualité des tubes, comme le révèle un médecin de la fédération norvégienne : « Plusieurs athlètes sont venus me voir pour m’expliquer qu’ils avaient des difficultés à sceller correctement leurs échantillons de peur de voir le couvercle se briser, confie Lars Engebretsen. Jamais je n’avais entendu parler de ce genre de problèmes auparavant, peut-être est-ce un nouveau type de verre… »

Petter Olberg, médecin de l’équipe de fond norvégienne depuis trois ans, a aussi expliqué cette semaine qu’après que plusieurs athlètes lui aient rapporté avoir eu des problèmes de tubes pour les échantillons d’urine ou de sang brisés, il a décidé d’accompagner tous les fondeurs durant leurs contrôles pour fermer lui-même chaque échantillon et s’assurer de leur validité et imperméabilité. « Nous espérons seulement que cela ne sera pas vu comme une tentative de modifier les échantillons : avec les changements d’équipements et ces problèmes, nous voulions nous assurer de la viabilité de chaque test et n’avons rien fait d’autre », continue Olberg. Le médecin désirait ainsi éviter un stress supplémentaire aux athlètes comme ont pu le connaître Bjørgen et Krüger qui ont eu tous deux des échantillons brisés à cause de ces capuchons difficiles à refermer.

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Simen Hegstad Krueger (NOR) –  Modica/NordicFocus.

Ce dernier, triple médaillé à Pyeongchang, a expliqué que pendant un test sanguin, son échantillon s’est fissuré. « Je l’ai fait noter sur le compte-rendu et ait demandé à faire un deuxième test pour être sûr, rapporte Krüger. Après Sochi, nous sommes tous très prudents mais mis à part ce problème, je n’ai pas personnellement décelé de problèmes de sécurité dans les contrôles. »

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Johannes Thingnes Boe (NOR) –  Manzoni/NordicFocus.

Johannes Thingnes Bø, lui, a révélé que par deux fois avant les JO, il a connu le même souci. « Il faut faire très attention en refermant nos échantillons. Si on y va trop fort, ça casse, explique-t-il. Après Sochi, ils ont créé un nouveau système pour qu’il ne soit plus possible de modifier les échantillons une fois scellés mais je ne crois pas que ça soit réalisé correctement car la pression peut faire éclater le tube. »

Bien que le biathlète ait toujours fait noter dans les rapports ces problèmes, le même type de tubes a été utilisé à Pyeongchang. « Je conseille à tous les athlètes de faire très attention, conclut Johannes Thingnes Bø sur la NRK. Ce n’est pas toujours très visible et cela pourrait endommager leurs échantillons. » Reste à savoir si ces tubes seront de nouveau changés au profit d’un équipement plus sûr.

 


  • Un Raw Air féminin

Il avait été déjà annoncé que serait mis en place une tournée de saut à ski féminin dans les mois à venir. Cette semaine, la NRK a révélé qu’un Raw Air féminin, tournée norvégienne, serait aussi organisée l’hiver prochain. Nordic Magazine l’a déjà évoqué dans un article.

Les athlètes s’affronteront à Holmenkollen, Lillehammer et Trondheim en mars 2019, à la même période que leurs homologues masculins.

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Maren Lundby (NOR) – Thibaut/NordicFocus.

Vikersund ayant été annulé, faute d’autorisations, la tournée féminine pourrait même être identique à celle des hommes. « C’est un grand pas en avant, j’en suis ravie », a confié la championne Maren Lundby qui demande depuis longtemps à avoir les mêmes opportunités que ses compatriotes : avoir une tournée et sauter sur des grands tremplins et même des tremplins de vol à ski.

Pour cette dernière étape, il faudra encore attendre un peu mais le Raw Air féminin se déroulera exclusivement sur grand tremplin, un pas de géant pour les sauteuses qui réclament cette possibilité depuis des années. « Je suis heureux que la Norvège contribue énormément à cet essor du saut féminin », a déclaré Clas Brede Bråthen, directeur sportif du saut norvégien. « Je pense que c’est nécessaire si nous voulons populariser notre discipline, conclut Lundby. Nous allons nous affronter sur des tremplins permettant de montrer un beau spectacle et devant un large public. C’est essentiel au développement de notre sport. »

Prochaine étape : Vikersund au programme du Raw Air féminin en 2020 ?

 


  • Northug sous haute surveillance

Lors des deux dernières saisons, Petter Northug Jr. a fait chou blanc en coupe du monde. La faute, souvent, à un excès de zèle lors de ses stages en altitude.

Cette semaine, le fondeur de Mosvik est parti pour les camps d’entraînement à Livigno et Val Senales en Italie avec l’équipe nationale de sprint. Mais contrairement aux deux derniers automnes, Northug devra suivre un programme précis et bien plus calme. « S’il veut faire plus de ski que prévu, il devra tromper ma vigilence et y aller quand je dors, assure son coach Arild Monsen au micro de la NRK. Mais il est très désireux de suivre ce qui a été établi pour ne prendre aucun risque et pouvoir seulement profiter des biens faits de l’entraînement en altitude. »

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Le Norvégien sera sous la surveillance constante du staff qui a établi un même programme pour tous les athlètes en termes d’intensité et de volume d’entraînement. L’objectif est, bien évidemment, de se qualifier pour les mondiaux de Seefeld. Si c’est le cas, Northug se rendra avec ses coéquipiers sur un dernier stage en altitude, à Seiser Alm, juste avant la grande échéance de l’hiver.

Mais avant cela, il faut penser aux premières étapes de coupe du monde. Il a déjà été révélé que l’enfant terrible du ski de fond ne serait sûrement pas du voyage à Kuusamo mais il est déjà assuré de participer aux courses de Beitostølen avant l’ouverture de la saison dans un mois, du 16 au 18 novembre, puis aux étapes de coupe du monde à Lillehammer et Beitostølen en décembre.

L’objectif sera ensuite de se qualifier pour le sprint de Davos. « L’avantage de Northug, c’est qu’il n’y a plus d’attentes précises quant à ses résultats, il ne peut que surprendre », analyse Fredrik Aukland dans les colonnes de VG. Pour l’expert de la discipline, un autre atout en faveur du fondeur est d’avoir l’assurance d’affronter le circuit mondial sur deux des trois premières étapes de coupe du monde grâce à leur organisation en Norvège. Le pays pourra alors aligner jusqu’à 15 de ses représentants par compétition.

 


  • Svendsen entraîneur ?

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Emil Hegle Svendsen (NOR) –  Manzoni/NordicFocus.

« J’ai hâte que la neige soit de retour et de rechausser les skis », déclare Emil Hegle Svendsen en interview pour la NRK.

A l’entendre, difficile de croire que le biathlète a rangé la carabine et pris sa retraite à la fin de la saison dernière.

Pourtant, le Norvégien est bien retourné à la vie civile mais il ne s’est pour autant pas éloigné totalement de ses anciens amours puisque c’est à Holmenkollen, occupé à assister les coachs des jeunes biathlètes, que l’a retrouvé la chaîne TV.

« C’est déroutant de ne plus être dans cette bulle que forme le sport de haut niveau, raconte Svendsen. Mais en même temps, je sais que je n’aurais pas pu continuer, j’étais fatigué, je n’avais plus la même envie, même si ça me manque un peu malgré tout. »

Actuellement étudiant, l’ancien biathlète n’a pas encore décidé de ce qu’il voudrait faire exactement après l’obtention de son diplôme. « Je sais que je ne serais pas entraîneur, assure le jeune retraité. Pas tout de suite, en tous cas. Je veux d’abord faire autre chose, m’éloigner un peu. » Un objectif certainement possible avec l’arrivée prochaine de son premier enfant.

Malgré ces propos, Svendsen s’est investi cet été dans le coaching des espoirs de la discipline en Norvège. « Il aurait pu demander à être payé cher pour venir mais non, il est juste venu donner un coup de main, ça en dit long sur lui », rapporte Knut Tore Berland. « Il faut penser au biathlon norvégien avant tout, explique l’intéressé. Nous avons un certain Johannes Thingnes Bø qui se débrouille bien mais en réalité, si on travaille correctement, on pourrait en avoir dix autres et je crois que je me dois de contribuer du mieux que je peux à la réalisation de cette possibilité. »

Pour le coach Berland, avoir Svendsen à ses côtés lors de ces entraînements est un réel atout : « les jeunes l’écoutent, il est clair et précis et surtout, il a été l’un des meilleurs du monde, ça a un certain poids. » Une idée de carrière pour le biathlète retraité ?

 


  • L’appel du pied en faveur du retour au classique et à la distance

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Johannes Hoesflot Klaebo (NOR) – Modica/NordicFocus.

Dernièrement, la FIS a proposé de nouvelles modalités possibles pour les courses de ski de fond, en a testé quelques unes et mis de côté d’autres.

L’objectif ? Rendre la discipline plus spectaculaire et amener de nouveaux fans.

Mais pour le Norvégien Oddvar Brå, ancien fondeur, il faut cesser de toujours chercher à changer la discipline et rééquilibrer le nombre de sprints et de longues distances. « Je crois qu’il faut revenir aux origines du ski de fond et que la FIS va s’atteler à cette proposition, déclare Brå au micro de la NRK. Il y a trop de sprint, ça avantage certains athlètes. Regardez Klæbo, il a rarement fait des courses de plus de 25 min cet hiver et pourtant il a remporté le globe de cristal. »

Pour l’ancien athlète, il est nécessaire de désormais réduire le nombre de sprints pour que tous les fondeurs, distanceurs ou sprinteurs, aient les mêmes chances de victoires. « Je sais qu’il est important de proposer plus de spectacles mais est-ce vraiment le plus important ? » demande-t-il, s’adressant directement à la FIS.

Ces propos font écho à ceux d’autres acteurs du ski de fond, journalistes, experts ou athlètes comme Martin Johnsrud Sundby qui affirmait, à la fin de la saison dernière, que beaucoup de fondeurs désiraient revenir à un ski plus simple, aux épreuves moins diversifiées et moins spectaculaires.

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