Au sommaire de Vu de Norge #480
Therese Johaug contre les Suédois
La semaine dernière déjà, Therese Johaug tirait la sonnette d’alarme au sujet des pilules amaigrissantes qui se répandaient dans le sport de haut niveau, comme l’a révélé l’AMA (Agence Mondiale Antidopage) après les Jeux olympiques de Paris.
« Cela envoie un très mauvais signal aux jeunes qui nous regardent et nous prennent comme modèles », disait-elle dans son podcast. Elle prend son exemple et admet que Marit Bjørgen, son modèle au début de sa carrière, avait admis prendre ces pilules, elle en aurait sûrement fait de même. « J’aurais naturellement commencé à douter de mon propre corps j’aurais pensé que moi aussi il me fallait ces pilules pour devenir plus mince et plus rapide à ski », confie-t-elle au micro de la NRK.
Alors évidemment, quand la Norvégienne a su que l’équipe suédoise avait un nouveau sponsor, elle a vu rouge en apprenant le nom de la marque : Novo Nordisk, la société pharmaceutique à l’origine de l’Ozempic, ces fameuses pilules destinées aux diabétiques et qui ont été détournées à des fins amaigrissantes.

« Je ne pourrais jamais porter leur logo sur ma poitrine, réagit-elle, faisant référence à l’emplacement futur du logo de Novo Nordisk sur les combinaisons suédoises. Ca va à l’encontre de mes valeurs et quand on arbore le logo d’une marque, on fait de la pub pour leurs produits, nous sommes des modèles pour d’autres et c’est pour moi inadmissible d’accepter un tel partenariat. »
De leur côté, Novo Nordisk et la fédération suédoise de ski expliquent partager une vision commune pour une Suède en meilleure santé en promouvant une activité physique régulière. « Certes c’est une entreprise qui fournit des médicaments précieux pour la santé mais quand ils sont utilisés dans le sport pour améliorer les performances sportives, c’est une autre histoire, porter le logo de ce sponsor envoie un message et je ne suis pas persuadée que ce soit le bon », conclut Johaug.
Saut à ski : frictions entre Norvège et Autriche
C’est une histoire qui dure depuis février et les Championnats du monde de Trondheim. Là-bas, à la fin de la quinzaine des Mondiaux, une vidéo a été diffusée, montrant les chefs de l’équipe norvégienne de saut altérer les combinaisons des athlètes. S’en est suivi une enquête puis des suspensions, dont trois mois pour les sauteurs concernés : Marius Lindvik et Johann Andre Forfang.
Ce qui a été appris plus tard, c’est que ce sont des membres de l’équipe autrichienne qui avait filmé les Norvégiens à leur insu avant de les dénoncer à la FIS. Les propos de Daniel Tschofenig contre les athlètes suspendus n’ont pas non plus aidé à calmer les tensions entre Autriche et Norvège.
Et si Jan-Erik Aalbu, directeur du saut norvégien, assure que les relations sont bonnes avec son homologue autrichien, toujours est-il que dans les faits, leurs athlètes ne s’apprécient pas spécialement. Interrogé par TV2, Stefan Kraft a ainsi reconnu que leurs relations n’étaient pas au beau fixe. « Je n’ai aucun problème avec eux, ils ont écopé de lourdes sanctions et ils doivent désormais travailler dur pour revenir au plus haut niveau, quand ils seront sur le podium, je les féliciterai mais je trouve peu judicieux leur conduite dans les médias qui consistent à affirmer que tout le monde triche en saut, cela fait du mal à notre sport », dit le représentant de la Wunder Team.

Il répond ainsi aux accusations qui ont été portées à l’encontre de son équipe et de celle d’Allemagne cet été, les médias norvégiens relayant un rapport de la FIS qui révèlerait que plusieurs accrocs au règlement de la part de ces équipes qui auraient été couverts par l’officiel de la FIS en charge des vérifications des équipements. « Nous cherchons constamment à innover, à trouver des manquements aux règles mais nous n’enfreignons pas ces règles », assure Kraft.
Pourtant, son compatriote Daniel Tschofenig a déjà eu droit à un rappel à l’ordre. TV2 a en effet diffusé les images où on voit l’ancien numéro 1 mondial toucher à la fermeture éclair de sa combinaison sur la barre d’élan, ce qui est désormais strictement interdit.
D’ailleurs, un jeune Norvégien a été disqualifié pour le même problème. Isak Andreas Langmo a en effet vu son résultat annulé dimanche car une fermeture éclair de sa combinaison avait cassé. « C’est une règle assez stupide, une fermeture cassée ne donne aucun avantage », regrette Jan-Erik Aalbu dans les colonnes de Dagbladet. « Je suis très déçu, je ne viens pas pour que mon équipement se casse et que je sois disqualifié mais pour faire mes preuves », dit Langmo.
Langmo avait aussi écopé d’un carton jaune, les règles ayant été durcies, mais celui-ci a finalement été retiré après que l’équipe norvégienne ait apporté des images montrant que de nombreux sauteurs avaient touché à leur combinaison après le contrôle, ce qui est désormais interdit. « Nous avons tout analysé et le carton jaune était en effet en trop, cette situation était involontaire de la part de l’athlète », conclut Sandro Pertile, directeur de course du saut à la FIS.
Les sauteurs sont prévenus : les règles ont été durcies et la FIS entend bien les faire respecter. Et avec un triplé autrichien samedi, nombreux sont ceux qui se demandent si la Wunder Team ne ferait pas mieux de se méfier. « Il y a des rumeurs, je ne dirais pas qu’ils trichent, ils sont excellents mais certains doutent, confirme Johan Remen Evensen, ancien sauteur norvégien, à Dagbladet. J’espère juste que si on en arrive là, la FIS n’aura pas plus de mal à disqualifier un Autrichien qu’un Kazakh ou un Norvégien peu importe l’influence de cette nation en saut. »
Didrik Tønseth : bientôt la retraite
A Beitostølen (Norvège), Didrik Tønseth a remporté une belle troisième place sur le 10 km. Un podium qui fait du bien après deux ans de pénurie pour celui qui ne fait plus partie de l’équipe nationale cet hiver après de nombreux épisodes de maladie. « C’est bon pour la préparation mentale et physique de monter sur le podium, ça fait du bien au corps », sourit-il dans les colonnes de Dagbladet.
Surtout, cette troisième place pourrait bien lui offrir une place pour la Coupe du monde de Ruka (Finlande) ce week-end et ainsi bien le positionner pour faire plus de coupes du monde avant Noël pour ainsi espérer se qualifier dans l’équipe olympique.
« Je pense que j’ai toute mes chances pour aller en Finlande, je sais qu’il reste deux places et même si ceux de l’équipe nationale sont prioritaires, j’ai assez bien performé pour mériter une place », dit Tønseth. Pari réussi : il fait partie de la sélection annoncée hier.
Surtout que cette saison pourrait être sa dernière chance. « J’ai décidé de continuer l’an dernier, quand j’étais malade, pour ne pas finir sur ce mauvais hiver mais je suis en fin de carrière, reconnaît le fondeur. Cette année, j’ai de la chance, j’ai pu bien me préparer et je suis heureux que ça porte ses fruits. »
Son objectif de se rendre aux Jeux pour aller prendre des médailles est clair, reste à voir s’il réussit à le réaliser face à de nombreux rivaux, tous avec ce même rêve.
Gyda Westvold Hansen : un changement difficile
Malgré une demande internationale, les filles du combiné nordique n’ont pas eu droit à une place au programme des Jeux olympiques 2026. C’est pour cette raison que Gyda Westvold Hansen, combiné norvégienne de talent, a choisi de se consacrer au saut à ski cette saison pour tenter de se qualifier pour les Jeux.
Le week-end dernier, elle était donc à Lillehammer (Norvège) pour l’ouverture de la saison de saut quand ses anciennes coéquipières étaient elles à Beitostølen, aux championnats norvégiens. « J’ai eu un petit pincement au coeur à l’idée de n’être officiellement plus une coureuse de combiné, reconnaît Gyda Westvold Hansen au micro de la NRK. Surtout que j’ai senti la pression des attentes, ces derniers jours n’ont pas été faciles. »
La jeune Norvégienne admet aussi s’être sentie un peu mal avant le début des épreuves. « J’ai l’habitude de gérer ce stress en combiné mais en saut à ski, c’est vraiment étrange de ressentir cela », continue-t-elle. Malheureusement, ça n’a pas été en s’arrangeant puisqu’elle a fini à un cheveu de la manche finale samedi, à la 32e position. « Je ne méritais pas vraiment mieux quand je vois ma performance », admet-elle.

Mais l’ancienne combiné ne se laisse pas abattre. « J’essaye d’en tirer profit pour savoir sur quoi travailler et m’améliorer », dit-elle. Une mentalité qui l’honore et qui lui a déjà apporté de premiers résultats avec une 25e place dimanche et ses premiers points en coupe du monde de saut spécial.
« Tout ce qu’elle traverse lui profitera à l’avenir, peu importe qu’elle continue en saut ou en combiné, estime Johan Remen Evensen. Elle apprend d’une manière différente, dans l’adversité, plutôt qu’en remportant énormément de compétitions comme elle en avait l’habitude. »

Les experts pointent aussi son courage d’avoir ainsi changé de discipline et de devoir se battre pour le moindre point, pour une potentielle place dans l’équipe olympique face à une rude concurrence, plutôt que de continuer de se battre pour les victoires en combiné. « Si je ne l’avais pas tenté, je l’aurais regretté pendant au mins 15 ans », explique Hansen.
Combiné nordique : la dernière chance olympique des Norvégiens ?
Depuis 1924, le combiné nordique figure aux Jeux olympiques d’hiver. La Norvège a souvent glané des médailles dans la discipline et malgré les retraites de Jarl Magnus Riiber et Jørgen Graabak, ce sera de nouveau l’objectif en février en Italie.
Mais cela pourrait bien être la dernière chance de l’équipe nationale norvégienne d’aller chercher des médailles en combiné nordique. La raison ? Le CIO réfléchit à annuler les épreuves de combiné nordique aux Jeux olympiques dès 2030. Décision sera prise en décembre 2026.
« C’est une crainte bien réelle, révèle Ivar Stuan, directeur du combiné norvégien, à TV2. Si nos résultats ne sont pas à la hauteur des attentes du CIO cet hiver, le combiné nordique pourrait bien disparaître des Jeux. Malgré tout, je crois dur comme fer que nos chances de nous maintenir au programme et d’y ajouter les femmes sont plus grandes que le risque de notre disparition. »

Le CIO a tout de même commencé à réduire les quotas, dans une optique de peut-être supprimer la discipline. Ainsi, seuls trois athlètes par pays sont autorisés au maximum, même pour les grandes nations que sont la Norvège, l’Allemagne ou l’Autriche.
« Notre maintien dépend des audiences télévisées, du nombre de téléspectateurs mais tout cela dépendra aussi des heures de diffusion de notre discipline, reconnaît Stuan. D’après nos informations, presque tous les tickets sont vendus et nous avons bon espoir que les audiences soient bonnes grâce au fait que les Jeux ont lieu en Europe et donc sans décalage horaire avec les nations les plus performantes du combiné. »

« Nous sommes évidemment inquiets, surtout que les filles n’ont toujours pas de compétition olympique alors que le CIO se veut inclusif, réagit Jens Lurås Oftebro. J’imagine que soit les filles intégreront le programme en 2030, soit nous disparaîtrons tout bonnement. Le niveau en coupe du monde est très élevé et j’espère que le CIO s’en rendra compte et nous laissera participer aux Jeux dans le futur. »
Tiril Eckhoff et Martin Johnsrud Sundby infidèles à la NRK
Après leur carrière dans le ski nordique, il n’est pas rare de voir les Norvégiens devenir consultants pour les chaînes de la NRK ou TV2. C’est le cas de Tiril Eckhoff et Martin Johnsrud Sundby, tous deux passés derrière les caméras pour commenter ou participer aux émissions autour du biathlon et du ski de fond.

Mais pour les Jeux olympiques, ils feront des infidélités aux chaîne TV2 pour Eckhoff et NRK pour Sundby, comme le révèle la NRK. Ils ont en effet été débauchés par HBO Max, l’une des deux chaînes à retransmettre l’évènement en Norvège avec la NRK, pour les JO de Milan/Cortina en février 2026.
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