Au sommaire de Vu de Norge #485
Mattis Stenshagen : « Je ne comprends plus rien »
Mattis Stenshagen a brillé sur le Tour de Ski. Malgré ses excellents résultats, pourtant, il n’est toujours pas officiellement sélectionné pour les Jeux olympiques, tout comme Emil Iversen qui a montré de très belles performances depuis le début de l’hiver.
« On nous a désormais demandé de nous rendre aux Championnats nationaux et d’y performer si l’on veut notre place, révèle-t-il au quotidien VG. Chaque année, la fédération élabore un document censé servir de cadre aux sélections et cette année encore, il est précisé que les Championnats nationaux ne servent que dans des cas particuliers où il y a un doute sur les performances des athlètes. Si mes derniers résultats laissent un doute sur mes capacités aux JO, alors je ne comprends plus rien. »
S’il n’a pas souvent pris la parole, contrairement à Emil Iversen ou Didrik Tønseth, Mattis Stenshagen monte désormais lui aussi au créneau. « Si la fédération ne respecte pas le cadre qu’elle a elle-même créé, alors il va être difficile d’exercer notre métier en Norvège », estime le fondeur.
« Je ne sais pas trop quoi dire, réagit Arild Monsen, coach du sprint masculin et sélectionneur pour les Jeux. Je n’ai pas de réponse à lui apporter, sa sélection me semble inévitable. Je n’ai aucun autre commentaire à faire sur notre sélection », termine-t-il.

De son côté, Stenshagen a précisé qu’il n’avait pas encore décidé de s’il se rendrait ou non aux Championnats nationaux. « J’aviserai de ma forme, je mérite les mêmes chances que mes compatriotes déjà sélectionnés de me préparer correctement, explique-t-il. Je suis en tous cas déçu que la fédération ne respecte pas le cadre qu’elle impose, celui-ci a perdu tout son sens et les athlètes finissent inévitablement par se poser des questions. »
Du côté des experts de fond, on pointe du doigt Eirik Myhr Nossum qui est peut-être embêté de voir que des athlètes hors de l’équipe nationale ont bien mieux performé que ceux qu’il a sélectionné au printemps dernier. « Il doit ravaler sa fierté et se rappeler qu’il est responsable de tous les coureurs norvégiens en Coupe du monde, pas seulement ceux qu’il a entraîné, rappelle Petter Skinstad. Il ne peut pas ignorer ou élaborer de nouveaux critères de sélection comme ça l’arrange, il faut être juste et la fédération norvégienne ne devrait pas tolérer ça. »

Mais malgré les vives critiques, le résultat est le même : des athlètes comme Mattis Stenshagen ou Emil Iversen risquent bien de devoir aller aux Championnats nationaux norvégiens et ils auraient alors moins de temps de repos et d’entraînement que leurs compatriotes déjà sélectionnés pour se rendre en Italie en février.
Kristine Stavås Skistad : « La FIS m’en veut »
Lors du 20 km de Toblach, en plus d’avoir fini bonne dernière et d’avoir souffert sur l’épreuve, Kristine Stavås Skistad a écopé d’un nouveau carton jaune pour avoir changé de couloir dans une zone où elle n’avait pas le droit de le faire. « Je suis ravie d’apprendre de nouvelles règles, commente la fondeuse d’un ton cinglant au micro de la NRK. La FIS en a après moi je crois. »
Du côté de la FIS, Michal Lamplot, directeur de course pour le ski de fond, s’est contenté de rappeler qu’elle n’avait pas été la seule sanctionnée pour des faits similaires. « Elle s’est tirée une balle dans le pied toute seule en prenant un carton inutile, estime le commentateur NRK Fredrik Aukland. Il y a eu une réunion des chefs d’équipe avant la course où il a été précisé que les fondeurs ne pouvaient pas changer de couloirs dans certaines zones, il n’y a aucune raison pour qu’elle ne respecte pas cette règle comme tout le monde. »

Pas prête à se laisser faire, Skistad a affirmé que la sanction était tout de même un peu dure. Mais n’ayant d’autre choix, la Norvégienne a pris son carton et sait désormais qu’elle doit être très attentive à ne pas en prendre un nouveau, au risque de se voir disqualifiée pour la deuxième fois de la saison, comme à Davos.
Du côté des ses coéquipiers, peu sont prompts à défendre la Norvégienne.« Elle ne doit pas se sentir visée, de nombreuses personnes ont reçu des cartons jaunes pour des faits similaires », commente ainsi Johannes Høsflot Klæbo devant les caméras de TV2. « Elle méritait ce carton, répond Erik Valnes. Les règles sont strictes, oui mais elles existent. Après, on comprend sa frustration d’avoir pris autant de cartons cette année. » Skistad en est en effet à son troisième carton jaune et elle a aussi eu cet hiver un carton rouge.
Mathilde Myhrvold doit-elle dire adieu aux Jeux ?
Lors du Tour de Ski, Mathilde Myhrvold s’est malheureusement luxé l’épaule. Forcée d’abandonner, la Norvégienne craint aussi qu’une autre compétition soit en danger : les Jeux olympiques. Pour celle qui avait montré de belles performances en sprint, la nouvelle est difficile à accepter.
« J’ai pas mal pleuré après l’accident, révèle Myhrvold à la NRK. J’ai réalisé ce qu’il s’était passé, ce que ça signifiait et voir que tout peut changer si vite, c’est dur. Je ne connais pas l’ampleur exacte de ma blessure, ni la durée de convalescence mais je sais que ça va être difficile, j’aurais dû briller aux Jeux et maintenant c’est compromis. »
La fondeuse est ensuite rentrée en Norvège pour passer une IRM et mettre en place un plan de convalescence mais si elle est pessimiste, son coach, lui, ne veut pas abandonner. « Il faut y aller étape par étape, elle allait déjà mieux le lendemain de sa blessure, c’est encourageant de voir que son épaule a été remise en place et qu’elle se sent mieux », affirme Sjur Ole Svarstad.

« Elle est mal tombée et son épaule gauche était déboitée, confirme le médecin de la fédération norvégienne. Elle doit pour le moment être au repos, elle a d’ailleurs le bras en écharpe. Il est trop tôt pour se prononcer sur la durée de sa convalescence. »
Mais à cinq semaines de la grande échéance, les experts du ski de fond sont peu optimistes. « Elle rate une période cruciale en termes de compétitions mais aussi d’entraînement », rappelle Fredrik Aukland. Reste à savoir si elle sera, ou non, du voyage en Italie.
Saut à ski : des disqualifications trop sévères ?
Après le scandale des combinaisons de saut à ski aux Mondiaux de Trondheim, la FIS a mis en place des règles de contrôle plus strictes qui sont appliquées depuis cet été et entraîne nombre d’éliminations.
« C’est triste de voir qu’il y a autant de disqualifications, réagit Jan-Erik Aalbu, directeur du saut norvégien, dans les colonnes de Dagbladet. Il faut fixer une limite oui mais c’est dommage de voir que les compétitions se jouent désormais pour quelques millimètres, surtout que les tissus des combinaisons sont élastiques et peuvent donc varier de très peu. »
Le Norvégien est entre autres inquiet après les deux disqualifications de Timi Zajc pour des combinaisons non-conformes de trois millimètres à Oberstdorf et quatre millimètres à Garmisch-Partenkirchen, entraînant l’abandon du Slovène à la Tournée des Quatre Tremplins. De même, Halvor Egner Granerud a été disqualifié des qualifications du concours du Nouvel An pour une non-conformité de seulement deux millimètres.

Certes, des contrôles plus stricts étaient nécessaires après l’affaire de Trondheim et les révélations qui ont suivies mais les équipes trouvent désormais que la FIS fait peut-être un peu trop de zèle. « En mars j’avais proposé une autre façon de faire, confie Aalbu. J’avais proposé qu’on mesure les combinaisons le premier jour du week-end puis, quand elles sont conformes, la FIS les met sous scellé et les ressort pour chaque saut afin de prévenir toute triche. Tous les participants seraient contrôlés contrairement à ce qui se fait maintenant. »
Une idée que l’ancien sauteur à ski Johan Remen Evensen trouve excellente. « Il faut sûrement ajuster des détails mais c’est une très bonne proposition de départ, la situation actuelle n’est bénéfique pour personne, ni les athlètes, ni la fédération, ni le sport. On disqualifie des athlètes pour quelques millimètres de combinaison ou un centimètre de chaussure ! C’est ridicule », admoneste Evensen.

Le Norvégien fait ainsi référence à la récente disqualification d’Anna Odine Strøm. La jeune sauteuse s’est rendu compte qu’elle avait un décalage entre ses deux hanches qui aurait favorisé sa blessure en 2023. Pour y remédier, elle a ajouté une semelle d’un centimètre d’épaisseur dans une de ses chaussures… Ce qui est interdit sans autorisation préalable de la FIS. « Ils savaient que nous devions examiner chaque cas et ils ne nous l’ont signalé qu’après la compétition, d’où la disqualification de Strøm, explique Sandro Pertile, directeur du saut à la FIS. Nous avons désormais reçu son certificat médical et allons étudier sa requête pour les prochaines compétitions. »
Mais pour Johan Remen Evensen, cette disqualification à Garmisch-Partenkirchen aurait pu être évitée. « Elle aurait dû signaler son besoin, surtout qu’elle avait un certificat médical, estime l’expert en saut à ski de la NRK. La FIS a eu raison de la disqualifier, c’est dommage qu’elle ne l’ait pas signalé en début de saison. »
« Nous pensions qu’il n’y aurait aucun souci vu que c’est pour raison médicale, nous avons eu tort de ne pas demander au préalable à la fédération et nous espérons qu’Anna Odine Strøm sera autorisée à utiliser cette semelle dans le futur », conclut Christian Meyer, entraîneur de l’équipe féminine norvégienne.
Johannes Høsflot Klæbo déménage
En 2020, Johannes Høsflot Klæbo s’était acheté une cabine (sorte de chalet norvégien) dans la station de Skeikampen, près de Lillehammer, Sjusjøen et Beitostølen, au bord des pistes de fond. Mais après plus de cinq ans de séjours pour y skier, le fondeur a finalement vendu ce logement. « C’est le cœur lourd que nous vendons cette cabine qui se situe dans notre endroit préféré », a confié Klæbo sur Instagram, comme le rapporte TV2.
Mais s’il était très attaché à cette cabine qu’il avait fait construire et qui était son premier investissement, il n’avait pas le choix que de s’en séparer puisqu’il est sur le point de finir la construction de son nouveau chalet, toujours à Skeikampen. Encore plus grande que la précédente, cette cabine devrait faire près de 400 m2 et comprendra entre autres un sauna, une cave à vin, une salle de fitness et même des sculptures de glace.
Le nouveau petit paradis de Klæbo devrait être fini en février, à temps pour qu’il puisse s’y ressourcer après les Jeux olympiques. « Skeikampen est vraiment l’endroit parfait pour m’entraîner et me détendre », conclut le Norvégien.
Le nouveau sponsor du ski de fond critiqué
Pour ce Tour de Ski 2025/2026, la FIS arborait un nouveau sponsor principal sur les dossards des athlètes : l’Azerbaïdjan. Un sponsor qui a fait grincer des dents sur les réseaux sociaux mais qui n’a aussi pas plu à certains athlètes.
« C’est l’exemple même du « sports washing », c’est évidemment très politique, juge la section norvégienne d’Amnesty International au micro de la NRK. Par le biais de son agence nationale de tourisme, l’Azerbaïdjan se crée une image positive et cela normalise et légitime les autorités du pays qui répriment agressivement les droits de l’Homme et mènent des politiques hostiles au climat. » Amnesty Norvège rappelle ainsi que la liberté de la presse n’est pas respectée en Azerbaïdjan où plus de 30 journalistes sont emprisonnés et où les médias indépendants sont interdits.

La FIS, de son côté, explique son choix par sa volonté d’étendre ses disciplines à de nouveaux pays. Résultat : en mai, un accord de 5 ans a été signé avec l’office de tourisme d’Azerbaïdjan afin qu’ils sponsorisent toutes les disciplines.
« Ça envoie un message très spécial, j’ai été très surpris en voyant nos dossards, je ne comprends pas bien quel est l’objectif de l’Azerbaïdjan », commente Harald Østberg Amundsen. « C’est étrange, on n’imagine pas sur nos dossards voir apparaître « Suède » ou « Norvège », à mon avis le signal envoyé n’est pas du tout le bon », ajoute Erik Valnes.
Au-delà que ce soit un pays qui sponsorise désormais la Coupe du monde, c’est le pays en question qui dérange quelques athlètes. Aucun Azerbaïdjanais ne participe à la Coupe du monde de ski de fond quand un Arménien, pays en conflit avec l’Azerbaïdjan, a lui décrété qu’il préférait prendre des amendes que de voir ce sponsor sur son dossard.
Du côté des fédérations, l’Association de ski norvégienne a communiqué à la FIS son mécontentement dès le mois de mai. « Ce partenariat ne correspond pas aux valeurs défendues par le ski de fond », disait ce communiqué.
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