Xavier Thevenard : « Ma motivation est encore plus forte »

Xavier Thevenard rentre de l’océan Indien où il vient de participer à un trail. Le jeune Jurassien, membre des teams Asics et Ski’s cool, effectue un retour en douceur sur le circuit après des mois de convalescence suite à une opération du genou. Entretien.

 

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Tout d’abord, parlez-nous de  l’île de Rodrigues, dans l’océan Indien.
L’île de Rodrigues se trouve à 10 000 km de chez nous, dans l’hémisphère sud au milieu de l’océan Indien. C’est un endroit très sec, mais très beau avec des plages de sable blanc, un lagon formidable et une eau bleu turquoise, qui laisse sans voix. Le plus impressionnant sur cette île de 109 km², c’est la chaleur et surtout la chaleur humaine. J’ai eu la chance en faisant ce voyage, d’échanger et de rencontrer des personnes très sympathiques. Ils vivent avec des valeurs simples, loin des besoins superficiels de notre société actuelle. La plupart des Rodriguais vivent de la pêche et d’un peu du tourisme.  L’événement de l’année sur l’île, c’est le trail de Rodrigues. C’est un peu la fête nationale pour les 38 000 habitants de l’île.

 

Vous avez donc participé à ce Trail de Rodrigues (38 km). Avec la Gapen’cimes’, c’était la deuxième fois que vous repreniez le chemin des compétitions après votre opération du genou.
À propos, comment va-t-il ?

Le genou va très bien, merci ! Je suis très content du résultat. Je suis un privilégié, car pouvoir participer au trail de Rodrigues, c’est tout simplement unique. C’est un événement comme il y en a peu aujourd’hui sur le continent. Comme si nous retournions 10 ans en arrière, sur les débuts du trail en France. Pourtant, ce n’est pas le trail de Rodrigues qui est en retard, et c’est plutôt l’inverse : les organisateurs sont en avance sur nous. L’authenticité de l’événement  fait réfléchir sur la façon dont évolue  la discipline : La convivialité, l’échange, le partage, la solidarité entre les favoris, les trailers du peloton, les spectateurs et les bénévoles sont des valeurs essentielles qui ont malheureusement disparu des grands événements en France.  À Rodrigues, il y a un vrai esprit trail : une ouverture sur le monde extérieur très enrichissante.  

 

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Vous avez été contraint à l’abandon, et ce dès les premiers kilomètres. Que s’est-il passé ?
J’ai fait 15 min de course, avant d’abandonner dans la première descente. J’ai eu des contractures très violentes au niveau des quadriceps qui m’ont immobilisé net, à l’identique de la CCC en 2011. Le plus frustrant dans cette histoire, c’était d’avoir des super sensations en montée et sur le plat.

 

Forcément déçu ?
Oui, bien entendu très déçu. Je suis allé jusqu’ au 10e kilomètre en marchant pour voir si les contractures partaient. Je voulais essayer de terminer la course car le parcours était vraiment beau. Faire 10 000 km en étant invité par l’organisation et de ne pas terminer la course, c’est quand même gênant. Déçu d’avoir abandonné au 10e kilomètre, mais la douleur, sous une chaleur écrasante a eu raison de moi.  J’ai fini les 28 derniers kilomètres en étant un peu bénévole de la course. Je me suis retrouvé au premier ravito, avec une bande de bénévoles vraiment extraordinaires. Ils essayaient de m’apprendre le créole, nous avons échangé quelques adresses puis discuter de l’histoire de l’île et de leur quotidien. C’était une discussion très intéressante. Une fois que tous les coureurs du trail étaient passés, nous sommes allés sur les autres ravitos pour distribuer quelques provisions supplémentaires. De cette façon, j’ai pu voir l’ensemble du parcours. En encourageant les trailers qui passaient devant nous, j’ai pu observer certains Rodriguais qui couraient en chaussettes ou avec des chaussures de ville. C’était impressionnant.

  

Pour mesurer votre forme, il faut sans doute regarder votre 6e place à Gap dans le trail des Crêtes (23 km), à cinq minutes du vainqueur Alexis Traub, abandon sur crampes… Avez-vous été conforté, voire réconforté par ce résultat ?
À chaque fois que je fais une sortie de course à pied, je connais mon état de forme. J’arrive à me mettre en confiance sans l’aide d’un résultat. Le résultat confirme l’état de forme du moment et motive encore plus pour le reste de la saison. Les résultats de l’an dernier ou de ce printemps ne sont pas dus au hasard, à condition que la préparation en amont ait été faite correctement. À Gap, j’étais très bien en montée, mais plutôt prudent en descente à cause du genou. Alors au final, j’étais satisfait de ma forme. Surtout sur un 25km et sans avoir fait de séances spécifiques avant.

 

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Retour en arrière. Les douleurs vous ont éloigné des trails en juin dernier. Grand favori avec Dawa Sherpa de la Transju’Trail, vous aviez choisi la voix de la sagesse et vous vous êtes retiré. Comment conciliez-vous aujourd’hui le nécessaire rattrapage d’une saison sur le banc de touche et la prudence d’un retour qui soit sans risque ?
Bonne question : quand on est amoureux de la nature et passionné de sport de plein air, c’est difficile d’être sage. Mais je crois que le jeu en vaut la chandelle. Pendant ces deux mois de convalescence, j’ai reposé l’organisme. Qui, lui, n’a pas dû comprendre ce changement brusque, car je ne m’étais jamais autant reposé depuis l’âge de 7 ans. La blessure peut avoir de bons côtés, comme une bonne remise en questions sur l’avenir. Le repos forcé fait du bien au corps mais aussi au moral car la motivation est encore plus présente par la suite. Extérieurement, je suis plutôt d’un tempérament calme, mais intérieurement je suis hyperactif. J’ai eu l’impression pendant ces deux mois d’avoir perdu du temps …. J’avais plein d’idées de parcours en tête, que je voulais réaliser cet été sur le massif du Jura et ailleurs. Avec la blessure, je n’ai réalisé aucun de mes projets. L’objectif de l’année n’a  pu être atteint. Ce n’est que partie remise, mais le plus ennuyeux  dans cette histoire, c’est d’avoir perdu une saison de trail. Le niveau progresse chaque année, les carrières  seront de plus en plus de courtes. Les résultats devront être présents dès l’âge de 25 ans. C’est pour cela que j’essaye de progresser chaque jour, et de profiter de chaque instant,  pour ne pas avoir de regrets plus tard, et l’impression d’être passé à côté de quelque chose.

 

Vous êtes membre de deux teams : Asics et Ski s’cool.
Quel rôle ont-ils joué dans votre convalescence ?

Les membres des teams, ski s’cool ou Asics, m’ont beaucoup soutenu. La famille et les amis m’ont bien aidé aussi. J’en profite pour les remercier. J’arrive à faire la part des choses et relativiser, car je suis en bonne santé, je ne suis vraiment pas à plaindre : surtout en voyant la misère dans le monde. Il faut prendre cette blessure comme une expérience, cela m’a permis de voir le trail de l’extérieur ; j’ai beaucoup appris en voyant les autres courir : en suivant le marathon du Mont blanc, la CCC, ou la Transju’trail.

 

L’hiver approche. Quel va être le programme de Xavier Thevenard ?
Avant de sortir les skis, j’ai le projet de faire tous les sommets jurassiens en courant sur une semaine. La semaine prochaine, sans doute. Pour affiner notre projet avec mon frère, qui est de traverser géologiquement, le massif Jurassien du Nord au Sud. Ensuite, faire du ski de rando nordique, puis les classiques régionaux et nationaux en longues distances. Je n’ai pas encore établi de programme bien précis. Mais l’objectif de la saison reste le challenge GTJ, avec Sacha Devillaz.

 

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Constater que son nom est toujours aussi présent dans le monde du trail malgré une saison en retrait, cela vous fait-il plaisir ?
Etre reconnu dans sa discipline, c’est toujours intéressant. Je ne cours pas par besoin de reconnaissances, je cours car j’aime les sensations que cela procure. Etre au milieu de la forêt ou sur un sommet, être au calme en contemplant les paysages : c’est tellement bon, je ne m’en lasserais jamais. Je cours aussi car j’aime la compétition et tout ce qui va autour : rencontrer, échanger, discuter. C’est la base du sport. Si l’on est un tant soit peu curieux, le sport peut nous ouvrir l’esprit.
Je ne cache pas que de voir mon nom sur une page, c’est toujours sympathique et amusant. Surtout sans résultat associé. Si j’avais peur que l’on m’oublie, j’aurais pu raconter ma vie sur Facebook. Mais je n’aurais rien  d’intéressant à dire. Même quand on fait un résultat, il faut savoir rester  humble.  Ce n’est que du sport. Je préfère partager une belle photo, c’est tellement plus intéressant qu’un compte rendu de course où l’on parle que de soi et non pas de la course en elle-même.

 

Dans un coin de votre tête, après cette épreuve, quel est votre rêve de coureur ?
Mon rêve de coureur, c’est de ne pas avoir de soucis de santé  pour mes proches et moi-même, profiter chaque jour du moment présent, avoir une riche vie sociale,  car c’est grâce à un bon entourage que l’on fait de bons résultats. J’aimerais également participer à un bel ultratrail, car j’adore les sensations de course sur de l’ultra. Courir longtemps sur une épreuve difficile me manque.

 

Au final, diriez-vous que l’on court de la même façon, dans sa tête, avant et après la parenthèse que vous avez vécue ?
Oui je pense que l’on court de la même façon et avec les mêmes  motivations. Seulement après deux mois sans courir, les motivations sont encore plus fortes.

 

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