Xavier Thevenard : « Nous ne sommes pas des extraterrestres »

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Retour sur la CCC pour Courmayeur Champex Chamonix. Entretien avec Xavier Thenevard qui, au-delà du récit de la course, objectif de sa saison, pose le problème de la cohabitation entre trailers professionnels et amateurs. 

Vous n’avez pas terminé la course. Que s’est-il passé ?
J’ai eu des crampes après une heure de course en descendant à Arnuva alors que tout allait bien : la première difficulté de la matinée s’est bien passée même sur le plat. En allant à Arnuva, j’étais deuxième avec mon collègue de chez Asics, Manu Gault, et je sentais que ça pouvait être un grand jour. Quand j’ai commencé à avoir des crampes, je ne me suis pas affolé. J’ai pris une gélule au sel et je me suis arrêté pour m’étirer. Mais ça n’a pas suffit. Dans la descente suivante,  mêmes crampes au niveau des quadriceps. Je  suis arrivé à Arnuva en mettant les bâtons devant pour soulager les jambes car j’étais paralysé. Les gars du staff m’ont fait un massage et je suis reparti dans le grand  col Ferret. J’ai repris beaucoup de places mais je sentais qu’au niveau des jambes ça n’allait pas fort. Après le grand col Ferret, on redescend sur la Fouly. Toujours pareil : des crampes aux quadriceps. J’ai abandonné à la Fouly, je ne pouvais pas continuer.

 

Les conditions météorologiques n’ont pas aidé les trailers. Le parcours a d’ailleurs a été modifié. Comment gère-t-on les intempéries ?
Oui, Catherine Poletti nous a informés des changements du parcours 10 minutes avant de partir. Sur le coup, j’étais un peu perturbé car mon objectif était de battre mon temps  par rapport à l’an passé sur le même tracé. Et le nouveau parcours est devenu beaucoup plus plat à mon goût. Mais il faut savoir s’adapter comme l’année dernière avec les conditions météo dantesques.

 

Quand j’ai été obligé d’abandonner à la Fouly, j’ai tout simplement verser quelques larmes”

           

Capture-d-ecran-2011-09-03-a-07.55.10.pngA quoi avez-vous pensé quand vous avez arrêté la course à la Fouly, après 4 heures de course. De la colère ? De la déception ? Une grande frustration ?
Surtout une grand frustration et de la déception. C’étais l’objectif de l’année, je m‘étais bien préparé et motivé. En plus, la victoire de Franck sur la TDS la veille nous a donnés des ailes. Avec Manu, nous étions très chauds pour essayer de faire pareil que lui. J’étais bien en confiance après la deuxième place sur la 6000D. Et quand j’ai été obligé d’abandonner à la Fouly, j’ai tout simplement verser quelques larmes. Personnellement, je trouve qu’une contreperformance motive encore plus qu’une victoire.  Aujourd’hui, j’ai vraiment les crocs. Ce qui est difficile, c’est savoir se reposer. Même si j’ai envie de sortir, d’aller voir les Alpes au lever du soleil avant d’aller au boulot, il faut savoir dire stop ; j’ai vraiment du mal à me dire ça. D’ailleurs heureusement que je n’ai pas continué sur la CCC car sinon je ne sais pas combien de temps j’aurais mis pour récupérer. Le lendemain j’ai fait des analyses de sang et j’étais dans le rouge complet !

 

Lucas Humbert se classe 16e. C’est déjà une belle performance, même si le podium est éloigné.

 Oui Lucas a fait une belle perf. D’autant plus que nous sommes plusieurs dans son cas à avoir enchainé les trails, l’entraînement, le boulot. On arrive en fin de saison, le corps en a marre. Même si on donne tout, on prépare les courses comme il faut et ça ne marche pas à tous les coups. Nous ne sommes pas des extraterrestres. Tous ceux qui vivent du trail n’ont que ça à faire : bien s’entraîner, bien récupérer, bien s’alimenter. Forcément c’est plus facile pour gérer la récupération. Ils font du haut niveau ; nous, nous faisons du très haut niveau puisque on a le boulot à coté !

 

Capture-d-ecran-2011-09-03-a-07.56.43.pngVainqueur de la Transju’Trail, 2e de la 6000D… On ne peut pas dire que l’été ne vous a pas gâté. Quel bilan faites-vous en ce début septembre ?

Oui, je suis content de la seconde place sur la 6000D et de la victoire sur la Transju’trail et même de ma 4e place au Trail des forts. C’est ma première saison officielle de trail, qui n’est, bien entendu, pas encore terminée. J’ai appris beaucoup de choses, mais j’ai encore beaucoup de choses à apprendre, notamment sur la récupération. Je m’étais dit que la saison serait réussie si je faisais une belle place à la CCC. Dommage, il faudra que je me rattrape sur un autre trail !

 

Et maintenant, quel est le programme ?
Je ne compte pas stopper ma saison sur une contreperformance, j’ai envie de finir en beauté. Alors je vais réfléchir : peut être le trail des Aiguilles rouge fin septembre et les Templiers fin octobre. Mais en attendant je me repose, je n’ai pas envie de me griller. Il y a encore plein de beaux trails en perspective.

 

Photo : Monique Thevenard (bien sûr)